En France, des lycéens brûlent leurs établissements scolaires dans un pays où l’école est gratuite. C’est une «semaine noire» qui attend, selon la police, le pays tout entier. 

Pour des personnes qui, au Liban, se saignent aux quatre veines pour envoyer leurs enfants apprendre, l’image est illisible.

En France, les mineurs manifestent donc, violemment dans les rues. Plutôt des émeutes que des manifestations d’ailleurs. Leurs revendications? Personne ne le sait vraiment. Ils molestent les enseignants et brûlent des camions de pompiers.

Beaucoup d’analystes voient la main de l’extrême gauche dans cette mobilisation «spontanée». D’autant plus que, tout aussi spontanément, ces manifestations font tâche d’huile… Il faut dire que cette mouvance d’extrême gauche, pour laquelle vote un Français sur cinq, ne cache pas son envie de Révolution. La classe politique est tétanisée à l’idée que le mouvement devienne totalement incontrôlable. Les forces de l’ordre subissent sans pouvoir répondre, et comptent leurs blessés. Attaques aux mortiers, jets de pierres, insultes…la moindre «bavure» peut déclencher une catastrophe. 

Ainsi donc va la douce France. Des gamins transforment les rues en terrain de jeux dangereux. Le problème, c’est que personne n’a la moindre idée de solution. La campagne pour l’élection présidentielle de mai 2027 est lancée. Les candidats se déclarent les uns après les autres, mais pas d’homme ou de femme providentiels. Les Français voient les mêmes visages et ont perdu confiance. C’est la grande déprime. Financière d’abord. Plus les taxes augmentent, plus les déficits publics abyssaux se creusent dans une sorte de trou noir. Politique ensuite. Les Français ont le choix entre une palette de candidats dont les plus faibles se trouvent au centre. Parti socialiste, macronistes, Républicains, écologistes… peinent à convaincre. Restent face à face les extrêmes, à gauche et à droite. Les premiers ont déjà investi la rue. Les seconds caracolent en tête des sondages. Aucun des deux camps favoris n’a été au pouvoir. Les rares dossiers qu’ils aient eu à gérer dans le passé récent n’ont pas ébloui par leur réussite.

Et comme à chaque crise, à chaque émeute, les gouvernements tentent de trouver des parades. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a affirmé que les parents de ces mineurs devraient payer la facture des dégâts, qui se chiffrent en millions, occasionnés par leurs enfants. Une proposition que la loi autorise et qui reçoit le soutien de l’immense majorité de la population, lassée de ces bandes de voyous saccageant le pays à intervalles réguliers. Mais comment faire payer des personnes qui ont démissionné de tout, en premier lieu de l’autorité parentale? La suppression des allocations alors? Sujet tabou. Alors, dès que la situation se calmera, il est fort à parier qu’on passera vite à autre chose. Comme toujours. 
Pourtant, en Europe, sans parler du reste du monde, la France se singularise par son impuissance à gérer ce type de crise devenu endémique. Ailleurs, l’arsenal politique, judiciaire et sécuritaire est bien plus répressif. 

Il y a quelque chose de troublant dans l’actualité immédiate. À quelques jours d'intervalle, la France a offert deux visages que tout oppose. D'un côté, 80 000 jeunes réunis au Stade de France pour accueillir le pape Léon XIV. Pas un mégot par terre. Le lendemain, 800 000 personnes rassemblées pour une messe sur les Champs-Élysées. Pas un mot plus haut que l'autre. Ces fidèles ont même distribué gâteaux et bouteilles d'eau aux forces de l'ordre. Dans ces mêmes rues, il suffit d'un match de football pour que des bandes saccagent tout sur leur passage et gâchent la joie de tous. Même pays, mêmes pavés, deux jeunesses. Celle qui croit en quelque chose, et celle à qui on n'a jamais rien demandé de respecter. Celle qui prône l’amour et la paix. Et celle, sans valeurs, qui ne maîtrise, du vocabulaire de la langue française, que les insultes et la haine du pays. 

Reste la question qu'on n'ose pas poser à Paris et que nous connaissons par cœur au Liban: et si ça dure ? Une société où l'État ne protège plus ses policiers et ses gendarmes, où la rue appartient à ceux qui cassent, où deux Frances ne se parlent plus, finit par chercher d'autres protecteurs. Je ne dis pas que la France sombrera dans la guerre civile, son État est solide, son armée aussi. Ses forces de l’ordre sont dévouées. On ne peut pas forcément transposer le cauchemar libanais. D’autant que la France n’a à ses frontières ni Assad, ni Arafat, ni les mollahs pour mettre de l’huile sur le feu. Je dis que tous les pays qui ont sombré ont commencé par se dire que «chez nous, ça n'arrivera jamais».
Que Dieu protège la France.