Estimées à 800 millions de dollars par an, les six rémunérations supplémentaires accordées aux agents publics, auxquelles s’ajoutent les indemnités de transport, les aides aux chauffeurs de taxi et l’augmentation des allocations sociales, portent la facture potentielle à près d’un milliard deux cents millions de dollars. Un chiffre avancé par le Premier ministre lors d’un  point de presse qu’il a tenu jeudi dernier. Le gouvernement mise sur l’amélioration du recouvrement fiscal, mais les recettes effectivement encaissées seront déterminantes.

Comment financer ces dépenses sans creuser le déficit ni alourdir la fiscalité des ménages? Pour l’exécutif, l’enjeu est de couvrir des engagements récurrents sans recourir à de nouveaux impôts ni au financement monétaire.

En février 2026, le coût annuel des six salaires supplémentaires accordés aux fonctionnaires, aux contractuels et aux militaires avait été estimé à plus de 800 millions de dollars. Pour financer cette mesure, le gouvernement avait notamment annoncé une hausse de 330.000 livres du prélèvement sur chaque bidon d’essence de 20 litres. Une augmentation de la TVA de 11% à 12% avait également été envisagée, avant d’être abandonnée. La taxe supplémentaire sur l’essence devait rapporter quelque 350 millions de dollars par an, soit moins de la moitié du coût salarial estimé.

Transport: 181 millions de dollars supplémentaires

La hausse de 64% du prix de l’essence à la pompe entre mars et septembre, dans le contexte du conflit entre les États-Unis et l’Iran et des tensions autour du détroit d’Ormuz, a ravivé les revendications des fonctionnaires.

Le 2 octobre 2026, le Conseil des ministres a relevé leur indemnité quotidienne de transport, calculée sur la base du prix de cinq litres d’essence, avec un plancher de 500.000 livres et un plafond de 800.000 livres par jour de présence. Les allocations familiales ont également été augmentées de 85%.

Ces mesures représentent, selon les estimations communiquées, 13,8 millions de dollars par mois, soit près de 166 millions par an, pour environ 210.000 fonctionnaires civils, contractuels et militaires.

Le gouvernement a également approuvé, pour le dernier trimestre de 2026, une aide mensuelle de 12 millions de livres aux chauffeurs de taxi remplissant les conditions d’éligibilité, notamment l’inscription à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Quelque 38.000 bénéficiaires sont concernés. Le coût annoncé atteint 5 millions de dollars par mois, soit 15 millions pour les trois mois. Cette aide, qui ne devrait pas être reconduite, est conditionnée au maintien des tarifs habituels.

Au total, les deux mesures de soutien au transport représentent non moins de 181 millions de dollars. Avec les six salaires supplémentaires, la facture annuelle potentielle dépasse ainsi 981 millions de dollars, hors autres dépenses éventuelles. Ce calcul reste indicatif, compte tenu des périodes de versement et des modalités d’application.

Recettes fiscales: récupérer avant de taxer davantage

Pour un économiste interrogé sous couvert d’anonymat, l’augmentation des prélèvements constitue le moyen le plus rapide de financer ces dépenses. Mais elle risque d’alimenter l’inflation et de réduire le pouvoir d’achat que les mesures salariales sont censées soutenir.

L’économiste écarte également le financement par la Banque du Liban (BDL). L’article 91 du Code de la monnaie et du crédit encadre les avances exceptionnelles de la Banque centrale à l’État. Le gouverneur de la BDL s’étant opposé au financement des dépenses publiques par cette voie, cette option paraît peu probable. Un recours au compte 36 du Trésor auprès de la BDL, dont le solde serait proche de 10 milliards de dollars selon l’économiste, soulèverait également des questions sur ses conséquences monétaires.

Le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé que le gouvernement ne prévoyait aucun nouvel impôt dans le budget 2027. Il attribue la progression des recettes à l’amélioration du recouvrement et à la révision des droits et redevances encore calculés sur la base d’anciens taux de change. Le budget approcherait ainsi les 7 milliards de dollars, contre environ 3,5 milliards au début du mandat gouvernemental.

TVA, douanes et créances: des recettes à concrétiser

Le gouvernement cherche notamment à récupérer la TVA collectée mais non reversée au Trésor. Le ministère des Finances a adressé des mises en demeure à 107 sociétés. D’autres dossiers, portant sur 200 à 250 millions de dollars, sont en cours de traitement.

Parallèlement, 64 entreprises font l’objet de contrôles fiscaux concernant l’impôt sur les bénéfices, en priorité les grandes sociétés. Les recettes douanières auraient doublé grâce à l’amélioration du recouvrement. L’exécutif prévoit aussi de renforcer la numérisation, les contrôles et les moyens de la police douanière.

Des créances de plusieurs centaines de millions de dollars ont par ailleurs été réclamées aux exploitants de carrières et de sites d’extraction de granulats, mais leur recouvrement dépend des procédures judiciaires. Dans le domaine public maritime, l’armée doit achever le recensement des propriétés concernées afin de réévaluer les montants dus.

Générer des ressources durables

Ces mesures peuvent accroître les recettes de l’État sans alourdir la fiscalité des ménages. Mais les montants réclamés ne correspondent pas nécessairement aux sommes effectivement encaissées, ni aux délais de leur recouvrement.

Le défi est donc de financer des dépenses récurrentes à partir de recettes dont le recouvrement reste incertain. L’amélioration des rentrées fiscales ne suffira que si elle génère des ressources durables, capables de couvrir les engagements de l’État sans creuser le déficit ni fragiliser la stabilité monétaire.