«La guerre contre l’Iran prendra fin très bientôt». Le président américain, Donald Trump, a, de nouveau, promis une issue rapide au conflit, mercredi, lors d’un meeting à Kalispell, dans le Montana, assurant que les prix du pétrole chuteraient brutalement une fois les hostilités terminées.
Dans le même temps, l’armée américaine prépare de nouveaux scénarios de frappes contre Téhéran, qui pourraient viser des installations nucléaires et des infrastructures énergétiques, jusqu’à envisager le recours à la «mère de toutes les bombes».
Si l’on admet que tout conflit finit par trouver une issue, la question reste de savoir à quel prix et dans quelles conditions celui qui oppose les États-Unis et l’Iran prendra fin. Pour David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique, chercheur associé à l'EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques chez l'Harmattan, les déclarations de Donald Trump relèvent, pour partie, d’une stratégie de communication visant à présenter la fin de la guerre comme imminente et à faire baisser les prix du pétrole avant les élections de mi-mandat du 3 novembre.
Sur le plan militaire, en revanche, les préparatifs sont bien réels. «Depuis plusieurs semaines, des plans très importants sont effectivement établis dans le but de présenter toutes les options possibles», précise M. Rigoulet-Roze. Selon la chaîne américaine CNN, qui cite plusieurs responsables américains, ces plans comprendraient des frappes contre des infrastructures énergétiques et des sites nucléaires iraniens, avec un éventuel recours à la GBU-43/B.
La «mère de toutes les bombes», une option aux limites précises
La GBU-43/B, ou Massive Ordnance Air Blast (MOAB), est la plus puissante bombe conventionnelle de l’arsenal américain. Pesant près de 9,8 tonnes, elle est conçue pour produire une onde de souffle dévastatrice sur une vaste zone. Guidée par GPS et larguée depuis un avion de transport spécialement adapté, elle a été utilisée pour la première fois au combat en avril 2017, en Afghanistan, contre un réseau de tunnels attribué à l’organisation État islamique.
Son éventuel emploi contre l’Iran constituerait une première dans ce conflit. En juin 2025, lors de l’opération américaine «Midnight Hammer», Washington avait déjà frappé des installations nucléaires iraniennes, mais avec d’autres armes. Quatorze bombes antibunker GBU-57 avaient été larguées sur les sites de Fordow et de Natanz, tandis que des missiles Tomahawk avaient visé celui d’Ispahan.
Contrairement à la GBU-57, qui est une munition spécifiquement conçue pour pénétrer les structures profondément enterrées, la MOAB produit essentiellement ses effets en surface. Sa puissance ne signifie donc pas qu’elle soit adaptée à toutes les cibles. «Une bombe comme la GBU-43 n’a aucun intérêt pour les cibles nucléaires», tranche, à cet égard, David Rigoulet-Roze.
L’utilisation de cette bombe contre Pickaxe Mountain ne garantirait cependant pas la destruction des installations souterraines. Situé près de Natanz, ce complexe fait l’objet de soupçons américains et israéliens concernant d’éventuelles activités liées au programme nucléaire iranien. Son degré de protection constitue un obstacle majeur à une éventuelle opération. «C’est un site qui a été durci, c’est-à-dire surprotégé depuis ces derniers mois, et qui est encore plus profond que celui de Fordow», souligne l’expert. «Même la GBU-57 ne pourrait pas nécessairement atteindre toutes les installations enfouies à cette profondeur», insiste-t-il.
Selon lui, la référence à la MOAB dans les informations relayées par CNN viserait davantage à souligner sa capacité de destruction en surface et son effet psychologique qu’à garantir la neutralisation d’installations nucléaires profondément enfouies.
Les infrastructures énergétiques, autre cible potentielle
L’autre volet des plans américains concernerait les infrastructures énergétiques que les précédentes frappes n’auraient pas visées. David Rigoulet-Roze évoque notamment les centrales thermiques et les installations pétrolières, essentielles à la production d’électricité et au fonctionnement de l’économie iranienne.
«L’objectif pourrait être de fragiliser davantage le pouvoir iranien et de le contraindre à revoir sa position, bien que les inconnues entourant un tel scénario restent nombreuses», estime M. Rigoulet-Roze.
«De telles frappes soulèveraient aussi la question des conséquences pour les populations civiles», note-t-il. La destruction de centrales électriques ou d’installations indispensables à l’approvisionnement énergétique pourrait affecter des services essentiels et toucher directement la population iranienne. Le risque de victimes civiles serait particulièrement élevé si les installations visées se trouvaient à proximité de zones habitées.
Côté iranien, Téhéran se préparerait, de son côté, à tous les scénarios. Dans les médias iraniens, sont, en effet, relayés des avertissements de responsables du pays concernant de possibles représailles contre des infrastructures pétrolières, des bases américaines et des câbles de télécommunications sous-marins.
Après les élections américaines, le risque d’une nouvelle escalade
Le 8 octobre dernier, Donald Trump a exclu toute nouvelle frappe contre l’Iran avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, tout en laissant ouverte la possibilité d’une reprise des opérations militaires après le scrutin.
À ce sujet, David Rigoulet-Roze estime qu’une nouvelle opération militaire, vraisemblablement menée conjointement avec Israël, reste effectivement difficile à exclure, notamment en raison de l’absence de compromis entre Washington et Téhéran.
Une reprise des frappes pourrait-elle alors contraindre l’Iran à céder? David Rigoulet-Roze en doute. «On peut demeurer perplexe compte tenu de l'intransigeance affichée par le régime iranien», répond-il, estimant que Téhéran ne semble pas disposé à interrompre la confrontation. Il met en garde contre «un risque d’escalade potentiellement incontrôlable», dans un contexte où les deux parties peinent à sortir de l’impasse.