Les électeurs de l'Alberta diront lundi s'ils veulent entamer un processus de séparation du Canada lors d'une consultation qui représente un défi pour le pays en plein conflit commercial avec les États-Unis.
Moins de 25% des cinq millions d'habitants de cette riche province pétrolière de l'ouest du Canada se disent, selon de récents sondages, en faveur de l'indépendance, mais les partisans de ce projet sont convaincus que rien n'est joué.
«Je ne serais pas étonné que nous gagnions ce référendum», a déclaré mardi à l'AFP Mitch Sylvestre, qui dirige l'influente organisation indépendantiste Alberta Prosperity Project.
«Ce serait très étonnant que nous obtenions moins de 40% des voix», ajoute-t-il.
Lors de ce vote non contraignant, les électeurs de l'Alberta doivent décider de confier ou non au gouvernement provincial un mandat pour organiser un futur référendum sur l'indépendance.
Le scrutin est un défi personnel pour le Premier ministre Mark Carney, qui a grandi en Alberta et mène campagne en faveur de l'unité canadienne.
À ses yeux, les ressources pétrolières de la province sont essentielles pour réduire la dépendance du pays aux États-Unis.
Un projet d'oléoduc, destiné à exporter le pétrole de l'Alberta vers l'Asie, doit notamment «créer des perspectives d'avenir et de prospérité (...) dans cette province et dans tout le pays», a déclaré Mark Carney lundi à l'occasion de la journée de l'Action de grâce, le Thanksgiving canadien, depuis son ancienne école primaire à Edmonton.
«Nous ne pourrons rien réaliser de tout cela si nous sommes divisés», a-t-il dit.
«Un cas isolé»
Loin des aspirations nationales ou linguistiques de mouvements indépendantistes comme en Catalogne ou au Québec, les velléités de l'Alberta résultent surtout de griefs quant à la gestion de l'industrie pétrolière.
Des revendications plus conservatrices, liées à l'immigration ou aux libertés individuelles, sont également avancées.
Le mouvement indépendantiste de l'Alberta est ainsi un «cas plutôt isolé» mettant en avant des «motifs économiques», juge Ryan Griffiths, professeur spécialiste des mouvements séparatistes à l'Université de Syracuse.
«Il n'y a pas de ligne magique» définissant ce qu'est une nation, précise le professeur, qui estime néanmoins que la cause nationale albertaine est difficile à établir.
La dirigeante conservatrice de la province, Danielle Smith, qui annonce pourtant qu'elle va voter contre l'indépendance, accuse l'ex-Premier ministre Justin Trudeau d'avoir été hostile à l'industrie pétrolière et d'avoir alimenté ainsi les ambitions séparatistes.
Lorsqu'un «gouvernement fédéral essaie activement de tuer son industrie principale, cela a de vraies conséquences sur les gens», a-t-elle déclaré la semaine dernière sur la chaîne publique CBC.
Danielle Smith avait décidé en mai d'organiser cette consultation sur l'opportunité de tenir un référendum après l'annulation, pour des motifs constitutionnels, par un juge local d'une initiative référendaire populaire.
La dirigeante affirme qu'elle respectera l'issue du scrutin et qu'elle n'approuvera pas la tenue d'un référendum si une majorité de citoyens vote en faveur du maintien au sein du Canada.
Influence américaine?
L'influence supposée des alliés de Donald Trump en Alberta a aussi marqué la campagne.
Le ministre des Finances américain, Scott Bessent, qui a qualifié l'Alberta de «partenaire naturel», a tenu plusieurs réunions au département d'État avec les leaders de l'organisation Alberta Prosperity Project.
Le quotidien canadien Globe and Mail a détaillé ces rencontres entre Mitch Sylvestre et son équipe et des représentants du Parti républicain.
Les intérêts américains «ne jouent aucun rôle» en Alberta «jusqu'à ce que nous gagnions et devenions un gouvernement», a affirmé l'indépendantiste, qui plaide en faveur d'échanges commerciaux sans entrave avec les États-Unis.
«Il n'y a aucune animosité envers les États-Unis ici» et «je ne vois pas pourquoi nous ne voudrions pas continuer à commercer avec la plus grande économie du monde», ajoute-t-il.
AFP