Pas de «nouveaux impôts», assurait le ministre des Finances, Yassine Jaber, le 9 septembre. Mais le projet de budget 2027 prévoit plusieurs mesures qui élargissent ou alourdissent la fiscalité: hausse ciblée de certaines taxes, révision de la fiscalité immobilière, taxation de certains services numériques étrangers et élargissement de l’assiette imposable. La TVA doit, elle, passer à 12%, sous réserve de l’adoption d’une loi. Alors que les recettes fiscales représentent déjà 85,90% des recettes de l’État, en hausse de 20,2% sur un an, la question est surtout de savoir qui supportera l’effort supplémentaire.
Le projet de budget prévoit 614.945 milliards de livres de recettes et de dépenses, soit environ 6,87 milliards de dollars au taux de 89 500 livres pour un dollar.
TVA: un impact qui dépasse les seuls contribuables ciblés
Le passage de la TVA à 12% est la mesure dont l’impact peut être le plus large. Le taux a déjà été approuvé par le gouvernement en 2026 pour contribuer au financement des augmentations de salaires et de pensions, pour près de 800 millions de dollars. Il n’est toutefois pas encore entré en vigueur, son application restant soumise à l’adoption d’une loi par le Parlement.
À la différence des taxes visant une catégorie précise de contribuables, la TVA s’applique à une large gamme de biens et services. Sa hausse peut donc toucher les ménages à travers leurs dépenses courantes, y compris au-delà des seuls produits de première nécessité. Pour les ménages à bas et moyen revenus, l’impact sera lourd dans la mesure où la grande partie de leurs dépenses portent autant sur les produits de première nécessité (non soumis à la TVA) que sur les produits essentiels (soumis à la TVA).
Holdings et immobilier: des hausses ciblées
Les sociétés holdings et offshore figurent parmi les contribuables directement concernés. Leur taxe annuelle forfaitaire passerait de 50 à 200 millions de livres, soit un quadruplement à partir de 2027. Pour les sociétés dont les comptes sont libellés en dollars ou en euros, le paiement devrait être effectué dans la monnaie étrangère équivalente.
Le projet modifie également la fiscalité sur les plus-values immobilières. À partir du 1ᵉʳ janvier 2027, la vente d’un bien serait soumise à une taxe de 10% lorsque le vendeur est une personne physique non soumise à l’impôt sur le revenu, et de 15% dans les autres cas, notamment pour les personnes morales. Un taux de 1% serait toutefois maintenu pour les biens acquis avant le 1ᵉʳ juillet 2023.
La durée de détention serait prise en compte: 8% de la plus-value seraient déduits pour chaque année complète de détention, avec une exonération après douze années. La déclaration et le paiement devraient intervenir dans les deux mois suivant la vente.
Revenus étrangers et services numériques
Les résidents fiscaux libanais percevant des revenus de sources étrangères sont également visés. Le projet prévoit un délai de six mois pour déclarer des revenus étrangers non déclarés et payer l’impôt dû sans les pénalités de vérification et de recouvrement prévues par le régime ordinaire.
La simple détention d’un compte bancaire ou d’avoirs à l’étranger ne crée toutefois pas, à elle seule, une nouvelle dette fiscale. Le dispositif porte sur les revenus générés par ces avoirs, comme les intérêts ou les dividendes, lorsqu’ils sont imposables.
Le projet élargit également le dispositif fiscal aux services électroniques ou numériques fournis au Liban par des entreprises non résidentes, même sans présence physique dans le pays. Si le fournisseur ne désigne pas de représentant fiscal au Liban, certaines obligations pourraient incomber au bénéficiaire local.
Certains services numériques étrangers pourraient ainsi coûter plus cher au consommateur. Mais l’ampleur de cette hausse dépendra du mécanisme de collecte retenu et de la manière dont les entreprises répercuteront le coût.
Miser sur le recouvrement
Le projet prévoit enfin de renforcer la traçabilité des transactions. La «loterie des factures» doit notamment inciter les consommateurs à demander des factures et permettre à l’administration fiscale de mieux recouper les ventes déclarées par les entreprises.
L’objectif est de faire davantage rentrer dans les caisses des recettes déjà prévues par la législation, tout en intégrant au champ fiscal des revenus et des transactions qui échappent encore à la déclaration.
Le budget 2027 repose donc moins sur une hausse générale des taux que sur plusieurs leviers: taxes ciblées, élargissement de l’assiette et amélioration du recouvrement. Derrière l’objectif de «zéro déficit», la question reste celle de la répartition de l’effort fiscal: qui paiera davantage, et pour quelles dépenses?