Fin de vie, violences sexuelles, présidentielle française : les dossiers brûlants qui attendent le pape Léon XIV lors de sa visite en France fin septembre.
Violences sexuelles
Léon XIV est très attendu sur ce sujet, alors que l'Église de France est secouée par les révélations de violences sexuelles en son sein. Un rapport de 2021 estimait à 330 000 le nombre de victimes mineures depuis 1950.
De retentissants scandales ont éclaboussé l'institution ces dernières années, depuis l'abbé Pierre, icône de la défense des plus pauvres et accusé d'agressions multiples, jusqu'à Notre-Dame de Bétharram, un établissement catholique du sud-ouest de la France au cœur de révélations de multiples violences physiques et sexuelles.
Le pape rencontrera sept victimes dimanche 27 septembre à Lourdes, dont un ancien de Bétharram. Un format proche de celui retenu en juin en Espagne où il s'était entretenu avec six victimes. Il avait alors demandé «vérité, justice et réparation» face à ce «fléau».
Fin de vie
Le Parlement français a voté en juillet une loi créant le droit à l'«aide à mourir», très décriée par l'Église de France qui a dénoncé «une grave rupture anthropologique».
Le patron des évêques français, le cardinal Jean-Marc Aveline, a souligné que «la défense de la dignité de la vie humaine est au cœur du message» du pape, exprimé dans sa première encyclique Magnifica Humanitas. «Comment le déploiera-t-il en France ? Nous le verrons», a-t-il ajouté.
Le pape pourrait évoquer le sujet lors de son étape à Lourdes, où il doit visiter le principal centre d'accueil de pèlerins malades ou en situation de handicap.
«Mais je serais très surpris qu'il prenne des positions frontales», dit Martin Dumont, secrétaire général de l'Institut de recherche pour l'étude des religions: «Il pourrait par contre clairement évoquer la nécessité de prendre soin des personnes âgées et fragiles».
Présidentielle
Léon XIV arrive en France à sept mois de l'élection présidentielle. Il est rare que le pape visite un pays aussi près d'une élection majeure.
Léon XIV prononcera de nombreux discours, notamment devant l'Unesco (25 septembre) et à Metz (28 septembre), au cœur de l'Europe, et certains attendent un message contre la tentation du repli nationaliste, comme il avait pu le faire en Espagne en juin, alors que l'extrême droite française apparaît en position d'accéder au pouvoir en mai.
«En choisissant de défendre la construction européenne, le pape donne déjà une orientation politique à sa visite. Même si, évidemment, aucune force politique ne sera nommément ciblée, c'est un message qui a une portée politique», souligne Charles Mercier, directeur d'études à l'École pratique des hautes études.
Alors que l'immigration est un thème récurrent de la pré-campagne, Léon XIV se rendra le samedi 26 septembre, avant la grand-messe sur la place de la Concorde et les Champs-Élysées, dans une association diocésaine d'accueil des migrants, un «signal fort», selon Martin Dumont.
Multilatéralisme
Défenseur du droit international, Léon XIV se rend en France dans un contexte mondial mouvant, entre guerre en Ukraine, montée de l'extrême droite en Europe et imprévisibilité de Donald Trump.
«Ce pape insiste beaucoup sur le multilatéralisme, le rôle de l'Europe par rapport à ce qu'il appelle les logiques d'empire, qui sont les États-Unis, la Chine, la Russie», affirme François Mabille, directeur de l'Observatoire géopolitique du religieux, qui évoque une «recherche en quelque sorte de soutien, de partenaire étatique».
Le chercheur voit ainsi le pape «manifester son intérêt pour la France comme pays qui, comme le Saint-Siège, prône le multilatéralisme».
Laïcité
La «laïcité à la française», qui consacre la neutralité de l'État, est une spécificité parfois mal comprise à l'étranger.
Son fondement, la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État, assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, et interdit à l'État de financer les dépenses liées à leur exercice.
Cette visite devait être financée par l'Église catholique de France à hauteur de 27 millions d'euros. Mais des critiques ont surgi quant à la neutralité de l'espace public: l'association Mouv'enfants a saisi la justice administrative pour faire annuler la messe en plein air organisée place de la Concorde, à Paris, en raison des scandales de pédocriminalité dans l'Église.
Deux associations laïques contestent aussi devant la justice une subvention municipale pour la venue du pape à Metz (est), un territoire où s'applique un régime dérogatoire dit du Concordat, et où la loi de 1905 ne s'applique pas.
AFP