Enfin, rien qui ressemble à un événement. On est dans l’antichambre, et tout le monde attend.

On attend les élections de mi-mandat américaines, parce que Washington ne prend plus de décisions majeures à quelques semaines d’un scrutin. On attend les élections israéliennes, parce que Jérusalem non plus. On attend la réunion d’octobre, si elle se tient, entre délégations israélienne et libanaise, sous coordination américaine, dont chacun sait qu’elle sera difficile.

Bref, la région a mis son destin sur pause, en attendant que les calendriers électoraux veuillent bien lui rendre la main.

Oh! Il y a bien des signaux de relance des négociations entre les États-Unis et l’Iran. Mais, il est très peu probable qu’elles puissent, à elles seules, déboucher rapidement sur une véritable sortie de crise.

Sauf qu’il y a quelqu’un qui, lui, n’attend pas: Téhéran.

Le régime iranien a compris depuis longtemps qu’il ne gagnerait pas un bras de fer militaire avec l’Amérique. Alors il joue sur autre chose: nos factures.

Le détroit d’Ormuz est toujours plus ou moins verrouillé. Rappelons que c’est par là que passe environ un cinquième du pétrole mondial. Personne n’a besoin de le fermer complètement: il suffit que les assureurs hésitent, que les armateurs rechignent et que les cargaisons prennent du retard. La menace fait le reste du travail. 

Bab el-Mandeb, lui, reste sous le contrôle des Houthis, proxys de Téhéran. Les navires qui évitent la mer Rouge contournent l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Des semaines de mer en plus et des primes de risque qui flambent. Le canal de Suez, lui, regarde passer les statistiques à défaut de navires.

Et pendant ce temps, au Liban, on tourne en rond.

Naïm Kassem a parlé. Encore. 

Et son discours de dimanche dernier est révélateur. Le secrétaire-général du Hezbollah a expliqué que le problème, ce n’était pas sa milice mais… l’État libanais!

L’État qui négocie et qui ferait des concessions. L’État qui, selon lui, renoncerait aux «éléments de force» dont dispose le Liban. On se demande lesquels d’ailleurs. À moins qu’il ne pense à sa milice qui perd guerre sur guerre. 

Et sur le désarmement du Hezbollah, la réponse est toujours la même: on pourra en parler… plus tard. D’abord le retrait israélien, ensuite le retour des habitants du Sud, et seulement après, éventuellement, le dialogue sur les armes. Autrement dit, jamais. Dans la mesure où c’est précisément le désarmement de la milice qui ouvrirait la voie au retrait israélien. 

Dans le discours de Kassem, l’ennemi est à Beyrouth.

On tire à boulets rouges sur l’État libanais, sur son gouvernement, sur ses négociations, sur son armée, sur ceux qui cherchent à récupérer le Sud par la seule voie possible: la négociation. 

C’est beaucoup plus confortable. Parce qu’affronter l’État libanais, c’est sans danger. Affronter Israël, c’est une autre affaire.

Alors le Hezbollah a trouvé un nouvel élément de langage: expliquer aux Libanais que c’est l’État libanais qui capitule.

C’est une vicieuse inversion des rôles.

Le mouvement qui a entraîné le Liban dans deux guerres avec Israël, qui a perdu

une partie de son arsenal et une grande partie de sa direction, explique aujourd’hui à l’État qu’il ne doit surtout pas négocier.

Et pendant ce temps, les Libanais attendent.

Ils attendent que Washington parle à Téhéran, qu’Israël décide, que le Hezbollah remette ses armes à l’État et que l’armée puisse réellement exercer son autorité.

Et surtout, ils attendent de savoir qui décide encore de leur pays.

C’est peut-être cela, dans le fond, le véritable statu quo libanais. Pas la paix. Ni la guerre. Mais l’attente. Insupportable. Celle qui empêche tout projet et toute vie normale. 

Et l’attente profite toujours à celui qui veut empêcher les autres de décider. C’est-à-dire, encore et toujours le Hezbollah et derrière lui, l’Iran.

Dans son homélie lors de la messe géante à Paris, le pape Léon XIV disait: «Prions pour que jaillissent les sources d’eaux vives qui font fleurir les germes de foi et d’espérance».

Au Moyen-Orient, nous sommes exactement à l’inverse. Tout est figé dans les marécages haineux d’où rien ne peut naître.

Alors oui! Faisons jaillir les sources d’eaux vives.