Il est difficile d'imaginer Hassan Nasrallah dans le Moyen-Orient de septembre 2026. Secrétaire général du Hezbollah de février 1992 à sa mort, le 27 septembre 2024 à Haret Hreik, lors d'une frappe aérienne, il avait fondé son autorité sur quelques certitudes qui semblaient être inébranlables. Le Liban ne pouvait pas négocier avec Israël sans l'aval du Hezbollah. L'axe régional reposait solidement sur Téhéran et Damas. Enfin, la force militaire du Hezbollah suffisait à tenir l'armée israélienne à distance. Aucune de ces certitudes n'a survécu aux deux années qui ont suivi sa disparition.

Beyrouth à la table des négociations avec Israël

Le symbole le plus lourd est diplomatique. Le 26 juin dernier, au terme du cinquième cycle de négociations directes aux États-Unis, les ambassadeurs libanais et israélien ont signé un accord-cadre en présence du secrétaire d'État américain Marco Rubio. Le texte consacre une reconnaissance mutuelle de souveraineté, une première depuis mai 1983, c'est-à-dire depuis l'accord du 17 mai, abrogé l'année suivante sous la pression de Damas et de ses alliés.

Le contenu du document aurait suffi à heurter Nasrallah. Le texte prévoit que l'armée libanaise deviendra l'autorité dans le Sud une fois vérifié le désarmement des groupes armés non étatiques.

Un axe privé de ses piliers

Autour du Liban, les alliés sur lesquels s'appuyait Nasrallah ont disparu un à un. À Damas, le régime de Bachar el-Assad est tombé en décembre 2024. Son successeur Ahmad el-Chareh, ex-chef rebelle qui s’est battu contre l’ancien régime, multiplie aujourd'hui les gestes envers Beyrouth.

Jeudi à New York, Nawaf Salam a affirmé vouloir tourner la page avec la Syrie, sur la base de la confiance, du respect mutuel de la souveraineté et des intérêts communs. Au même moment, Ahmad el-Chareh dénonçait devant l'Assemblée générale les attaques israéliennes qui freinent le relèvement de son pays, sans évoquer le moindre front commun avec le Hezbollah.

À Téhéran, le parrain lui-même a subi des coups douloureux. Ali Khamenei a été tué le 28 février dans des frappes israéliennes et américaines. Son fils Mojtaba, qui joue l’Arlésienne, lui a succédé. L’économie iranienne est en lambeaux et asphyxiée par le poids des sanctions. 

À Gaza, l'autre front de l'«unité des fronts» a lui aussi cédé. Le Hamas a annoncé en juillet la dissolution de son organe de gouvernement, après près de vingt ans au pouvoir, pour laisser place à un comité de technocrates.

Le Liban-Sud, d'un sanctuaire à une zone tampon

Sur le terrain, l'infrastructure que Nasrallah avait patiemment bâtie a subi un coup sévère. En avril, Bint Jbeil, baptisée «capitale de la résistance» par les partisans du Hezbollah, a été rayée de la carte. Le 10 septembre dernier, l'armée israélienne a utilisé plus de 1.100 tonnes d'explosifs pour détruire deux tunnels du Hezbollah longs de plus de deux kilomètres sous la crête d'Ali el-Taher, provoquant une secousse de magnitude 4,1. 

Cette destruction clôt une première phase d'opérations israéliennes: l'occupation d'une bande de six à dix kilomètres dans le Sud, dont les villages et les infrastructures ont été rasés au point de la rendre inhabitable.

Le coût humain est considérable. Selon le ministère libanais de la Santé, Israël avait tué au moins 4.383 personnes au Liban depuis le 2 mars dernier et déplacé plus de 1,2 million d'habitants, et ce bilan remonte au 10 septembre.

Ce qui a survécu

Le tableau comporte toutefois des nuances: si le bilan des dernières années compte des pertes colossales, il comprend également des gains significatifs. Les Houthis, le membre de l'axe le plus éloigné du Liban, sont aujourd'hui en position de force. Ils ont récemment pris le contrôle du littoral yéménite de la mer Rouge, ce qui renforce leur emprise sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb. Téhéran, de son côté, cultive un récit de victoire. Dans un entretien à l'AFP, le porte-parole des Gardiens de la révolution Hossein Mohebi a affirmé que l'Iran avait gagné la guerre et consolidait cette victoire par la force de la dissuasion.

Le Hezbollah, lui, refuse toujours de rendre les armes. Un an après la mort de Nasrallah, l'Institute for National Security Studies de Tel-Aviv avait jugé que la milice avait changé d'apparence tout en restant attachée à son idéologie. Mais, un credo intact, des vœux pieux et des fantaisies eschatologiques ne suffisent pas à reconstituer l'environnement stratégique qui a été trituré.

Dimanche, la commémoration principale se tiendra sur le lieu d'inhumation, dans la banlieue sud de Beyrouth. Autour du mausolée, pourtant, le Moyen-Orient que Nasrallah avait voulu façonner n’est plus qu’un souvenir ancré dans la mémoire des résistants nostalgiques.