Le Premier ministre, Nawaf Salam, a affirmé qu’«aucun remaniement ministériel n’est envisagé», estimant que le changement de gouvernement ne permettrait pas de résoudre les problèmes du pays. Dans un entretien accordé dimanche à la chaîne NBN, il a insisté sur la nécessité de renforcer l’unité interne, de restaurer la souveraineté de l’État et d’accompagner le retour des habitants dans les régions où les conditions le permettent.

M. Salam est également revenu sur les relations avec l’Iran, la situation au Liban-Sud, le retrait israélien, la question des armes illégales, l’avenir de la présence internationale dans le Sud ainsi que les difficultés économiques et sociales.

«Une nouvelle page» avec l’Iran

Revenant sur sa récente rencontre avec le président iranien, Massoud Pezeshkian, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le chef du gouvernement a précisé qu’elle avait été organisée à la demande de ce dernier.

Nawaf Salam a dit souhaiter «ouvrir une nouvelle page dans les relations entre le Liban et l’Iran», fondée sur «le respect mutuel, la non-ingérence dans les affaires intérieures et le développement de relations fondées sur des intérêts communs».

Rappelant la «longue histoire» des relations entre les deux pays, il a estimé qu’une nouvelle étape nécessitait la nomination d’un nouvel ambassadeur iranien à Beyrouth. Il a précisé que le séjour de l’ambassadeur iranien, Mohammad Reza Shibani, avait été prolongé de trois mois, sans maintien de son statut diplomatique.

On rappelle, dans ce contexte, que le 24 mars 2026, le ministère libanais des Affaires étrangères a déclaré l'ambassadeur d'Iran au Liban persona non grata et lui a ordonné de quitter le territoire libanais avant le 29 mars de la même année. Le gouvernement libanais avait alors invoqué des ingérences dans les affaires intérieures libanaises, des violations des normes diplomatiques, et des accusations selon lesquelles le Corps des Gardiens de la révolution islamique dirigeait des opérations du Hezbollah contre Israël.

Le Premier ministre a, par ailleurs, distingué le dossier des vols iraniens, qu’il a présenté comme lié à la sécurité de l’aéroport et des passagers. Les vols directs entre l'Iran et le Liban restent suspendus, depuis février 2025, en raison des tensions géopolitiques, des pressions internationales et du maintien du veto des autorités libanaises sur les compagnies iraniennes.

Au Sud, accompagner le retour et préparer la reconstruction

Sur la situation dans le sud du pays, Nawaf Salam a insisté sur la nécessité pour l’État d’être présent partout où les habitants peuvent rentrer.

«Là où les habitants peuvent rentrer, l’État doit être présent, tant pour assurer leur sécurité que pour leur garantir les services nécessaires», a-t-il déclaré.

Il a précisé que le gouvernement avait commencé à réhabiliter et à soutenir les écoles afin de permettre aux élèves de s’y inscrire et d’y reprendre leur scolarité. La prochaine étape consistera, selon le Premier ministre, à réhabiliter cinq hôpitaux dans la région.

«Nos moyens sont limités, mais je veux mobiliser toutes les ressources dont nous disposons pour accompagner le retour et le rétablissement, tout en lançant parallèlement la reconstruction», a-t-il affirmé, soulignant que le Liban avait besoin de financements extérieurs.

Retrait israélien: Salam réclame un calendrier

Nawaf Salam a indiqué que le cadre évoqué pour la situation au Sud reposait sur deux principes, «la réciprocité et la progressivité», mais qu’il manquait encore, selon lui, un élément essentiel, à savoir un calendrier pour le retrait israélien.

Il a également affirmé que l’extension de l’autorité de l’État libanais à l’ensemble du territoire et la limitation des armes ne constituaient pas de nouveaux engagements. Il a rappelé qu’ils avaient été convenus dans l’accord de Taëf de 1989, puis réaffirmés dans les résolutions internationales et dans l’accord de cessation des hostilités de novembre 2024.

Le Premier ministre a, en outre, assuré que le retrait israélien n’avait pas été lié à la collecte ou à la remise des armes. Il a démenti l’existence d’un accord secret, évoquant toutefois une annexe sécuritaire et militaire dont les détails ne sont pas nécessairement rendus publics en raison de sa nature.

Nawaf Salam a également insisté sur la nature de l’accord-cadre conclu, le 26 juin dernier, entre le Liban et Israël, sous médiation américaine: «Il ne s’agit ni d’un accord ni d’un traité juridiquement contraignant. Le document en question est une feuille de route qui ne produit pas, en elle-même, des obligations juridiques». À cela, il a ajouté que le «repositionnement» des forces israéliennes hors du territoire libanais devait, selon lui, être compris comme un retrait complet jusqu’aux frontières internationales reconnues du Liban.

Une présence internationale après la Finul ?

À l’approche de la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), en décembre 2026, Nawaf Salam a insisté sur la nécessité d’éviter tout vide dans le Sud.

Le Liban aura, selon lui, toujours besoin d’une présence internationale dans la région, même si celle-ci devait prendre une autre forme. «Ce qui nous importe, c’est que toute force soit placée sous l’égide des Nations unies et bénéficie d’un mandat du Conseil de sécurité», a-t-il déclaré.

«Aucun remaniement ministériel n’est envisagé»

Sur l’éventualité d’un remaniement, Nawaf Salam s’est montré catégorique: «Aucun remaniement ministériel n’est envisagé».

«Nous ne voulons pas d’un apaisement de façade, nous voulons des solutions. Notre rôle n’est pas de calmer les tensions ici ou là, mais de régler les problèmes», a-t-il déclaré.

Il a, dans ce sens, considéré que «changer de gouvernement» ne permettrait pas de résoudre les difficultés actuelles. «Le problème fondamental est la limitation des moyens dont nous disposons, et non notre incapacité ou notre manque de volonté d’agir», a-t-il affirmé.

Carburants, prix et pouvoir d’achat

Concernant la hausse des prix des carburants au Liban, le Premier ministre l’a attribuée à l’augmentation des prix sur les marchés internationaux, précisant qu’elle n’était pas liée à l’introduction d’une nouvelle taxe par l’État. Il a toutefois reconnu les difficultés auxquelles la population est confrontée.

Sur le plan social, il a indiqué que le gouvernement avait augmenté les salaires du secteur public et adopté de nouvelles aides dans la limite de ses capacités. Il a également appelé les autorités compétentes à agir face aux hausses de prix au niveau local, soulignant que l’augmentation des prix internationaux ne devait pas servir de prétexte à des hausses disproportionnées au Liban.

De l’importance de l’unité nationale

Pour Nawaf Salam, le renforcement de l’État et de l’unité nationale constitue la principale garantie du Liban face aux tensions.

Il a assuré que le dialogue avec les différentes parties libanaises restait ouvert, soulignant que plusieurs points avaient déjà fait l’objet d’un accord et devaient désormais être mis en œuvre. «L’unité nationale se concrétise par la mise en œuvre de ce sur quoi nous nous sommes entendus», a-t-il déclaré, appelant chaque partie à respecter ses engagements.

Estimant que personne ne souhaitait aujourd’hui «une nouvelle aventure ou une nouvelle guerre», le Premier ministre a conclu: «Comment renforcer notre unité interne ? En nous rassemblant autour de l’État. C’est notre seule garantie».