Ce ne serait ni Rome, ni une négociation politique. Après deux reports, la huitième session des négociations libano-israéliennes pourrait finalement se tenir les 20 et 22 octobre à Tampa, en Floride, dans un format essentiellement militaire et technique. Rien n’est toutefois confirmé à ce stade, ni sur la tenue de la réunion ni sur son format définitif. Pourquoi maintenant? Pourquoi la Floride? Et surtout, quelle feuille de route pour le Liban après la visite du Premier ministre, Nawaf Salam, à Washington alors que se profilent les élections israéliennes et américaines?
Selon des informations rapportées par plusieurs médias locaux et internationaux, Washington aurait informé Beyrouth de la reprise des discussions et du transfert de la réunion de Rome vers le quartier général du Commandement central américain (Centcom), sur la base aérienne MacDill. Pourquoi ce changement de cadre spatial ?
Interrogé par Ici Beyrouth, le politologue Marwan el-Amine rappelle que le Centcom est l’instance qui supervise les opérations militaires américaines au Moyen-Orient et que l’option, si elle était véritablement retenue, devrait permettre aux délégations militaires libanaise et israélienne de se concentrer sur les questions opérationnelles. Il s’agirait donc, selon lui, «moins de rouvrir l’ensemble du dossier que de faire fonctionner, à nouveau, la mécanique sur le terrain».
Tampa, le choix du terrain
Le dernier round des pourparlers s’était tenu à Rome le 6 août. Depuis, le processus patine, principalement autour de deux questions qui continuent de se répondre sans se rejoindre, à savoir le retrait israélien du territoire libanais et le désarmement du Hezbollah.
À Tampa, Washington chercherait donc à ramener les discussions à des sujets susceptibles d’être traités concrètement, comme le souligne Marwan el-Amine. Les principales thématiques à (ré)aborder consisteraient, le cas échéant, en le respect du cessez-le-feu, les arrangements sécuritaires, les opérations israéliennes au Liban-Sud, les mécanismes de vérification des engagements et l’extension éventuelle des zones pilotes où l’armée libanaise avait commencé à se déployer. Il s’agit de secteurs dans lesquels l’armée doit pouvoir démontrer sa capacité à assurer seule la sécurité après un éventuel retrait israélien.
Le dossier des prisonniers pourrait également revenir sur la table. Le Liban devrait notamment chercher à relancer sa demande concernant les détenus libanais encore aux mains d’Israël, après la libération de cinq prisonniers libanais et syriens qui n’appartenaient pas à la liste présentée précédemment par Beyrouth.
Pour le Liban, la réunion doit surtout permettre de présenter une feuille de route pour l’étape suivante. Où l’armée peut-elle se déployer, avec quels moyens et selon quelles garanties?
Or, cette question intervient, comme le souligne M. el-Amine, alors même que la première étape du mécanisme (celle des zones pilotes) n’a pas produit les résultats escomptés. «Il est donc difficile d’attendre de Tampa des avancées importantes sur une nouvelle phase tant que la première n’a pas été correctement mise en œuvre», insiste-t-il. L’enjeu serait dès lors moins de négocier immédiatement de nouvelles zones que de comprendre pourquoi les premières dispositions n’ont pas fonctionné et comment leur exécution pourrait être reprise.
Un calendrier qui impose la prudence
La réunion intervient à quelques jours des élections israéliennes du 27 octobre et à moins de deux semaines des élections américaines de mi-mandat du 3 novembre.
Difficile, dans ces conditions, d’imaginer les États-Unis imposer à Israël une nouvelle étape majeure du retrait avant le scrutin. D’autant que le désarmement du Hezbollah demeure l’un des principaux points de blocage. En effet, «Israël réclame que cette question soit traitée avant de poursuivre son retrait, tandis que Beyrouth défend une mise en œuvre progressive et réciproque du cadre conclu en juin», note l’expert interrogé.
C’est aussi ce qui explique, selon lui, l’intérêt de maintenir malgré tout la réunion. «Pour Washington, l’enjeu pourrait ainsi être moins de conclure un accord avant les élections que d’empêcher la disparition du cadre de négociation, de préserver les contacts militaires, de maintenir le cessez-le-feu mais aussi et surtout de confirmer que le dossier libanais est traité séparément de celui iranien», affirme-t-il.
Tampa pourrait ainsi être une réunion de transition, suffisamment concrète pour empêcher le processus de s’enliser davantage, mais trop proche des échéances électorales pour permettre, à elle seule, de régler les désaccords de fond.
Quelle marge pour Beyrouth?
Retour à Washington, au moment où, en visite aux États-Unis, le Premier ministre, Nawaf Salam, a énuméré une liste de requêtes allant du retrait israélien des zones sous contrôle de l’État hébreu, à la mise en place d’un mécanisme permettant de vérifier l’application des engagements de part et d’autre, en passant par l’élaboration d’un calendrier précis pour ce faire.
Or, en formulant ces demandes, Beyrouth se trouve face à un rapport de forces défavorable, n’ayant, jusqu’ici, pas été en mesure de faire état d’avancées comparables sur les engagements qui lui incombent, notamment en matière de souveraineté et de contrôle des armes. Selon Marwan el-Amine, les États-Unis ont, lors de la visite de Nawaf Salam, clairement ramené la discussion à ces questions, en demandant ce que le Liban avait concrètement accompli sur le dossier des armes du Hezbollah et sur l’exercice de l’autorité de l’État.
Cette absence de résultats nourrit, par ailleurs, et toujours selon M. el-Amine, une déception qui ne se limiterait pas à Washington, mais s’étendrait également aux pays arabes et à Israël. Dans ce contexte, une nouvelle pression américaine en faveur d’un retrait israélien supplémentaire paraît difficile à envisager sans avancées libanaises en parallèle.
L’exemple de Ali el-Taher illustre cette difficulté. Alors que l’idée d’un déploiement de l’armée dans cette zone avait été évoquée, celle-ci n’a pas pris le relais face au Hezbollah.
Dans ce contexte, Marwan el-Amine évoque l’éventualité de sanctions si le Liban ne met pas en œuvre les engagements qui lui ont été demandés. Il s’agit, à ce stade, d’une hypothèse et non d’une mesure annoncée.
À Tampa, le véritable enjeu serait, le cas échéant, moins de rouvrir la négociation que de mesurer si le cadre établi peut encore déboucher sur une mise en œuvre concrète, alors que chaque partie attend désormais des actes de l’autre.