Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a reproché jeudi à Ankara son inaction dans le processus de paix entamé en 2024, affirmant avoir retiré «il y a quelques jours» tous ses combattants du territoire turc.
Le mouvement, via l'agence de presse kurde Firat, accuse le gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan de ne pas poursuivre le processus suffisamment sincèrement et rapidement.
Et revendique avoir effectué sa part de travail, deux mois après l'adoption par le Parlement turc d'une loi historique ouvrant la voie à la réintégration de ses militants armés.
Il juge que le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) au pouvoir et les autorités turques laissent traîner le dossier, depuis cette étape majeure du processus de paix. Les deux parties sont aujourd'hui d'accord pour mettre fin à plus de quatre décennies d'une guérilla qui a fait quelque 50.000 morts, selon Ankara.
La rébellion, «afin d'empêcher le gouvernement de l'AKP de se chercher des excuses ou de justifier son approche insuffisante du processus, a complètement retiré il y a quelques jours (ses) forces en Turquie», a déclaré le mouvement.
«Nous avons retiré, à peu près au même moment, les quatre tunnels de guerre et positions à Metina, à l'ouest de Zap, afin que l'État turc ne les perçoive pas comme une menace», a-t-il ajouté.
L'armée turque avait constamment frappé cette zone frontalière stratégique du nord de l'Irak pendant la guerre. Le PKK y disposait de bases et y a même abrité initialement son quartier général avant son transfert plus à l'est, dans les monts Qandil, tout en y conservant une forte présence.
Il avait revendiqué en novembre dernier son retrait de la région de Zap.
«Nous avons retiré toutes nos forces armées se trouvant à l'intérieur et à l'extérieur de la Turquie, susceptibles d'être considérées comme proches de la frontière», a insisté le PKK, relevant que ce qui était attendu de lui dans le processus de paix a été «pleinement rempli».
Mais depuis le vote de la loi en août, «le gouvernement de l'AKP n'a pris aucune mesure supplémentaire», a-t-il dénoncé.
Loi «dénuée de sens»
La loi adoptée en août ne précisait pas quel sort serait réservé à Abdullah Öcalan. Âgé de 77 ans et emprisonné depuis 1999 à l'isolement sur l'île-prison d'Imrali, au sud d'Istanbul, il purge une peine de prison à perpétuité.
Et cet aspect du dossier constitue un blocage majeur. En refusant de libérer le très charismatique leader kurde, «la loi s'est rendue elle-même dénuée de sens et difficilement applicable dès le départ», estime le PKK.
«Des responsables de l'État avaient promis qu'«Öcalan pourrait rencontrer de nombreuses organisations, y compris des journalistes, aucune avancée n'a été réalisée.... L'isolement s'est poursuivi».
Quatre sous-commissions ont été récemment créées par la Turquie pour superviser la dissolution du PKK. Il participera à l'une d'elles, consacrée au dépôt des armes du mouvement, mais sans être autorisé à quitter sa prison.
Il s'agissait d'une demande, entre autres, du parti pro-kurde DEM, partie prenante du processus de paix.
«Nous attendons que M. Öcalan joue un rôle actif» au sein de sa commission, avait déclaré fin août Mithat Sancar, un député du DEM. «Il devrait pouvoir communiquer directement avec le public. Il n'existe cependant pas encore de plan concret à ce sujet».
Quelque 3.500 personnes détenues dans les prisons turques pour des faits liés au PKK pourraient être libérées, la loi adoptée en août prévoyant de suspendre les poursuites et l'exécution des peines des auteurs de certaines infractions, selon les médias turcs.
Jeudi, Cihan Aydın, co-président de l'Association des droits de l'Homme basée à Ankara, a salué le retrait militaire du PKK, «un indicateur très important de la volonté déterminée de l'organisation».
Selon lui, cela justifierait «une démarche positive de la part de l'État» turc, notamment avec «la mise en œuvre des réformes de démocratisation» au-delà de la seule question kurde.
«Des mesures concrètes de bonne volonté renforceront la confiance dans le processus et le rendront plus résilient», a-t-il déclaré à l'AFP.
Par Burcin GERCEK et Didier LAURAS à Istanbul / AFP