Après l’adoption de la loi sur la restructuration bancaire, le débat se déplace désormais vers le texte appelé à déterminer concrètement le sort des dépôts.

Dans l’éditorial du rapport mensuel de l’Association des banques du Liban (ABL) pour septembre 2026, Fadi Khalaf, secrétaire général de l’ABL, s’interroge sur le remboursement des dépôts, les sources de financement et la répartition des pertes.

Ici Beyrouth vous propose la version intégrale de l’éditorial:

La loi sur la restructuration bancaire a été adoptée, et le débat porte désormais sur la loi qui déterminera concrètement le sort des dépôts: la loi sur la régularisation financière et la récupération des dépôts.

La question n’est plus théorique. La question n’était pas de savoir si nous voulions restituer les dépôts. Tout le monde le souhaite. La véritable question est plutôt : comment ces dépôts seront-ils restitués? Qui paiera? Dans quel délai? Et avec quelles ressources?

Le président de la commission des Finances et du Budget, M. Ibrahim Kanaan, a résumé la problématique dans une déclaration aux médias le 11 juin 2026, lorsqu’il s’est interrogé sur la manière de réunir les fonds nécessaires au remboursement des 100 000 dollars, mettant en garde contre le risque de parvenir, après plusieurs années, à un nouveau défaut et à un nouveau mur.

C’est là tout l’enjeu.

Une loi qui promet au déposant le remboursement de son dépôt sans définir clairement les sources de liquidités et les mécanismes d’exécution ne règle pas la crise. Elle risque au contraire de la transformer, en passant d’une promesse de récupération du dépôt à une nouvelle crise inévitable.

Il faut donc poser les questions pratiques avant d’adopter les tableaux et les échéances.

Premièrement, si un grand nombre de banques sont placées en liquidation, qui remboursera leurs déposants?

Les études techniques réalisées par des conseillers internationaux indiquent que l’application du projet de loi transmis par le gouvernement au Parlement, sans modification substantielle de la répartition des charges et des sources de financement, pourrait entraîner la liquidation d’un nombre non négligeable de banques. Ces banques détiennent quelque 550.000 comptes et plus de 29 milliards de dollars de dépôts.

Qui remboursera ces dépôts en cas de liquidation? Existe-t-il réellement une partie capable de se substituer à la banque qui sera liquidée?

Deuxièmement, le Fonds de garantie des dépôts est-il en mesure de supporter cette charge?

La réponse réaliste est que les capacités du Fonds, dans leur état actuel, ne permettent pas de couvrir des dépôts d’une telle ampleur. Et ceux qui pensent que la liquidation des actifs bancaires permettra de dégager rapidement suffisamment de liquidités pour les déposants doivent prendre en compte non seulement la valeur de ces actifs, mais également la durée de la liquidation, son coût et la baisse attendue de la valeur des actifs lorsqu’ils sont vendus sous pression.

La liquidation est un processus long et complexe, qui peut laisser le déposant attendre pendant des années et aboutir, dans de nombreux cas, à la récupération d’une partie limitée de ses droits.

Troisièmement, qu’en est-il des banques qui resteront?

Même les banques viables ne pourront pas jouer leur rôle si leurs liquidités sont épuisées au cours des premières années. Une banque à laquelle on demande de contribuer au remboursement des dépôts, de reconstituer ses fonds propres, de contribuer au financement de l’économie et d’assurer des engagements à long terme ne doit pas être chargée de fardeaux dépassant ses capacités.

Le problème ne réside donc pas uniquement dans les banques qui seront liquidées, mais également dans la définition des conditions permettant aux banques restantes de reprendre leur rôle normal, d’attirer de nouveaux capitaux et de rétablir la confiance des déposants et des investisseurs.

Quatrièmement, les échéances annoncées sont-elles suffisantes si les liquidités ne sont pas disponibles?

Toute loi peut établir un calendrier séduisant. Mais l’essentiel ne réside pas dans le calendrier, mais dans la capacité à le respecter.

Si l’on dit au déposant que son dépôt sera remboursé dans un certain délai, puis qu’il apparaît en cours de route que les liquidités sont insuffisantes, nous nous retrouverons face à un nouveau défaut, et non à une solution. Toute échéance doit donc être précédée d’une étude approfondie des liquidités réellement disponibles auprès de l’État, de la Banque du Liban et des banques, afin que la loi ne se transforme pas en une nouvelle promesse impossible à tenir.

Cinquièmement, il ne faut pas comptabiliser la perte deux fois.

Si certains dépôts doivent ultérieurement faire l’objet d’un assainissement, que ce soit en raison d’intérêts inhabituels, d’opérations de négociation de chèques ou d’autres éléments qui feront l’objet d’une réévaluation, cet assainissement doit être effectué avant de déterminer les pertes définitives et les fonds propres requis.

Il n’est pas possible de comptabiliser la perte une première fois sur le dépôt, puis une deuxième fois sur les fonds propres de la banque. La justice ne consiste pas à multiplier les charges, mais à les déterminer avec précision avant de les répartir.

Sixièmement, comment la Banque du Liban financera-t-elle sa contribution?

Il ne suffit pas de dire que la Banque du Liban contribuera. Il faut déterminer les ressources qui seront utilisées pour cette contribution. S’agit-il d’actifs pouvant être liquidés? De fonds résultant de la contribution de l’État au traitement des pertes? Ou proviendront-ils, directement ou indirectement, des réserves obligatoires détenues par les banques auprès d’elle?

Si une partie de la contribution doit provenir de ces réserves, la question devient encore plus sensible: que restera-t-il après leur épuisement?

Septièmement, où est la contribution de l’État?

La loi sur la régularisation financière ne peut réussir si elle se contente de répartir les pertes entre les banques et les déposants, ou si elle fait de la contribution de l’État une question reportée ou vague. La crise née d’un déséquilibre des finances publiques, des politiques d’emprunt et de dépenses, ainsi que de la relation entre l’État et la Banque du Liban, ne peut être résolue sans une contribution claire de l’État.

Et cette contribution ne signifie pas des slogans généraux, mais des ressources réelles, des mécanismes clairs et un calendrier applicable.

En conclusion

Ce qui est requis aujourd’hui n’est pas une loi qui promet ce qu’elle est incapable d’exécuter, ni un calendrier auquel ne correspondent pas de ressources réelles, ni une liquidation à grande échelle dont personne ne sait comment les dépôts seront ensuite remboursés. Les Libanais ont payé un lourd tribut au retard pris dans la prise de décision. Il ne s’agit pas aujourd’hui de compenser ce retard par la précipitation, mais de passer de la lenteur dans la décision à la qualité de la décision.

Car il n’y a pas de véritable restitution des dépôts sans sources de liquidités réelles.

Il n’y a pas de relance économique sans un secteur bancaire capable de financer l’économie.

Et il n’y a pas de confiance sans clarté sur les responsabilités et les mécanismes d’exécution.

Sinon, nous serons passés d’une tentative de traitement de la crise à la création d’un nouveau défaut qui touchera tout le monde.

Méfions-nous des mauvais calculs, afin que les déposants et le secteur bancaire ne soient pas mordus deux fois par le même serpent.