Depuis l'effondrement de la trêve de 2022 en juillet entre les Houthis et l’Arabie saoudite, le groupe yéménite a repris son offensive contre le Royaume, avançant le long de la côte de la mer Rouge jusqu'à s'emparer de Mokha, de Dhoubab et de l'île de Perim. Le 8 septembre, une nouvelle vague de frappes a touché Abha, Khamis Mushait, Jizan et Najran, blessant 73 personnes et provoquant des incendies dans des installations d'Aramco, ravivant un conflit resté gelé depuis 2022. Que pourrait faire l’Arabie saoudite face aux Houthis?
Une escalade, au risque d'un nouvel enlisement
La première option qui s'offre à Riyad est celle de la force. Cinzia Bianco, chercheuse associée au European Council on Foreign Relations citée par CNN, estime que le Royaume pourrait tenter d'aller «jusqu'au bout», mais qu'un tel choix risquerait de déboucher sur un conflit ouvert comparable à la guerre civile qui a ravagé le Yémen entre 2015 et 2022.
Le prince héritier Mohammed ben Salmane aurait d'ailleurs demandé à deux reprises au président américain Donald Trump de frapper directement les Houthis, une requête que ce dernier aurait refusée, rapporte Axios.
Le coût d'une telle escalade serait d'autant plus lourd que les capacités saoudiennes se sont érodées. Selon Sherwan Hindreen Ali, responsable de recherche pour le Moyen-Orient au sein de l'organisme de suivi des conflits Armed Conflict Location and Event Data (ACLED) et cité par l’Associated Press, l'armement houthi est aujourd'hui plus sophistiqué qu'auparavant, tandis que l'Arabie saoudite dispose probablement de moins de missiles intercepteurs disponibles. Ce recul est expliqué par les attaques de missiles et de drones lancées par l'Iran contre le Royaume après la guerre déclenchée le 28 février dernier, entrainant la mobilisation d’une partie des intercepteurs saoudiens, ainsi que par la tension que ce conflit a fait peser sur les stocks américains, ce qui limite la capacité de Washington à réapprovisionner ses alliés du Golfe.
Par ailleurs, Khaled Batarfi, analyste saoudien cité par Al Jazeera, estime que les frappes houthies du 8 septembre vont déclencher une réponse de type «œil pour œil», le Royaume ayant jusqu'ici cherché à éviter de s'engager dans la guerre civile yéménite. Cependant, Batarfi ne s'attend pas à une «guerre prolongée», ni avec l'Iran ni avec les Houthis.
Négocier, mais avec qui et à quel prix?
La voie diplomatique constitue la deuxième option, mais elle bute sur des exigences difficiles à satisfaire pour Riyad. Cinzia Bianco estime que l'Arabie saoudite a déjà «épuisé les solutions politiques», après des mois de ce qu'elle décrit comme une «patience stratégique» de Riyad. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhan Al Saoud, a pourtant affirmé le 8 septembre que «la voie de la diplomatie n'est pas fermée», tout en précisant que le Royaume «n'hésitera jamais à se défendre et à défendre ses intérêts».
Les Houthis réclament la levée du blocus imposé par la coalition saoudienne, une concession qui leur permettrait de se renforcer durablement. Une négociation directe avec l'Iran se heurte à un autre obstacle: Téhéran n'aurait guère intérêt à stabiliser la situation sans obtenir en retour des concessions substantielles de Washington, note la même source. L'Institute for the Study of War, dans son évaluation du 11 septembre, précise que la campagne houthie poursuit quatre objectifs précis: la fin des opérations militaires saoudiennes au Yémen, la levée du blocus des ports et aéroports sous contrôle houthi, le paiement des salaires des fonctionnaires civils yéménites et le versement de réparations aux populations civiles. C'est sur cette base que toute négociation devrait se construire.
La prise de l'île de Perim, confirmée le 12 septembre par des responsables yéménites, illustre la difficulté croissante de cette option: selon Al Jazeera, Farea Al-Muslimi, chercheur au think tank Chatham House, estime que cette avancée sert à la fois les objectifs intérieurs houthis et la position de négociation de l'Iran face aux États-Unis.
Une dépendance énergétique limitante
Les avancées houthies pèsent directement sur les capacités d'exportation du Royaume. Selon des données de la société Kpler, citées par l'Associated Press, les exportations pétrolières saoudiennes vers l'Asie sont passées d'environ 3,4 millions de barils par jour en juin à seulement 128.000 en août, avant de remonter à 700.000 en septembre.
Le 12 septembre, Riyad a par ailleurs fermé son pipeline Est-Ouest après une attaque de drones tirés depuis l'Irak. Cette infrastructure de 1.200 kilomètres est difficile à protéger dans son intégralité, souligne l'Institute for the Study of War, qui évoque le caractère très coûteux d'un déploiement de systèmes anti-drones sur toute sa longueur.
Washington, un allié de plus en plus hésitant
La marge de manœuvre saoudienne dépend aussi de l'attitude des États-Unis. Michael Ratney, ancien ambassadeur américain en Arabie saoudite, décrit dans des propos rapportés par l'Associated Press une situation «incroyablement frustrante» pour le Royaume. Il rappelle qu'en 2019 déjà, une attaque revendiquée par les Houthis avait mis hors service la moitié de la capacité pétrolière saoudienne sans que Washington ne réagisse.
À l'approche des élections de mi-mandat, Donald Trump semble réticent à ouvrir un nouveau front militaire. Cinzia Bianco estime que Trump n'est «pas en position de doubler son engagement dans la région» à ce moment politique particulier. Riyad se retrouve pris entre un ennemi trop fort pour être ignoré et un allié trop distrait pour être sollicité.