L'armée israélienne a mené samedi une frappe contre un «dépôt de moyens de combat» du Hezbollah dans le secteur de Sejoud. Selon un communiqué de l'armée israélienne, ces armes auraient servi à viser les soldats israéliens déployés dans la zone de sécurité au Liban-Sud.
Le texte ne dit rien de la nature des armes ni de l'ampleur des dégâts, et aucun bilan n'a été communiqué. Le quotidien israélien Maariv évoque de son côté un «laboratoire d'électronique avancé», une version qu'aucune autre source n'a confirmée.
Sejoud n'était pas une cible isolée. Le même jour, l'Agence nationale d'information a fait état d'une série de raids sur le Jabal al-Rafih, dans les hauteurs d'Iqlim al-Touffah. Trois frappes ont visé les abords de Sejoud avec des missiles à onde de choc, dont le bruit a été entendu jusqu'au Zahrani.
Des hauteurs qui dominent le Sud
Le choix de la cible n'a rien d'anodin. Le site officiel de l'armée libanaise décrit Sejoud et le Jabal al-Rafih comme des sommets qui surplombent l'ensemble du Liban-Sud, la Haute-Galilée, une partie du Golan et la côte méditerranéenne. Voisin, le Jabal al-Rayhan culmine entre 1 100 et 1 300 mètres.
Interrogé par Ici Beyrouth, le général de brigade à la retraite Khaled Hamadé estime que le contrôle de ces points donnerait à Israël un double avantage. Sur le plan militaire, il ouvrirait l'accès au caza de Jezzine et permettrait de contrôler toute voie d'approvisionnement entre la Békaa et le Sud. Sur le plan politique, il contribuerait à embarrasser davantage les Iraniens et le Hezbollah. Il pourrait aussi nourrir au Liban un climat politique croissant qui ne supporte plus l'occupation, les frappes et l'alignement sur le discours du parti.
«Ces nouvelles positions offrent à Israël de nouveaux avantages militaires et des cartes à exploiter politiquement pour ramener le gouvernement libanais à la table des négociations», résume le général.
Un accord-cadre à l'arrêt
Selon le général Hamadé, deux questions encadrent désormais les opérations israéliennes. La première est l'enlisement de l'accord-cadre. Les zones pilotes ont échoué dès leur première étape, à Zaoutar el-Gharbiyé et à Ghandouriyé, où les critères convenus n'ont pas été appliqués, et aucun mécanisme de vérification n'a vu le jour.
«L'entrée de l'armée y a été routinière, comme une mission de maintien de l'ordre, sans aucun changement dans la position de l'État sur les armes du Hezbollah ni dans le discours du Hezbollah», estime-t-il. La seconde tient à l'objectif même de l'offensive. Il s'agit de détruire l'arsenal du parti et de contraindre l'État libanais à négocier et à appliquer le monopole des armes annoncé par le gouvernement et le président de la République.
Il rappelle qu'à Ali Taher, la situation «s'est transformée en occupation». L'armée israélienne avait d'ailleurs annoncé début septembre avoir achevé le nettoyage d'un site souterrain «stratégique» sur cette crête. Pour le général Hamadé, les rencontres de New York et de Washington «n'ont rien changé», et aucune date n'a été fixée pour un nouveau round de négociations. Dans ce contexte, la ligne jaune perd sa pertinence. «Israël la dépasse. Elle n'était peut-être qu'une hypothèse israélienne, une zone théorique dont Washington et Tel-Aviv pensaient que le contrôle donnerait à l'État libanais davantage de raisons de s'asseoir à la table des négociations. Si cela ne fonctionne pas, il faut élargir l'opération militaire».
Offensive ou consolidation?
Les experts ne s'accordent pas sur la suite. Dans Asharq Al-Awsat, le général de brigade à la retraite Hassan Jouni voit dans les frappes de samedi des «indices inquiétants» d'une possible opération à Iqlim al-Touffah. Il rappelle que cette région figure historiquement parmi les dernières zones logistiques du Hezbollah. Il n'exclut pas pour autant qu'Israël se contente de consolider des positions fixes le long de la ligne jaune.
Khaled Hamadé se montre plus pessimiste. «Je crois que nous sommes à l'aube de semaines d'opérations militaires sans précédent, qui iront plus loin dans la profondeur libanaise et viseront des zones importantes pour le Hezbollah, peut-être au-delà du Jabal al-Rafih et du Jabal al-Rayhan», avance-t-il. Des infrastructures du Hezbollah plus proches de Beyrouth pourraient être visées, «jusqu'à la banlieue sud». Parce que pour lui, le constat est désormais clair. Le Hezbollah n'a pas changé, et l'État n'a progressé ni dans le contrôle du Sud ni sur le monopole des armes. Israël, et derrière elle les États-Unis, «ne voient pas d'autre option que d'élargir les frappes et les opérations militaires, voire de recourir à des mesures plus extrêmes pour changer le statu quo».