«Un rôle stratégique et plus proactif»: réunis lundi dans le nord de la Finlande, douze pays ont appelé l'UE à muscler sa présence dans l'Arctique, où les tensions géopolitiques sont vives, entre menaces russes et velléités de Donald Trump.
«La sécurité dans l'Arctique doit être assurée collectivement», ont plaidé ces États, parmi lesquels figurent la France, le Danemark et la Suède, dans une déclaration commune à l'issue d'un sommet à Rovaniemi.
Pour la cheffe de la diplomatie européenne, l'Europe a avant tout besoin de brise-glaces.
«Au vu de la situation dans laquelle nous nous trouvons, et compte tenu aussi du changement climatique et de l'ouverture des routes maritimes, nous avons besoin de brise-glaces (...) ou de navires capables de naviguer dans ces conditions très difficiles», a dit Kaja Kallas lors d'une conférence de presse.
Les Européens ont discuté du financement éventuel par l'UE de ces brise-glaces.
L'intérêt porté à l'Arctique s'est considérablement accru depuis l'adoption, en 2021, de la dernière politique de l'UE consacrée à la région.
Sept mois ont passé depuis que le président américain a menacé, pour la troisième fois, de s'emparer par la force du Groenland, un immense territoire autonome danois, provoquant une crise majeure entre alliés occidentaux.
Les tensions sont un peu retombées depuis entre Européens et Américains.
Mais les dirigeants européens n'ont pas oublié ces menaces et veulent désormais plancher ensemble sur les moyens de muscler leur empreinte dans la région, conscients également de la présence d'une Russie hostile de l'autre côté de la longue frontière finlandaise.
Pour eux, Moscou constitue une «menace importante et durable» sur la sécurité.
Présents à Rovaniemi, une ville finlandaise connue pour être la demeure du Père Noël: le chancelier allemand Friedrich Merz et la Première ministre danoise Mette Frederiksen. Mais aussi des dirigeants de pays qui n'ont pas d'intérêt direct dans l'Arctique, comme le président roumain Nicușor Dan.
L'objectif: montrer que «ce qui se passe ici n'est pas une affaire régionale. C'est une question européenne», a souligné le président du Conseil européen Antonio Costa à la presse.
Préoccupations environnementales
Aucune décision officielle n'a été prise à ce sommet.
Mais cette réunion intervient dans le contexte de la présentation attendue dans les prochaines semaines par la Commission européenne d'une nouvelle stratégie pour l'Arctique. Ce document doit définir les grandes orientations de Bruxelles dans la région pour les années à venir.
Les Etats membres et leurs dirigeants ont encore la possibilité d'influer sur le contenu du texte final.
«Nous devrions renforcer l'engagement de l'Union européenne dans cette région afin de compléter les efforts de l'Otan», a ainsi plaidé Friedrich Merz au cours de la conférence de presse commune des dirigeants à Rovaniemi.
Après les menaces de Donald Trump en janvier, sur lesquelles il n'est pas totalement revenu, l'Alliance atlantique avait déjà inauguré une nouvelle mission destinée à renforcer la sécurité dans l'Arctique.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'est quant à elle rendue au Groenland début septembre, apportant avec elle une enveloppe de 200 millions d'euros pour le territoire. Elle a alors promis que l'UE allait «être plus présente et engagée au Groenland et dans l'Arctique».
L'Arctique est également au cœur de préoccupations environnementales. Selon les experts, la région se réchauffe près de quatre fois plus vite que la moyenne mondiale sous l'effet du changement climatique, avec de lourdes conséquences pour les écosystèmes et les populations locales.
«Nous (l'UE) avons des politiques actives en place, et l'Arctique est clairement l'exemple le plus parlant en termes de réchauffement climatique. (...) nous devons donc désormais parler d'adaptation en plus de la lutte», a dit à l'AFP Mme Kallas.
La fonte de la banquise ouvre par ailleurs de nouvelles perspectives économiques et stratégiques. La Russie, la Chine et les États-Unis ont ainsi intensifié leur présence dans cette zone, en particulier dans le but d'accéder à ses importantes ressources naturelles et de développer de nouvelles routes maritimes.
En août, la Chine et la Corée du Sud ont envoyé des porte-conteneurs sur la route maritime du Nord, qui traverse les eaux territoriales russes, afin d'en tester la viabilité. Cette voie devient navigable pendant des périodes de plus en plus longues à mesure que la banquise recule.
AFP