L’Éthiopie a accusé jeudi l’Érythrée voisine «d'actes d'hostilité et de belligérance», fermé son ambassade sur place et sommé dix diplomates érythréens de faire leurs valises, Asmara répliquant en rompant ses relations diplomatiques: les tensions sont encore montées en plein conflit dans le nord éthiopien entre armée éthiopienne et groupes antigouvernementaux.

Les deux voisins n'avaient rétabli qu'en 2018 leurs relations diplomatiques, rompues durant une guerre à grande échelle les ayant opposés entre 1998 et 2000, suivie de 18 ans de relations glaciales.

La décision éthiopienne a été annoncée plusieurs heures après des explosions, d'origine inconnue, entendues durant la nuit de mercredi à jeudi au quartier général des forces armées fédérales à Addis Abeba, sans qu'un lien soit établi entre les deux événements.

Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a annoncé la fermeture de son ambassade à Asmara «en réponse aux actes directs et indirects d'hostilité et de belligérance de l'Érythrée contre l’Éthiopie» et déclaré persona non grata dix diplomates érythréens accusés de mener «des activités constituant une menace directe à la sécurité nationale».

«L’Érythrée n'a d'autre choix que de rendre la pareille et de rompre tous les liens diplomatiques avec l’Éthiopie», a répondu le ministère érythréen des Affaires étrangères, précisant que son chargé d'affaires en Éthiopie faisait partie des diplomates sommés de partir.

L’Éthiopie fait preuve «d'une hostilité incessante, en réalité une déclaration de guerre publique, envers l'Érythrée depuis trois ans» en agitant «son impératif d'obtenir un accès souverain à la mer», s'insurge le ministère érythréen.

L'Éthiopie a également déclaré jeudi persona non grata un diplomate égyptien, pays avec lequel les relations sont tendues autour du Gerd, le mégabarrage éthiopien sur le Nil, selon une note verbale qui n'invoque pas de motif, publiée par le média d'Etat éthiopien EBC.

Le gouvernement fédéral éthiopien du Premier ministre Abiy Ahmed n'a cessé d'accuser ces derniers mois l'Érythrée de collusion avec les autorités de fait de l'État régional du Tigré, qui défient son autorité, et avec les milices Fano qui ont pris les armes depuis 2023 dans celui de l'Amhara voisin.

L’Érythrée accuse quant à elle l’Éthiopie, enclavée, de lorgner sur son port d'Assab, sur la mer Rouge, dont l'a privé l'indépendance de l'Érythrée.

Explosions nocturnes 

Après des mois de tensions, les hostilités ont repris le 23 septembre entre le gouvernement fédéral et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), formation politique qui dirige, illégalement selon Addis Abeba, l'État le plus septentrional d'Éthiopie, frontalier de l'Érythrée.

Le TPLF est épaulé par les Fano, tous deux ayant récemment formé une Alliance pour la Survie avec plusieurs autres groupes armés opposés à M. Abiy pour «renverser» son gouvernement.

Ancienne colonie italienne progressivement annexée par l’Éthiopie dans les années 1950, l'Érythrée est devenue officiellement indépendante en 1993 après des décennies de lutte armée contre le pouvoir éthiopien.

En devenant Premier ministre en 2018, M. Abiy avait œuvré à apaiser des relations historiquement tendues, ce qui lui avait valu le prix Nobel de la paix l'année suivante.

L’Érythrée lui avait ensuite prêté main-forte contre le TPLF entre 2020 et 2022 lors d'un précédent conflit extrêmement destructeur au Tigré et qui avait fait au moins 600.000 morts.

Mais les relations avec le président érythréen Issaias Afeworki, au pouvoir depuis l'indépendance, se sont ensuite dégradées.

Les autorités éthiopiennes restent muettes jeudi sur les explosions entendues la nuit précédente à Addis Abeba, à quelques jours de la prestation de serment prévue le 5 octobre, pour un nouveau mandat, de M. Abiy dont le parti de la Prospérité (PP) a remporté 90% des sièges aux législatives du 1er juin et aucun bilan n'est disponible.

Avancée vers Mekele 

Selon une source diplomatique et des témoins, ces explosions d'origine inconnue ont touché au milieu de la nuit le quartier général des forces armées éthiopiennes (ENDF).

S'il s'agissait d'une action militaire, ce serait une première depuis de nombreuses années, la capitale fédérale n'ayant même pas été ciblée au plus fort du conflit de 2020-2022 et les actuels combats restant pour l'heure confinés à des zones limitées du nord de l'Éthiopie.

Mercredi, le Service national éthiopien du renseignement et de la sécurité (NISS) avait interdit jusqu'à nouvel ordre tout vol de drones au-dessus et autour d'Addis Abeba.

Le 27 septembre, des drones suicides, supposés opérés par des membres de l'Alliance pour la Survie, avaient visé plusieurs cibles dans le pays, notamment deux bases aériennes des ENDF et un aéroport, selon Acled, ONG spécialisée dans l'analyse des conflits.

Sur le front, les forces fédérales éthiopiennes, entrées lundi dans le sud du Tigré, ont poursuivi leur avancée vers la capitale régionale, Mekele, en s'emparant jeudi de Maychew, localité à une centaine de km au sud, selon une milice tigréenne alliée du gouvernement fédéral.

Celle-ci a également indiqué que les forces gouvernementales avaient repris la localité d'Erebti, en Afar, récemment conquise par le TPLF sur un axe susceptible de couper plus loin la route de Djibouti, indispensable à l'approvisionnement de l'Éthiopie enclavée, information confirmée par une source humanitaire.

AFP