La flambée des prix du café s’explique par plusieurs années de tensions sur l’offre, entre aléas climatiques, difficultés de production au Brésil et au Vietnam et faiblesse des stocks. En 2026, la progression des exportations brésiliennes et l’arrivée attendue de nouveaux volumes dans les entrepôts de l’Intercontinental Exchange (ICE) pourraient toutefois inverser progressivement la tendance. Une évolution qui concerne directement le Liban, où la consommation atteint près de 75 000 tonnes par an.

Une offre fragilisée par le climat

Le café est particulièrement sensible à la sécheresse, aux températures élevées et aux phénomènes climatiques comme El Niño. Au Brésil, premier producteur mondial, les conditions météorologiques jouent donc un rôle déterminant. En juillet 2026, l’Association brésilienne de l’industrie du café (Abic) estimait qu’un épisode El Niño pourrait réduire jusqu’à 20 % les perspectives de récolte.

Le Brésil et le Vietnam jouent également un rôle central dans l’approvisionnement mondial, notamment pour le robusta. Les difficultés rencontrées dans ces deux pays ont contribué à réduire les disponibilités.

Sur les marchés à terme, les opérateurs suivent ces données, mais aussi les perspectives météorologiques et les volumes disponibles pour les prochaines échéances. Ces anticipations peuvent accentuer les mouvements de prix.

Des stocks au plus bas

Les stocks d’arabica disponibles dans les entrepôts agréés par l’ICE sont tombés à environ 220 000 sacs, leur niveau le plus bas depuis 26 ans.

Ces volumes répondent aux normes de qualité de la Bourse et peuvent être livrés dans le cadre des contrats à terme. À titre de comparaison, les stocks oscillaient entre un et cinq millions de sacs entre le milieu des années 2000 et le début de 2022. Environ 70 % étaient alors stockés à Anvers, en Belgique.

Cette raréfaction a contribué à soutenir les cours. Le contrat sur l’arabica, référence mondiale du marché, a dépassé 3,50 dollars la livre en juillet, son plus haut niveau en six mois. Les prix ont ensuite reculé, tout en restant proches de 3 dollars la livre, malgré les prévisions d’un excédent de production pour la campagne 2026-2027.

Le Brésil accélère ses exportations

Un changement s’amorce en 2026 avec la forte progression des exportations brésiliennes.

Selon Terra Agro Insights, le Brésil a exporté environ 206 600 tonnes de café en août, soit 3,44 millions de sacs, en hausse de 44,6 % sur un an. La valeur des exportations a atteint 1,096 milliard de dollars, en progression de 24,1 %.

Le prix moyen à l’exportation a, en revanche, reculé de 14,2 %, à 5,31 dollars le kilogramme, soit environ 318,39 dollars par sac. Il reste néanmoins supérieur d’environ 26 % à son niveau d’août 2024, à 4,21 dollars le kilogramme.

Les exportations vers l’Europe ont particulièrement progressé. En août, les expéditions brésiliennes de café vers la Belgique ont bondi de 245,3 % sur un an, à 31 500 tonnes, soit plus de 525 000 sacs de 60 kilogrammes.

La Belgique représentait alors 15,2 % des exportations brésiliennes de café, devant les États-Unis, l’Allemagne et l’Italie. Sur les huit premiers mois de 2026, les expéditions vers la Belgique ont atteint environ 114 000 tonnes, contre 98 000 tonnes un an plus tôt, soit une hausse de 16,3 %.

Des volumes attendus à l’ICE

Cette accélération des exportations pourrait se prolonger par l’arrivée de nouveaux volumes dans les entrepôts agréés par la Bourse.

Le négociant mondial en matières premières agricoles Olam prévoit d’y acheminer entre 150 000 et 200 000 sacs de café, qui pourraient être disponibles pour les contrats à terme arrivant à échéance en décembre, selon des sources citées par Reuters.

Louis Dreyfus prévoit également d’importants acheminements. Quelque 300 000 sacs pourraient rejoindre les entrepôts de la Bourse. Plus de 62 000 sacs de café brésilien y sont déjà arrivés, mais doivent encore être inspectés avant une éventuelle certification.

Si une part importante de ces volumes est certifiée, les quantités disponibles pour livraison augmenteront, ce qui pourrait exercer une pression à la baisse sur les cours.

Vers une détente des prix ?

Cette perspective ne signifie pas pour autant un retour immédiat à l’abondance. Les stocks restent très inférieurs aux niveaux observés avant la période de tension, tandis que l’offre mondiale demeure vulnérable aux conditions météorologiques.

L’évolution des cours dépendra donc notamment des volumes effectivement certifiés par la Bourse et de la capacité des principaux producteurs à maintenir leurs exportations.

Après plusieurs années de contraintes d’offre et de prix élevés, l’augmentation des disponibilités brésiliennes pourrait néanmoins ouvrir une phase de recul des cours sur le marché mondial.

Le Liban, directement exposé

Pour le Liban, l’évolution des cours mondiaux est loin d’être secondaire. Le pays consomme environ 75 000 tonnes de café par an, selon World Population Review, soit près de 12,9 kilogrammes par habitant. Il se situe derrière l’Arabie saoudite, avec 179 000 tonnes, et la Jordanie, avec 87 000 tonnes.

Cette forte consommation rend les importateurs et les torréfacteurs libanais particulièrement sensibles aux variations des prix internationaux. Une baisse durable des cours pourrait alléger leurs coûts d’approvisionnement et, selon son ampleur et sa transmission aux prix à l’importation, bénéficier également aux consommateurs.

À l’inverse, une nouvelle dégradation de la production mondiale pourrait rapidement relancer les cours. Pour le Liban, l’enjeu est donc de savoir si l’amélioration de l’offre brésilienne annonce une détente durable ou seulement un répit dans un marché qui reste vulnérable aux chocs d’offre.