La géopolitique régionale évolue d’impasse en impasse et rien ne semble se dénouer. Les négociations, la stabilité régionale, la paix civile au sein des États et les perspectives d’une guerre civile généralisée s’avèrent prépondérantes dans une région où plus rien ne tient. Tout est voué à l’obsolescence, à commencer par les narratifs, en passant par les impondérables géostratégiques d’une région en état de convulsion permanente, ainsi que l’instabilité endémique qui prévaut au croisement des effondrements géopolitiques. 

Il est impossible d’esquisser des schémas de stabilisation dans des sociétés en état de décomposition, des équilibres systémiques inexistants, des idéologies totalitaires et leurs corollaires sur le plan géostratégique. Nous sommes face à des abîmes que rien ne peut colmater vu que les ossatures de l’État territorial et ses infrastructures sont non seulement inexistantes mais invraisemblables. Un ordre régional est difficilement constructible lorsque les États sont défaillants et les sociétés sont réfractaires à toute logique contractuelle qui servirait de support aux États territoriaux.

Le régime iranien opère sur la base d’un ordre islamique qui transcende la notion de territorialité ou qui, dans le meilleur des cas, s’en servirait comme caution à une politique impériale. La politique de subversion instrumentalisée par le régime iranien prend source dans une idéologie islamique aux étayages scripturaires et dont les modulations stratégiques sont explicites et hautement revendiquées. La recherche d’une paix négociée ne fait aucun sens parce qu'elle se refuse à toutes concessions idéologiques alors que la politique de conquête avance de manière insidieuse. 

Les négociations sur les enjeux énergétiques, sécuritaires et géopolitiques s’effectuent à partir des présupposés idéologiques non négociables alors que tout le reste repose sur la reconnaissance du projet idéologique et de la mainmise de l’islamisme révolutionnaire sur la trame diplomatique. Sinon, le revers de l’obstructionnisme idéologique est la stratégie des plateformes opérationnelles intégrées qui sert de levier aux politiques de déstabilisation. Le mémorandum signé entre les États-Unis et le régime islamique iranien n’a jamais gagné en substance alors que les extrémistes s’employaient à le miner de l’intérieur.

L’éclatement du pouvoir iranien n’est pas de nature à favoriser des scénarios diplomatiques ou à tempérer l’effervescence idéologique d’un régime aux abois. Le régime iranien doit sa survie à la répression aveugle pratiquée par le régime des mollahs et la mafia militaire et sécuritaire. Cette recherche présumée de la paix ne s’est pas accompagnée d’une normalisation des rapports entre le pouvoir islamique, son appareil sécuritaire et les velléités libertaires d’une société civile imperméable aux injonctions idéologiques et aux styles de vie imposés par l’islamisme. Ceci étant dit, rien ne semble favoriser la libéralisation du régime islamique comme prélude aux réformes internes ainsi qu’à la création d’un ordre interétatique consensuel et pacifié. 

La diplomatie américano-iranienne n’a pas créé une dynamique qui permet d’avancer sur la voie de la paix. Le totalitarisme islamique en question est plutôt soucieux d’avancer ses pions, de sanctuariser ses acquis et de préparer la voie à des stratégies de prédation. Le Hezbollah et ses clones, les Houthis au Yémen et les communautés chiites d’Arabie, illustrent de manière poignante la nature des défis qui se posent dès lors qu’on est à la recherche d’une solution négociée à des conflits installés dans la durée. Ce n’est pas un hasard si l’État iranien n’arrive pas à normaliser sa raison d’être, ses relations avec la société civile et à engager la communauté internationale.

Le régime iranien est toujours dans la manœuvre. Il tente de déjouer les défaites politiques et militaires, d’accroître la violence domestique et de prendre refuge dans des alliances altermondialistes qui ne cessent de démontrer leurs échecs cumulés tant sur les plans géostratégiques, géo-économiques et financiers. Cette précipitation vers l'avant ne fait que creuser les impasses d’un régime incapable de se réformer et de promouvoir une voie alternative. Il ne reste plus que la posture agonistique et paranoïaque d’un système totalitaire. Les calculs stratégiques, loin de toute rationalité discursive et opérationnelle, ne font que reproduire les paramètres d’une dictature irréformable. 

La politique impériale n’est que l’autre face d’une dystopie qui se refuse à toute rétrospective critique. Les réunions du BRICS n’apportent rien de neuf à la scène politique internationale et peuvent difficilement causer des réagencements stratégiques d’envergure. Les dissensions internes doublées des intérêts nationaux relativisent les diktats idéologiques au profit des convergences d’intérêt et des règlements négociés quelle que soit la gravité des enjeux. Les intérêts sino-américains et indo-américains, ainsi que les impasses de la dictature guerrière en Russie, finiront par prendre le pas. En revanche, les enfermements idéologiques et bellicistes de la dictature iranienne ne font que répercuter les impasses d'une folie en acte et ses revers.