Les forces des autorités de fait du Tigré ont pris le contrôle de l'aéroport de Mekele, capitale de cet État régional du nord de l'Éthiopie, sur fond de tensions croissantes avec le gouvernement fédéral qui les juge illégitimes.

Une employée de l'aéroport Alula Aba Nega de Mekele a affirmé sous le couvert de l'anonymat avoir été renvoyée chez elle mercredi matin. On «nous a dit que les TDF (forces tigréennes) avaient pris le contrôle de l'aéroport», a-t-elle déclaré. La prise de contrôle de l'aéroport par les TDF a été confirmée à l'AFP par une source sécuritaire étrangère en Éthiopie.

L'aéroport de Mekele, le plus important de l'État régional, est normalement gardé par quelques soldats de l'armée fédérale, rare présence visible des autorités fédérales dans l'État régional.

Selon la source sécuritaire, les forces tigréennes ont également pris le contrôle des deux autres aéroports tigréens en activité, Aksoum et Shire.

La compagnie publique Ethiopian Airlines, seule à opérer des vols intérieurs commerciaux en Éthiopie, a annoncé que ses vols à destination de Mekele, Aksoum et Shire étaient annulés mercredi «en raison de la situation actuelle au Tigré».

Sollicités par l'AFP, ni le vice-président du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), parti désormais interdit qui dirige de fait l'État régional le plus septentrional d'Éthiopie, ni la porte-parole du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed n'ont répondu.

«Franchi le Rubicon»

Le TPLF «a franchi le Rubicon», a réagi auprès de l'AFP Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l'Oslo New University College (Norvège). «Je ne vois aucun signe de désescalade», a-t-il poursuivi.

La prise de contrôle de l'aéroport intervient trois jours après l'annonce par sept groupes opposés au gouvernement fédéral, dont le TPLF, les milices amhara Fano ou l'Armée de libération oromo (OLA), de la formation d'une alliance pour «renverser» l'exécutif d'Addis Abeba.

Les forces fédérales ont procédé à des dizaines de frappes de drones sur le Tigré depuis le début du mois d'août.

«Le gouvernement fédéral va sûrement réagir» à cette prise des aéroports «en intensifiant les campagnes aériennes», poursuit M. Tronvoll.

Ce nouvel épisode fait ressurgir les craintes d'une nouvelle guerre au Tigré, moins de quatre ans après la fin de celle qui a opposé entre 2020 et 2022 les forces fédérales, appuyées par plusieurs milices régionales et par l'armée érythréenne, aux forces tigréennes loyales au TPLF.

Ce conflit, l'un des plus meurtriers de ces dernières années dans le monde, a fait au moins 600.000 morts, selon une estimation de l'Union africaine, déplacé plus d'un million de personnes sur les six millions d'habitants du Tigré et ravagé économiquement l'État régional.

Ces derniers mois, les relations sont à nouveau très tendues entre le gouvernement fédéral et le TPLF, parti qui a dirigé l'Éthiopie pendant près de trois décennies avant d'être marginalisé par Abiy Ahmed lorsqu'il a pris la tête de l'exécutif fédéral en 2018. Le parti a ensuite été radié, en mai 2025, de la liste des formations politiques légalement enregistrées.

Les autorités d'Addis Abeba accusent ces derniers mois le TPLF de s'être rapproché de plusieurs groupes armés opérant dans d'autres États régionaux, ainsi que de l'Érythrée voisine.

Cette ancienne colonie italienne a été fédérée à l'Éthiopie en 1952, puis annexée en 1962, avant d'obtenir son indépendance en 1993 au terme de trois décennies de guerre. Elle entretient historiquement des relations très tendues avec Addis Abeba. Le président érythréen Issaias Afeworki a envoyé l'armée érythréenne prêter main-forte à M. Abiy face au TPLF entre 2020 et 2022, mais les relations entre les deux hommes se sont ensuite rapidement gravement dégradées.

Les vols depuis et vers le Tigré avaient déjà été suspendus pendant cinq jours entre fin janvier et début février, quand des combats avaient éclaté entre forces fédérales et tigréennes.

AFP