L'armée égyptienne a annoncé lundi mener une campagne contre l'extraction clandestine le long de sa frontière, après des frappes qui ont fait au moins 72 morts, selon une ONG, dans une mine d'or soudanaise dans une zone désertique disputée.
L'organisation Emergency Lawyers, qui documente les violences de la guerre au Soudan, a attribué à l'armée égyptienne cette attaque de samedi contre Jabal al-Uqaydat, une mine artisanale dans le triangle de Halaïb, riche en minerais, dont l'Égypte et le Soudan revendiquent la souveraineté.
Un survivant a raconté à l'AFP avoir vu un avion survoler la mine et frapper plusieurs fois, provoquant des scènes de chaos.
Lundi, le chef de l'armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhane, a chargé une commission composée de magistrats et de membres des services de sécurité d'enquêter sur les circonstances de l'incident.
Sans évoquer directement les frappes, l'armée égyptienne a annoncé que soldats et policiers menaient actuellement une campagne contre les mines clandestines près de la frontière soudanaise afin d'«imposer une souveraineté complète au sein des frontières de l'État égyptien» et d'en protéger les ressources.
Des prospectus d'avertissement avaient été largués avant l'opération, a-t-elle ajouté, en appelant à se méfier des «rumeurs trompeuses» qui pourraient nuire aux relations entre l'Égypte et le Soudan.
Selon le Conseil de souveraineté soudanais,dirigé par Abdel Fattah al-Burhane, les autorités soudanaises et égyptiennes sont «restées en contact» depuis les frappes et les ministres des Affaires étrangères se sont parlé lundi.
Cependant le conseiller du chef de l'armée pour les relations étrangères, Amjad Farid, avait précédemment condamné un «crime injustifié et inacceptable».
Il existe de nombreuses façons de faire respecter la loi et les frontières, mais «les frappes aériennes contre des civils ne peuvent en faire partie», en particulier lorsque les canaux de communication restent ouverts, avait-il insisté dans un message publié sur X.
Tout en restant l'un des plus proches alliés de l'armée soudanaise, en guerre contre les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), l'Égypte considère le conflit qui se déroule au sud de ses 1.200 km de frontière parfois poreuses avec le Soudan comme une menace importante pour sa propre sécurité.
La mine déjà ciblée en juin
Dans le même temps à Khartoum, la capitale soudanaise, un homme armé, désormais recherché, a ouvert le feu lundi sur des Egyptiens, faisant deux morts et un blessé, selon un responsable sécuritaire.
Il n'était pas possible de savoir dans l'immédiat si l'attaque était liée aux frappes de samedi.
Selon le ministère égyptien des Affaires étrangères, les victimes étaient des chauffeurs routiers.
En juin, la mine artisanale de Jabal al-Uqaydat avait déjà été visée par des frappes, déjà imputées à l'Égypte, qui avaient tué 23 mineurs.
A l'époque, l'armée égyptienne avait également parlé d'une opération contre l'extraction illégale d'or à l'intérieur de ses frontières, sans reconnaître directement les frappes.
Depuis le début du conflit entre l'armée soudanaise et les FSR en avril 2023, les deux camps ont tiré profit des ressources du pays, en particulier du commerce de l'or évalué à des milliards de dollars.
Dans un pays où près de 20 millions de personnes sont désormais confrontées à une insécurité alimentaire aiguë selon l'ONU, beaucoup de jeunes hommes se sont lancés dans une dangereuse ruée vers l'or, principalement dans des mines artisanales, où les accidents sont fréquents.
Selon des responsables soudanais et des sources au sein de l'industrie minière, presque tout l'or sortant du Soudan par les canaux officiels ou par des réseaux parallèles est acheminé aux Émirats arabes unis, accusés d'armer les paramilitaires, ce qu'Abou Dhabi nie malgré les preuves présentées dans de nombreux rapports internationaux.
AFP