Le Premier ministre Nawaf Salam a multiplié les rencontres à New York, où il se trouve pour participer aux travaux de l’Assemblée générale des Nations unies. Au terme de sa première journée, il a indiqué avoir porté auprès de plusieurs dirigeants et responsables internationaux les principales priorités du Liban, notamment le retrait israélien du territoire libanais, le renforcement de l’armée, le maintien d’une présence internationale dans le Sud après la fin de la mission de la Finul, ainsi que la consolidation de l’autorité de l’État et le monopole des armes.
Dans un message publié sur «X», Nawaf Salam a indiqué avoir rencontré le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, le roi de Jordanie Abdallah II, le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président finlandais Alexander Stubb, le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al Thani, le Premier ministre irakien Ali Faleh al-Zeidi, le ministre bahreïni des Affaires étrangères Abdullatif ben Rachid al-Zayani, ainsi que la sénatrice américaine Jeanne Shaheen.
Le Premier ministre a également évoqué la mobilisation du soutien au processus de retour, de relèvement et de reconstruction, la poursuite des réformes engagées par le gouvernement et l’élargissement des possibilités d’investissement et de coopération, notamment dans les domaines de l’énergie, des transports et des projets de connexion régionale. Il a affirmé que le Liban entendait poursuivre ses responsabilités, construire un État capable de recouvrer sa souveraineté, permettre à sa population de regagner ses terres et lui ouvrir des perspectives de relèvement.
Face à la diaspora, Salam défend le monopole de l’État sur les armes
Lors d’une rencontre avec la communauté libanaise au consulat général à New York, Nawaf Salam a choisi un ton qu’il a voulu «simple» et «franc», loin des formalités. Il a reconnu que les espoirs suscités par le début du mandat et la formation du gouvernement avaient été importants, mais que le chemin s’était révélé plus difficile que prévu, avec des événements et des défis plus importants qu’anticipé.
Le Premier ministre a toutefois assuré que son gouvernement n’avait «pas désespéré» et n’avait «pas reculé», affirmant avoir pris des décisions difficiles et lancé un chantier de réformes qu’il entend poursuivre. Selon lui, le Liban dispose toujours d’une réelle possibilité de changer sa trajectoire et de construire un État auquel les Libanais puissent de nouveau faire confiance.
Sur la question des armes, Nawaf Salam a affirmé que le gouvernement avait pris «des décisions importantes et décisives» et qu’il poursuivrait leur mise en œuvre malgré les difficultés. Son objectif, a-t-il expliqué, est que l’État soit «le seul détenteur de l’autorité» sur l’ensemble du territoire, que la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l’État et que l’armée et les forces légitimes soient les seules responsables de la sécurité des Libanais.
«Il ne peut donc y avoir d’État avec deux armées, ni d’État avec deux décisions», a-t-il déclaré, estimant que cette orientation constituait une condition essentielle à l’édification de l’État et au rétablissement de la confiance, au Liban comme à l’étranger.
Salam a également assuré que le gouvernement travaillait parallèlement à obtenir le retrait israélien, à garantir le retour des habitants dans le Sud et à lancer le processus de relèvement et de reconstruction. «Il n’y a pas d’économie sans stabilité, ni d’investissement sans État», a-t-il affirmé.
كلمة رئيس #مجلس_الوزراء الدكتور #نواف_سلام في القنصلية العامة في نيويورك في لقاء مع الجالية:
— رئاسة مجلس الوزراء 🇱🇧 (@grandserail) September 21, 2026
أنا سعيد جداً بأن أكون معكم اليوم.
هذه الجالية عزيزة عليّ، وهذه المدينة عزيزة عليّ، وأرى بينكم وجوهاً كثيرة أعرفها، ووجوهاً رافقت #لبنان ووقفت إلى جانبه في مختلف الظروف.
واليوم أريد أن… pic.twitter.com/JJ1IvcMfSm
Réformes, électricité et infrastructures
Sur le front des réformes, le Premier ministre a souligné que le gouvernement ne s’était pas contenté d’annoncer sa vision. Il a notamment cité, dans le secteur de l’électricité, la nomination de l’autorité de régulation après plus de vingt ans, le lancement du processus de réforme d’Électricité du Liban ainsi que le travail engagé sur des projets liés au gaz et à l’énergie.
Le gouvernement a également lancé un chantier dans les transports et les infrastructures, qui concerne notamment le port de Beyrouth, le port de Tripoli, la zone économique spéciale de Tripoli, l’aéroport de Qleiat, les chemins de fer et les transports publics.
Nawaf Salam a par ailleurs évoqué la réforme du système de nominations dans l’administration, avec l’objectif de rétablir la compétence au sein des institutions et de l’État. Il a reconnu que le processus restait difficile en raison de l’enracinement du clientélisme et des considérations confessionnelles, qui ont rendu même la rotation dans les fonctions publiques difficile.
«Je ne vous dis pas que nous avons tout accompli. Je vous dis que nous avons commencé», a-t-il déclaré, assurant que « a direction a changé» et qu’elle ne sera pas modifiée.
«Nous voulons que vous soyez des partenaires»
S’adressant à la diaspora, le Premier ministre a souligné son rôle dans la résilience du Liban au cours des dernières années. Il a salué son soutien aux proches, aux villages, aux écoles et aux universités, ainsi que son attachement au pays malgré les circonstances difficiles. Il a estimé que l’État devait reconnaître et apprécier cette contribution.
Nawaf Salam a toutefois appelé à une nouvelle étape dans la relation entre l’État et les Libanais de l’étranger. «Nous ne voulons pas regarder la diaspora comme un distributeur automatique de billets pour le Liban, auquel nous revenons chaque fois que le pays traverse une crise », a-t-il déclaré. « Nous voulons que vous soyez des partenaires.»
Le Premier ministre a dit souhaiter non seulement les investissements de la diaspora, mais également son expertise, ses relations, ses entreprises, ses connaissances et les standards acquis à travers ses réussites à l’étranger. Il a appelé les Libanais établis notamment à New York, Washington, Paris, Londres ou dans le Golfe à se considérer comme des partenaires d’un nouveau projet économique pour le Liban, et non comme les financeurs du déficit de l’ancien État.
Il a cité plusieurs domaines offrant, selon lui, des opportunités, notamment les projets de connexion et de transport, les ports et les aéroports, les chemins de fer et les transports publics, l’énergie et l’électricité, l’économie numérique ainsi que la reconstruction. Il a également souligné que la position géographique du Liban lui permettait de redevenir un point de liaison entre la Méditerranée et son environnement arabe, ainsi qu’entre la région et le monde.
Salam a appelé les membres de la diaspora à participer à ces projets dès leur lancement, afin de passer «de la logique de financement de la résilience à l’investissement dans la croissance». Il a toutefois reconnu que l’État devait d’abord remplir ses responsabilités en matière de réformes, de stabilité, de reconstruction des institutions et de création d’un environnement transparent protégeant les investisseurs.
«Vous investissez au Liban, et notre devoir est de construire l’État qui protège vos investissements», a-t-il déclaré, tout en reconnaissant que le chemin ne serait pas court et que tous les problèmes n’étaient pas résolus. Il a néanmoins assuré que le gouvernement poursuivait son action pour construire un État plus fort, étendre son autorité à l’ensemble du territoire, mener les réformes, rétablir la confiance et réinscrire le Liban dans son environnement arabe et dans le monde.
Irak: énergie, transports et autorité de l’État
En marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Nawaf Salam a rencontré le Premier ministre irakien Ali Faleh al-Zeidi. Les discussions ont porté sur les relations bilatérales, les derniers développements régionaux et le suivi des résultats de la visite de Salam à Bagdad en juillet dernier, notamment les projets communs dans les domaines de l’énergie, des transports et de la connexion régionale.
Les deux responsables ont également affirmé leur engagement à renforcer l’autorité de l’État et ses institutions et à poursuivre le processus de limitation des armes aux mains de l’État, considéré comme un élément essentiel de la préservation de la souveraineté et de la consolidation de la stabilité.
Avec Erdogan, coopération et retour dans le Sud
Salam a également rencontré le président turc Recep Tayyip Erdogan. Les discussions ont porté sur les derniers développements au Liban et dans la région, ainsi que sur les efforts visant à réduire l’escalade et à renforcer la sécurité et la stabilité régionales.
Les deux hommes ont suivi les résultats de la visite de Salam à Istanbul en juillet, notamment en matière de relations libano-turques et de coopération dans le commerce, les investissements, l’énergie et les infrastructures. Les discussions ont également porté sur les projets d’interconnexion électrique et ferroviaire entre la Turquie, la Syrie et le Liban.
Le dossier des logements préfabriqués a également été abordé, ainsi que le soutien que la Turquie pourrait apporter au processus de retour et de relèvement dans le Sud, afin de consolider le retour des habitants et leur résilience dans leurs villes et villages, en plus du soutien aux efforts de reconstruction et de réhabilitation des infrastructures endommagées. Salam a remercié Ankara pour son soutien au Liban et à ses institutions et insisté sur l’importance de poursuivre la coordination entre les deux pays.
Avec Guterres, l’après-Finul au centre des discussions
Au siège des Nations unies à New York, Nawaf Salam a rencontré le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Il a insisté sur la nécessité de maintenir une présence internationale sous l’égide des Nations unies dans le Sud après la fin de la mission de la Finul. Cette présence devrait, selon lui, assurer la continuité des missions de surveillance, d’information et de communication, contribuer au maintien de la stabilité et soutenir l’extension de l’autorité de l’État libanais à l’ensemble du territoire.
La situation humanitaire au Liban a également été abordée. Salam a indiqué qu’environ 329.000 personnes étaient toujours déplacées et souligné l’importance de poursuivre la mobilisation des financements destinés à la réponse humanitaire et de soutenir les agences des Nations unies dans leur assistance aux personnes déplacées.
Il a parallèlement appelé à passer progressivement de la réponse d’urgence au soutien au retour et au relèvement, à travers des programmes destinés aux personnes qui regagnent leurs régions et à celles qui y restent, en coordination avec l’État libanais et dans le cadre du processus de retour, de relèvement et de rétablissement des services essentiels.
Avec Abdallah II, soutien à l’armée et présence internationale
Le Premier ministre libanais a également rencontré le roi de Jordanie Abdallah II. Il l’a remercié pour le soutien continu de la Jordanie au Liban et à ses institutions, notamment à l’armée libanaise, et a salué les efforts jordaniens pour organiser récemment à Paris une session spéciale de l’initiative des «réunions d’Aqaba», destinée à mobiliser le soutien international à l’armée et aux Forces de sécurité intérieure.
Les discussions ont également porté sur le suivi de la réunion organisée récemment à Paris avec la participation du roi Abdallah II et des présidents Joseph Aoun et Emmanuel Macron. Les deux parties ont souligné l’importance de poursuivre la coordination libano-jordanienne et d’intensifier les efforts diplomatiques pour réduire l’escalade et éviter de nouvelles confrontations dans la région.
Le dossier de l’après-Finul a également été abordé. Salam et le roi Abdallah II ont évoqué la nécessité qu’une force bénéficiant d’une couverture internationale succède à la mission après son terme, afin d’éviter tout vide, ainsi que la mobilisation du soutien international nécessaire au Liban dans ce cadre.
Finlande: défendre le rôle de l’ONU
Salam a par ailleurs rencontré le président finlandais Alexander Stubb. Les discussions ont porté sur les derniers développements au Liban et dans la région, notamment l’escalade régionale et ses répercussions.
Les deux responsables ont réaffirmé leur attachement au multilatéralisme et au rôle central des Nations unies dans la préservation de la sécurité et de la stabilité internationales, ainsi que leur volonté de défendre l’ordre international fondé sur des règles et de renforcer l’action multilatérale.
Salam a remercié la Finlande pour sa contribution à la Finul et son rôle dans le soutien à la stabilité dans le sud du Liban. Les deux parties ont salué les efforts visant à assurer la continuité du rôle des Nations unies au Liban et souligné l’importance du maintien d’une force internationale après la fin de la mission de la Finul, afin d’éviter tout vide et de contribuer au maintien de la stabilité.
Qatar: énergie, électricité et soutien à l’armée
Le Premier ministre libanais a également rencontré son homologue qatari et ministre des Affaires étrangères, cheikh Mohammed ben Abderrahmane ben Jassim Al Thani. Les discussions ont porté sur les derniers développements régionaux et sur la nécessité d’intensifier les efforts visant à réduire l’escalade, préserver la sécurité et la stabilité des pays du Golfe et de la région et éviter de nouvelles confrontations. Les relations bilatérales et les moyens de les renforcer ont également été abordés.
Salam a remercié le Qatar pour son soutien constant au Liban.Ils ont abordé le renforcement du soutien et de la coopération entre les deux pays, notamment dans les secteurs de l’énergie et de l’électricité, afin d’atténuer les difficultés auxquelles sont confrontés les Libanais, ainsi que sur le soutien à l’armée libanaise et le renforcement de ses capacités.
Les deux parties ont également examiné les moyens de renforcer la coopération économique et les investissements entre les deux pays et de soutenir le processus de relèvement et de reconstruction au Liban.
Avec Jeanne Shaheen, le soutien américain à l’armée
Enfin, Nawaf Salam a reçu à la mission permanente du Liban auprès des Nations unies à New York la sénatrice américaine Jeanne Shaheen, membre de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, en présence de l’ambassadrice du Liban aux États-Unis, Nada Hamad Moawad.
Les discussions ont porté sur les derniers développements au Liban et dans la région ainsi que sur les relations libano-américaines. Salam a salué les positions de Jeanne Shaheen en faveur du Liban, notamment son soutien continu à l’armée libanaise.
Le Premier ministre a réaffirmé l’engagement du gouvernement à étendre l’autorité de l’État, à limiter les armes aux mains de l’État et à poursuivre les réformes. Il a également souligné l’importance de maintenir le soutien américain à l’armée et de renforcer ses capacités, ainsi que de mobiliser le soutien au Liban dans le processus de relèvement et de reconstruction.
Salam a enfin insisté sur la nécessité d’éviter tout vide après la fin de la mission de la Finul, affirmant que le Liban avait besoin du maintien d’une présence internationale dans le Sud. De son côté, Jeanne Shaheen a souligné l’importance pour le Liban de poursuivre le processus de limitation des armes aux mains de l’État.