Le début d'une «semaine noire»? Des centaines de lycées sont à nouveau fermés au moins partiellement lundi à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation, que des syndicats appellent à rejoindre, et alors que fleurissent sur les réseaux sociaux des appels à un blocage dur.

Lundi matin, la situation était en général plus calme que vendredi avec des barrages filtrants, quelques manifestations devant les établissements et quelques points de violence.

Dans le Rhône, la préfecture rapporte des «escarmouches» devant deux lycées et un collège dans Lyon et sa banlieue, et 12 établissements «impactés par des actes isolés». À Lille, la situation était de nouveau tendue dans le secteur des lycées Faidherbe et Gaston-Berger.

À Rennes, comme à Bordeaux en revanche, les cours ont repris dans le calme dans plusieurs établissements qui avaient été fermés en fin de semaine, ont constaté des journalistes de l’AFP. Au lycée Montaigne, vingt à trente lycéens se sont rassemblés devant l’entrée de cet établissement du centre avec des pancartes «Manque de profs», mais les personnels faisaient la circulation et ceux qui voulaient aller en cours sont rentrés.

Sur les 3.700 lycées du pays, les cours seront «totalement ou partiellement» suspendus lundi dans 400 à 500 établissements où les conditions de sécurité ne sont «pas réunies», avait indiqué dimanche le ministre de l'Éducation Edouard Geffray.

Les lycéens réclament plus de moyens pour leurs établissements. Ils dénoncent l'insalubrité des bâtiments, des classes surchargées, ou des absences non remplacées, particulièrement dans les quartiers populaires, ou encore les inégalités créées par Parcoursup.

Parti mi-septembre de région parisienne, le mouvement s'est étendu la semaine dernière, marquée par une multiplication d'incidents et d'affrontements avec les forces de l'ordre.

L'exécutif recense 5.000 interpellations, dont environ 85% de mineurs, 24 établissements «incendiés ou saccagés» et «78 personnels de l'Éducation nationale blessés», «généralement par des personnes extérieures» aux lycées concernés, selon M. Geffray.

L'Union syndicale lycéenne a promis un «acte III» mardi, redouté par Matignon, qui estime que le mouvement a basculé vers des «violences urbaines». Le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a confirmé lundi qu'il «craignait» un embrasement au niveau national alors que 30 à 40 sites universitaires ont été perturbés la semaine dernière.

Plusieurs syndicats et des associations, comme la Ligue des droits de l'Homme, accusent, eux, le gouvernement de «réprimer» les lycéens avec une brutalité «disproportionnée», pour faire taire des revendications «légitimes». Cinq enquêtes de la police des polices sont en cours.

«Les forces de l'ordre ont fait preuve vraiment d'une très grande proportionnalité jusqu'à maintenant sur un mouvement à la fois dur et avec en face des mineurs», a estimé lundi matin sur Sud Radio Philippe Baptiste, accusant LFI de «souffler sur les braises» et «quelque part de voler le mouvement».

«Cinq chantiers» pour l'exécutif

Une vaste intersyndicale de l'Éducation nationale a appelé à participer aux mobilisations de mardi. La CGT, qui appelle les salariés de l'énergie, en grève, à rejoindre les lycéens, sera présente dans les manifestations de lycéens.

«Les militantes et militants de la CGT seront là pour protéger les lycéennes et lycéens, parce que nous avons été scandalisés de ce que nous avons vu depuis dix jours et de cette répression inédite que le gouvernement a organisée», a affirmé Sophie Binet lundi sur TF1.

Par la voix de son coordinateur Manuel Bompard, La France insoumise, accusée par l'exécutif d'avoir soufflé sur les braises, a dit dimanche «déplorer» les violences, mais regretté que l'exécutif «résume» le mouvement à ces débordements.

Le candidat communiste à la présidentielle Fabien Roussel a lui aussi appelé dimanche enseignants, salariés et militants à soutenir les lycéens pour que «les revendications émergent plutôt que la violence».

Sur les réseaux sociaux ont par ailleurs fleuri des appels à une «semaine noire», avec des blocages quotidiens. «Les lycéens ne vont rien lâcher, les étudiants encore plus (...) ça va vraiment être une semaine noire: blocus, blocus, blocus, blocus», a assuré dimanche, dans le rassemblement à Saint-Denis, une étudiante mobilisée, Leila Nehari.

Comme ces derniers jours, les rassemblements seront en théorie interdits lundi aux abords de nombreux établissements scolaires.

Dans une feuille de route adressée dimanche soir à ses ministres, le Premier ministre Sébastien Lecornu demande que les cours reprennent «partout» où c'est possible, fixant un calendrier pour répondre en partie aux revendications.

Il confie à ses ministres cinq chantiers, issus des sujets remontés par les conseils académiques de la vie lycéenne, avec «de premières décisions attendues avant la fin du mois».

AFP