En Israël, la perception de menace existentielle surmonte tous les clivages politiques. La guerre se poursuivra donc, mais à des rythmes différents. Eisenkot, davantage porté sur les négociations, risquerait de prolonger l’agonie du Liban, ralentissant ainsi le processus de pacification du Levant et le règlement du dossier iranien. En revanche, l’éventuelle participation de la droite de Ben-Gvir, Smotrich et Winter au bloc de Netanyahu rendrait la politique de ce dernier plus radicale et plus déterminée dans sa guerre visant à éradiquer le Hezbollah.  

Les élections israéliennes sont prévues pour le 27 octobre 2026. Benjamin Netanyahou et Gadi Eisenkot sont désormais en compétition pour le poste de Premier ministre. L’enjeu ne semble plus seulement lié au nombre de sièges remportés par leurs partis respectifs. Cependant, il dépendra bien davantage des coalitions que chacun réussira à former pour obtenir la majorité décisive des 61 sièges sur les 120 de la Knesset.

Benjamin Netanyahou

Benjamin Netanyahou est à la tête du Likoud, le principal parti de la droite israélienne, fondé en 1973. D’orientation national-conservatrice, ce parti est solidement établi et bénéficie d’une notoriété exceptionnelle, fondée sur une longue expérience du pouvoir. En effet, à l’exception d’une interruption de 18 mois de 2021 à 2022, Netanyahou a été Premier ministre de 2009 à 2026, soit une période de 16 ans, devançant ainsi David Ben Gourion en termes de longévité au pouvoir.

Le scrutin actuel apparaît comme une sorte de référendum sur Netanyahu comme « garant de la sécurité » de l’État hébreu. Les événements dramatiques du 7 octobre 2023 ont en effet profondément ébranlé le pays. À cela sont venues s’ajouter les guerres de Gaza, du Liban et de l'Iran, qui pèseront de manière significative dans les choix des électeurs, aux côtés des considérations d’ordre économique et institutionnel. 

Face à lui, une personnalité s’affirme de plus en plus comme un adversaire capable de lui disputer le poste de Premier ministre. Gadi Eisenkot, avec son parti Yashar, est même donné gagnant selon certains sondages.

Les pronostics prévoient une vingtaine de sièges, 23 pour chacun des deux partis, Yashar (« Tout droit », de Gadi Eisenkot) et le Likoud (« Union », de Benjamin Netanyahou). Leurs blocs parlementaires respectifs arrivent également à des scores extrêmement proches, avec une cinquantaine de sièges chacun, de 52 à 60 selon les scénarios.

La coalition Netanyahou

Un total de 52 à 58 sièges pourrait être atteint par Netanyahou. Cela passerait par une formation d’une coalition avec Shas, parti ultra-orthodoxe séfarade, et Otzma Yehudit (« Force juive », d’Itamar Ben-Gvir), estimés chacun à 7 sièges. Il s’agirait également de former une coalition avec HaTzionut HaDatit (« le Sionisme religieux », de Bezalel Smotrich) et Yahadout HaTorah, parti ultra-orthodoxe ashkénaze, estimés respectivement à 6 et 8 sièges. Aux 23 sièges du Likoud pourraient également s’ajouter les 4 sièges d’Amkha Yisrael (« Ton peuple, Israël », d'Ofer Winter).

Amkha Yisrael, parti de droite nationaliste sécuritaire, a refusé de fusionner avec Netanyahou, mais pourrait envisager de rejoindre une coalition. Le défi de Netanyahou consisterait surtout à convaincre Ben-Gvir, Smotrich et les formations politiques de droite de fusionner afin de dépasser le seuil électoral de 3,25 %. En dessous de ce seuil, les listes seraient exclues de la répartition des sièges et leurs voix seraient perdues pour le bloc de Netanyahou.

La coalition Eisenkot

Gadi Eizenkot devrait également pouvoir réunir un nombre de sièges comparable au sein de son bloc. Aux 23 sièges de Yashar viendraient alors s’ajouter les 13 sièges de BeYahad (« Ensemble », de l’alliance de Naftali Bennett et Yaïr Lapid), les 8 sièges des Démocrates de Yaïr Golan, les 7 sièges de Yisrael Beiteinu (« Israël notre maison », d’Avigdor Liberman), et éventuellement les 4 sièges de l’alliance Yoaz Hendel-Yaron Zelekha.

Pour avancer vers les 61 voix nécessaires, Eisenkot devrait faire face au dilemme de composer avec la douzaine de sièges prévus pour les partis arabes, dont Ra’am (« Reshima Aravit Me’uhedet », de Mansour Abbas) et d’autres formations arabes. L’alliance Hendel-Zelekha prévoit de rejoindre uniquement une coalition sans partis arabes ni partis ultra-orthodoxes.

Si Eisenkot a besoin des voix arabes, Netanyahou, lui, ne pourrait guère se passer de ses alliances avec les partis ultra-orthodoxes.

Tout se jouera donc sur leur capacité de réunir les forces nécessaires pour atteindre les 61 sièges décisifs. L’avantage d’Eisenkot demeure sa possibilité de former un bloc idéologiquement hétérogène autour d’un point de convergence: l’opposition à Netanyahou. Ce dernier, riche de ses 16 années à la tête du gouvernement, apparaît cependant comme le plus habile et le plus expérimenté dans la formation des coalitions.

Ainsi, même si le parti de Netanyahou venait à perdre en nombre de sièges, le jeu des coalitions pourrait faire qu’il ne perde pas nécessairement son poste de Premier ministre.

Le Liban

Sur la question du Hezbollah, il semblerait que l’issue de ces élections n’altère pas nécessairement la stratégie guerrière israélienne. Eisenkot, ancien chef d’état-major, résonnera d’abord en militaire et en expert du front nord, qu’il connaît parfaitement. Depuis 2006, il a joué un rôle déterminant dans la conception de la doctrine israélienne appliquée au Liban.

Une certaine continuité apparaît entre Yashar et Kadima (« En avant »), le parti fondé en 2005 par Ariel Sharon dans le but de dépasser les clivages gauche-droite pour ériger un centre sioniste dont la doctrine est axée sur la sécurité nationale et la puissance militaire. Dans cette tradition politique de Sharon, il n’existe nullement d’opposition entre le centrisme et une logique de fermeté militaire.

En juin 2026, Eisenkot avait d’ailleurs reproché à Netanyahou de se soumettre aux limitations américaines concernant l’action militaire israélienne contre la milice pro-iranienne. Il avait alors souligné la nécessité de préserver la « liberté d’action » israélienne au Liban, y compris dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Sa vision demeure ainsi, sur le fond, proche de celle de Netanyahou, qui se caractérise par un refus de tout retour au statu quo d’avant 2023, que ce soit à Gaza ou à l’égard des différents proxys de l’Iran. En Israël, la perception d’une menace existentielle surmonte tous les clivages politiques. 

La nuance majeure à considérer serait la tendance d’Eisenkot à privilégier les négociations, la recherche d’alternatives avec les Arabes et les Américains et la concentration sur le danger immédiat. L’élection d’Eisenkot risquerait ainsi de prolonger l’agonie du Liban, ralentissant le processus de pacification du Levant et le règlement du dossier iranien.

En revanche, l’éventuelle participation de la droite de Ben-Gvir, Smotrich et Winter au bloc de Netanyahou rendrait la politique de ce dernier plus radicale et plus déterminée dans sa guerre visant à éradiquer le Hezbollah.

Le blocage politique

À côté de ces deux scénarios, un troisième cas de figure aurait de grandes chances de s’imposer le 27 octobre. Si aucun des deux blocs ne réussit à obtenir les 61 sièges de la majorité absolue, la Knesset se retrouverait en situation de blocage politique. Il faudrait alors attendre plusieurs semaines, voire davantage, pour parvenir à former un cabinet, tandis que Netanyahou demeurerait en fonction comme Premier ministre sortant.

Cette absence de gouvernement politique stable, conjuguée à une armée pleinement opérationnelle, pourrait paradoxalement augmenter les risques d’embrasement au Liban.

Un gouvernement intérimaire pourrait être tenté d’escalader. Il serait en mesure de prendre des décisions sécuritaires sans devoir s’appuyer sur un mandat politique renouvelé. La guerre au Liban, qui se poursuit d’ailleurs, est déjà largement découplée du calendrier électoral. Elle se poursuivra nécessairement, mais à des rythmes variables en fonction du résultat du scrutin.