Ce dimanche, à l’occasion de la deuxième commémoration de l’élimination de Hassan Nasrallah, nous n’avons pas assisté à une oraison funèbre, mais plutôt à un règlement de compte. Nawaf el-Moussawi, ancien député du Hezbollah, avait déclaré sur Al-Manar, à l’adresse de Gebran Bassil, que ses propos étaient honteux et indécents, allant jusqu’à affirmer que d’aucuns au Liban ne l’aimaient et que seul le Sayyed le tolérait. De son côté, le Courant patriotique libre (CPL) commémorait Hassan Nasrallah avec une grande tristesse, déplorant son absence, qui aurait, selon lui, épargné au Hezbollah et au Liban bien des erreurs.

Or c’est entre les lignes qu’il faudrait lire: on déplore le défunt, et on présente sa milice comme une erreur. Ce n’est donc plus une querelle de famille, mais une alliance qui vole en éclat. Et l’associé qui en avait tiré la part du lion entend désormais être compté parmi les créanciers plutôt que parmi les bénéficiaires.

Tout a commencé le 20 septembre, lorsque Bassil a déclaré que le Hezbollah existait bel et bien, mais que ses membres étaient «affaiblis, déplacés, émigrés et ruinés». Ses propos ayant été perçus comme une offense envers les habitants du Sud, le CPL s’est empressé de préciser qu’ils visaient l’ensemble des Libanais, y compris ses propres partisans. Nul besoin de défendre le Hezbollah: il paie aujourd’hui le prix de ce qu’il a semé. Mais un associé ne devient pas simple témoin au motif qu’il décide de solder ses comptes.

En décembre 2022, Bassil avait déclaré que l’entente de Mar Mikhaël était remise en question parce que les résultats escomptés de l’accord ne s’étaient pas concrétisés. Et le moment choisi en disait déjà plus long que le communiqué lui-même: cette remise en question n’est pas intervenue lorsque le Liban a été entraîné dans une guerre qu’il n’avait pas souhaitée, mais quelques mois après la défaite électorale.

Le 6 février 2006, le général Michel Aoun avait signé à Mar Mikhaël un document présentant le port d’armes comme un moyen honorable et sacré, tout en renvoyant à plus tard, sans définition, sans échéance ni mécanisme, les conditions qui auraient justifié la fin de cette nécessité.

Bilan: 890 jours de vacance présidentielle et plus de 40 séances avortées.

En 2014, lors des célébrations de l’Achoura, Nasrallah s’était engagé en faveur d’un seul candidat, le général Michel Aoun, qui fut finalement élu le 31 octobre 2016 avec 83 voix au quatrième tour, dont celles du bloc Fidélité à la Résistance.

Le ministère de l’Énergie, quant à lui, est resté aux mains du CPL et de ses alliés, de novembre 2009 à février 2025, soit plus de quinze années de pénurie d’électricité. Sous le mandat d’Aoun, quatre déclarations ministérielles ont consacré le droit de la résistance. Il aura fallu la déclaration du gouvernement de Nawaf Salam, au début de 2025, pour que cette disposition disparaisse.

Les chiffres officiels de la répartition des sièges en 2022 sont eux aussi révélateurs. À Zahlé, environ 57% des voix obtenues par la liste du CPL à Zahlé provenaient de bureaux de vote à majorité chiite. À Jbeil-Kesrouan, sans les 8.814 bulletins issus de ces bureaux, la liste serait tombée à deux sièges, Simon Abi Ramia étant le candidat battu. À Jezzine, où le tandem chiite s’était présenté séparément, la liste du CPL était passée de 20.127 voix en 2018 à 9.846, perdant ainsi le seuil électoral.

Le vote est un indicateur, pas un juge des électeurs. Il n’en demeure pas moins que le résultat, lui, est sans ambiguïté.

Le bloc est ainsi passé de 29 sièges à 17, puis à 13.

En juin 2023, le Courant a voté en faveur de Jihad Azour face au candidat du Hezbollah. En octobre 2024, les armes qui, disait-on, défendaient le territoire ne pouvaient pas être retirées. En avril 2025, le Courant s’est rallié à ceux qui réclamaient l’exclusivité des armes entre les mains de l’État. Et en septembre 2026, ces mêmes armes étaient devenues incapables de protéger le Liban.

Lorsque l’euphorie est retombée et que la réalité s’est imposée, nous nous sommes soudain souvenus que la souveraineté de l’État existait.

Ce n’est pas un changement de position, mais un blanchiment, pur et simple.

Mais un changement de position devrait commencer par des excuses, pas par des insultes. Ceux qui tenaient le même discours souverainiste en 2006 en ont payé le prix de leur sang, quand d’autres n’ont eu à en payer que le prix d’un siège ministériel ou d’un portefeuille de l’Énergie.

Le CPL veut aujourd’hui entrer sur la scène souverainiste par la porte arrière, sans s’acquitter du droit d’entrée, sans régler ses arriérés et, surtout, avec un sourire du coin des lèvres adressé à ceux qui l’avaient conduit au palais présidentiel à l’époque.

Certes, il a le droit de s’opposer. Nous avons, nous aussi, le droit de lui demander où il était passé.

Partenaire lors de la présidentielle, au gouvernement et pour assurer une couverture politique… mais pas dans la défaite.