Plusieurs explosions d’origine inconnue ont été entendues dans la nuit dans la capitale éthiopienne, Addis Abeba, au quartier général des forces armées fédérales engagées dans un nouveau conflit contre des groupes antigouvernementaux dans le nord du pays.

Depuis le 23 septembre, des combats ont repris après des mois de tensions entre le gouvernement fédéral et les autorités rebelles de l’État régional du Tigré, le plus septentrional d’Éthiopie. Les combats ne se sont pour l’heure pas étendus au-delà de quelques zones du nord et du nord-est du pays, autour des frontières du Tigré.

Les autorités éthiopiennes sont pour l’heure muettes sur ces explosions, survenues à quelques jours de la prestation de serment, prévue le 5 octobre, du Premier ministre Abiy Ahmed pour un nouveau mandat, dans la foulée des législatives du 1er juin qui ont accordé 90% des sièges à son Parti de la prospérité (PP).

Aucun bilan n’est disponible dans l’immédiat.

Des «explosions confirmées» ont touché, «vers minuit-01H00» (21H00-22H00 GMT mercredi), le bâtiment abritant le quartier général des forces armées éthiopiennes (ENDF), a indiqué jeudi une source diplomatique à l’AFP, ajoutant que «leur origine est inconnue dans l’immédiat».

Aucun des groupes antigouvernementaux ayant récemment formé une alliance pour «renverser» le gouvernement de M. Abiy n’a pour l’heure revendiqué une quelconque action nocturne contre Addis Abeba.

Drones interdits

La capitale fédérale n’a jamais été la cible ces dernières années d’une action militaire, même au plus fort de la guerre meurtrière ayant opposé les forces tigréennes au gouvernement fédéral de M. Abiy entre 2020 et 2022.

Selon une employée d’un bar-restaurant proche, qui ne travaillait pas mercredi soir mais a rapporté à l’AFP le récit de ses collègues présents à ce moment-là, une «explosion s’est produite au QG (de l’armée) et était puissante. Elle a secoué les environs».

Un habitant du quartier de Tor Hayloch, où est situé le quartier général, a raconté, sous le couvert de l’anonymat, avoir entendu, «vers 01H00», une «forte explosion». «Pendant quelques minutes, on a entendu un son inquiétant, suivi par une explosion», a expliqué cet habitant sans autre détail.

Contactés par l’AFP, ni le porte-parole des ENDF ni la porte-parole du Premier ministre Abiy Ahmed n’ont répondu pour le moment.

Le Service national éthiopien du renseignement et de la sécurité (National Intelligence and Security Service, NISS) a interdit mercredi tout vol de drones au-dessus et autour de la capitale fédérale jusqu’à nouvel ordre.

Les combats se déroulent jusqu’ici uniquement près du Tigré, dans les États voisins de l’Amhara et de l’Afar, ainsi que dans le sud du Tigré où les forces fédérales éthiopiennes ont effectué une percée lundi en prenant une première localité tigréenne, Alamata, située sur la route menant à Mekele, la capitale régionale, moins de 200 km plus au nord.

Multiples conflits

Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), formation qui dirige de fait - et illégalement, selon Addis Abeba, le Tigré et les milices amhara Fano, tous deux membres de la récente alliance antigouvernementale, affrontent l’armée fédérale dans le Nord éthiopien.

L’Armée de libération oromo (OLA), autre rébellion membre de l’alliance, reste active dans la région de l’Oromia, la plus vaste et peuplée d’Éthiopie, qui enserre Addis Abeba, sans qu’il soit possible de savoir si elle agit en coordination avec le TPLF et les Fano.

Le précédent conflit entre le gouvernement fédéral et le TPLF, extrêmement destructeur au Tigré, fut l’un des plus meurtriers de ces dernières années dans le monde, faisant au moins 600.000 morts, selon l’Union africaine, une estimation jugée basse par nombre d’observateurs.

Un accord de paix en 2022 a fait taire les armes mais certaines dispositions n’ont jamais été appliquées, alimentant les tensions. Depuis août, des drones éthiopiens ont frappé à de nombreuses reprises des cibles militaires au Tigré, d’où le TPLF a chassé en avril l’administration nommée par le gouvernement fédéral, défiant ouvertement l’autorité du Premier ministre Abiy Ahmed.

Au pouvoir depuis 2018, M. Abiy est confronté, à travers l’Éthiopie, vaste pays de 130 millions d’habitants issus de 80 peuples, à une multitude de conflits d’intensités variables et aux dynamiques diverses, souvent alimentés par des revendications politico-identitaires.

AFP