Le Premier ministre Nawaf Salam a placé la souveraineté du Liban et les négociations avec Israël au cœur de son discours devant le Parlement, réuni mardi pour examiner l’action de son gouvernement. «Les négociations directes avec Israël ne sont pas chose facile», a-t-il reconnu, réaffirmant l’attachement du Liban à sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire.

Selon lui, cette souveraineté implique le retrait d’Israël de tous les territoires libanais, mais aussi l’extension de l’autorité de l’État à l’ensemble du pays avec ses propres forces et le monopole des armes entre ses mains. «Il n’y a pas de stabilité durable sans étendre l’autorité de l’État à l’ensemble de son territoire, avec ses propres forces, et sans réserver à l’État la décision de guerre et de paix», a-t-il affirmé.

Évoquant les négociations directes, Nawaf Salam a souligné que l’État devait avant tout défendre les intérêts des Libanais. «Je ne suis pas favorable à négocier pour le simple plaisir de négocier. La responsabilité de l’État est de choisir la voie la moins coûteuse pour les Libanais afin d’atteindre ses objectifs», a-t-il déclaré.

Concernant l’accord-cadre, le Premier ministre a estimé qu’il était compréhensible que certains puissent être en désaccord avec son contenu. En revanche, «affirmer qu’il comporte de nouvelles obligations pour le Liban est pour le moins surprenant», a-t-il dit.

Une guerre aux conséquences lourdes

Le chef du gouvernement a ensuite dressé un bilan particulièrement lourd des dernières guerres. «Je ne m’adresserai pas à vous dans une logique de justification. Je veux parler en toute franchise à tous les Libanais», a-t-il déclaré, jugeant la situation du pays «très difficile», tout en assurant qu’il était possible d’en sortir.

«Nous n’avons pas choisi la guerre, elle nous a été imposée», a ajouté Nawaf Salam, selon lequel les deux dernières guerres ont fait plus de 9.000 morts et plus de 30.000 blessés. Plus d’un million de personnes ont été déplacées et des dizaines de milliers de logements ont été détruits. Le coût économique des guerres devrait, selon lui, dépasser les 27 milliards de dollars.

Le Premier ministre a également évoqué les difficultés sociales auxquelles sont confrontées les familles libanaises, notamment la hausse des prix des biens et des produits de première nécessité. Si la situation actuelle résulte de crises accumulées au fil des années, «la guerre l’a bien sûr aggravée», a-t-il reconnu. «Mais nous ne nous résignerons pas à cette réalité.» Plus de 250.000 Libanais sont toujours déplacés, a-t-il précisé.

Reconstruction: le financement au cœur du défi

Nawaf Salam a défendu l’action de l’État, affirmant que celui-ci avait été pleinement présent et avait assumé ses responsabilités avec les moyens dont il disposait, malgré leurs limites, dans l’une des périodes les plus difficiles traversées par le Liban.

La reconstruction constitue désormais l’un des principaux défis. «Il ne peut y avoir de reconstruction durable sans financement, ni de financement sans confiance, ni de confiance sans un État capable d’agir», a-t-il souligné. Pour parvenir à un État capable, il faut, selon lui, poursuivre les réformes.

Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de poursuivre les réformes financières et bancaires afin de permettre au Liban de retrouver la croissance et la confiance. 

La reconstruction et le redressement nécessiteront, en plus des ressources de l’État, un soutien arabe et international ainsi qu’un financement extérieur important. Salam a par ailleurs déploré un manque significatif de financements et de soutien internationaux par rapport à 2024.

Électricité: des investissements de plusieurs milliards

La crise de l’électricité reste également au centre des priorités du gouvernement. Selon Nawaf Salam, son règlement et la construction de nouvelles centrales nécessitent des investissements de plusieurs milliards de dollars, que l’État n’est aujourd’hui pas en mesure d’assurer seul.

Il a par ailleurs dénoncé toute exploitation des besoins de la population. La hausse mondiale des prix des carburants, a-t-il souligné, ne donne à personne le droit de profiter du besoin des Libanais en électricité et ne justifie pas que les propriétaires de générateurs privés ne respectent pas les tarifs officiels.

«Dépenser mieux» plutôt que «dépenser plus»

Sur le plan économique et budgétaire, le Premier ministre a défendu une utilisation plus efficace des ressources publiques. «Il ne s’agit pas pour l’État de dépenser davantage, mais de dépenser mieux», a-t-il déclaré.

«Nous ne pouvons pas faire face aux crises d’aujourd’hui avec les politiques qui ont contribué à créer celles d’hier», a-t-il ajouté. Pour le projet de budget 2027, le gouvernement privilégiera la préservation de la stabilité plutôt qu’un déficit susceptible de provoquer des fluctuations et d’entamer la confiance.

L’objectif affiché est celui d’une politique budgétaire «responsable sur le plan financier, protectrice sur le plan social, favorable à la croissance et stimulante pour l’investissement».