200. C’est le nombre de pharmacies qui ont récemment fermé au Liban. 700 autres sont désormais menacées de disparaître, selon l’Ordre des pharmaciens. Derrière ces chiffres se profile une crise de rentabilité qui met à rude épreuve un maillon essentiel du système de santé.

L’équation est simple : les revenus s’effondrent tandis que les charges explosent. Quelque 80 % des officines parviennent à peine à couvrir leurs frais d’exploitation. Même les plus grandes ne réaliseraient plus qu’environ 40 % de leur chiffre d’affaires d’avant la crise.

Loyers, salaires, électricité, générateurs, transport et autres coûts de fonctionnement ont fortement augmenté depuis l’effondrement économique. Dans le même temps, le pouvoir d’achat des patients s’est contracté, pesant directement sur la demande.

À cette équation déjà fragile s’ajoute une contrainte particulière : une pharmacie ne peut pas se permettre de couper le courant. Certains médicaments doivent être conservés à une température déterminée, ce qui impose une réfrigération permanente. La flambée des tarifs de l’électricité et des abonnements aux générateurs alourdit mécaniquement les charges, alors que les prix des médicaments restent encadrés et ne suivent pas nécessairement l’évolution des coûts.

Le problème n’est donc plus seulement celui de la rentabilité. Pour une partie de la profession, il s’agit désormais de survivre. Certains propriétaires chercheraient avant tout à maintenir leur établissement jusqu’à l’âge de la retraite, dans des conditions qui n’ont plus rien à voir avec celles d’avant 2019.

La succession des crises a aggravé cette fragilité. Effondrement économique, pandémie, explosion du port de Beyrouth, guerre de 2024 puis événements de 2026 : chaque choc a ajouté une nouvelle couche de coûts et d’incertitude à un modèle déjà à bout de souffle. L’inflation et la hausse du coût de la vie ont achevé de réduire les marges de manœuvre.

Pour l’Ordre des pharmaciens, les 200 fermetures constituent un signal d’alarme pour l’ensemble du système de santé. Car derrière la disparition d’un commerce, c’est un service de proximité qui se réduit : accès quotidien aux médicaments, conseil au patient et première orientation dans le parcours de soins.

L’Ordre appelle les autorités à intervenir pour permettre au secteur de retrouver des conditions économiques viables. Il ne réclame pas un traitement de faveur, mais les moyens de préserver un réseau dont la disparition progressive pourrait finir par avoir un coût bien supérieur, pour le système de santé comme pour les patients.

200 fermetures aujourd’hui, 700 menaces demain: le chiffre mesure moins la disparition d’un commerce que l’épuisement d’un modèle économique.