Donald Trump a affirmé lundi sur Truth Social que la flambée mondiale du prix du diesel provient «surtout» de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, pas de la guerre en Iran. Les chiffres d'offre et de production disponibles racontent pourtant une histoire nettement plus nuancée, où le choc iranien pèse d'un poids bien supérieur.
Deux chocs de taille très inégale
Depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l'Iran le 28 février, la fermeture du détroit d'Ormuz a interrompu le transit d'environ 20 millions de barils par jour, soit un cinquième de l'offre pétrolière mondiale, selon la Banque centrale européenne. Même en tenant compte des oléoducs de contournement saoudien et émirati, la perte nette moyenne reste d'environ 14 millions de barils par jour, soit 14% de l'offre mondiale.
À titre de comparaison, la guerre en Ukraine n'a réduit l'offre pétrolière russe que d'environ un million de barils par jour en 2022, la quasi-totalité des dix millions de barils quotidiens produits par la Russie continuant d'atteindre le marché malgré les sanctions.
Le déséquilibre est similaire du côté du raffinage. Sergey Aleksashenko, ancien vice-président de la Banque centrale de Russie et cité par le journal Foreign Policy, estime que les frappes ukrainiennes n'ont détruit que 12 à 15% de la capacité totale de raffinage russe, des dégâts réparables rapidement puisque, selon lui, les drones sont légers et les réparations faciles.
L'Agence internationale de l'énergie indique de son côté que le débit mondial de raffinage reste inférieur de cinq millions de barils par jour à la moyenne de l'année précédente, une baisse due en bonne partie aux raffineries du Moyen-Orient et chinoises à l'arrêt, pas seulement aux installations russes visées par Kiev.
Pourquoi l'ampleur du choc ne dicte pas l'ampleur du prix
Un point clé, documenté par les économistes de la Banque centrale européenne (BCE), est que la taille d'une perturbation d'offre ne détermine pas à elle seule la réaction des prix. Début juin, le baril s'établissait autour de 94 dollars, soit environ 29% au-dessus de son niveau d'avant-guerre, après un pic à plus de 50%. La hausse enregistrée après l'invasion de l'Ukraine en 2022 avait culminé à un niveau comparable, autour de 30%, malgré un choc d'offre près de quatorze fois plus petit.
La BCE explique cet écart par l'état du marché au moment de chaque choc: en 2026, un excédent d'offre pétrolière d'environ 2,5 millions de barils par jour, porté par la production record de pétrole de schiste américain, des stocks chinois passés de 92 à 115 jours de couverture d'importations, et une réponse politique plus rapide, avec 400 millions de barils libérés des réserves stratégiques coordonnées par l'Agence internationale de l'énergie, contre 182 millions en 2022.
Le marché gazier européen suit la même logique. Le gaz naturel s'y échange en euros par mégawattheure, une unité qui mesure son contenu énergétique plutôt que son volume : ce prix de référence, le TTF – Title Transfer Facility, point d'échange virtuel du gaz naturel aux Pays-Bas – se situait entre 28 et 40 euros le mégawattheure avant la guerre en Iran, contre 80 à 90 euros avant l'invasion russe, ce qui a limité d'autant la marge de hausse.
Ce que disent les prix aujourd'hui, et qui blâme qui
Les chiffres les plus récents montrent malgré tout une accélération sensible. Le diesel américain a dépassé les six dollars le gallon vendredi dernier, grimpant à 6,23 dollars lundi matin, soit une hausse d'environ 65% depuis le 28 février, rapporte le New York Times. L'essence a progressé d'environ 45% sur la même période, et le baril mondial d'environ 50%. Helima Croft, analyste chez RBC Capital Markets, citée par le New York Times, résume la situation en notant que le monde fait face à deux guerres impliquant deux des plus grands producteurs d'énergie de la planète, le Moyen-Orient et la Russie.
Fait notable, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a lui-même contredit la version de Donald Trump. Lors d'une conférence de presse, il a attribué la dégradation du marché pétrolier russe avant tout à l'instabilité et aux nouvelles vagues d'escalade dans le Golfe persique, tout en profitant de la déclaration américaine pour appeler Kiev à cesser ses frappes sur les infrastructures énergétiques russes.
L'escalade récente en mer Rouge complique encore le tableau. Les Houthis, soutenus par l'Iran, ont pris position sur plusieurs îles stratégiques et attaqué l'oléoduc saoudien reliant le Golfe persique à la mer Rouge, la principale voie de contournement du détroit d'Ormuz. Vendredi, l'Arabie saoudite a annoncé la fermeture de ce pipeline par précaution, supprimant de fait la dernière soupape de sécurité du système pétrolier régional au moment même où Donald Trump désignait l'Ukraine comme responsable principal de la flambée des prix.