Ali al-Taher: chronologie d'une humiliation
Une fusée éclairante s'abat sur les hauteurs d'Ali al-Taher, vue depuis Marjayoun. ©AFP

L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir pris le «contrôle opérationnel» de la crête d'Ali al-Taher, dans le caza de Nabatiyé. Cet épisode illustre l'aboutissement, provisoire, d'un affrontement où le Hezbollah a choisi, à chaque étape, la confrontation plutôt que la cession du terrain à l'État libanais.

Une colline déjà sous surveillance avant 2026

Nommée d'après le mausolée d'un ascète chiite qui y aurait vécu, la crête culmine à environ 600 mètres et domine le château de Beaufort, la vallée du Litani, Nabatiyé et les hauteurs de Jezzine.

Sa réputation de cible n'est pas nouvelle : des raids israéliens répétés ont frappé ces collines en octobre 2025, l'armée israélienne soupçonnant le Hezbollah d'y avoir enterré une infrastructure militaire au cœur d'une zone densément peuplée du Liban-Sud.

L'offensive de 2026 et la prise de Beaufort

Le conflit entre Israël et le Hezbollah a escaladé le 2 mars dernier, et les troupes israéliennes se sont rapidement emparées de plusieurs hauteurs, dont le fort historique de Beaufort.

C'est après avoir pris ce château de l'époque des croisades, fin mai, qu'Israël s'est tourné vers Ali al-Taher comme objectif suivant, un site que l'armée israélienne présente comme le quartier général de la division régionale Badr du Hezbollah, chargée du secteur au nord du Litani, abritant selon elle des cadres des Gardiens de la révolution iraniens.

À la mi-juin, l'armée israélienne publie une carte élargie de sa «zone de défense avancée» qui intègre pour la première fois Ali al-Taher, rapporte le Times of Israël. Le 19 juin, une tentative de progression sur le versant nord coûte la vie à quatre soldats israéliens, dont le commandant d'un bataillon blindé. Les médias libanais ont fait état, ce même jour, d'au moins 18 morts côté libanais dans les frappes israéliennes qui suivent.

L'accord-cadre du 26 juin, un texte que le Hezbollah rejette

Le 26 juin, un accord parrainé par Washington est signé par l'État libanais, Israël et les États-Unis. Il prévoit le redéploiement de l'armée libanaise dans le Sud en échange du désarmement du Hezbollah. La formation pro-iranienne s'y est opposée ouvertement.

En juillet, les troupes israéliennes se retirent de trois zones pilotes, dont Zawtar el-Gharbiyé, localité voisine d'Ali al-Taher, où l'armée libanaise se déploie en application partielle de cette feuille de route. Israël prévient toutefois qu'il ne procédera à aucun retrait supplémentaire tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé. Sur la crête d'Ali al-Taher elle-même, aucun retrait concomitant du Hezbollah n'a eu lieu.

L'été et le refus répété de céder le terrain à l'armée libanaise

Le 1er août, l'armée israélienne annonce avoir tué plusieurs combattants du Hezbollah sur la crête. Les 14 et 15 août, le Hezbollah tire deux drones explosifs vers des soldats israéliens postés près d'Ali al-Taher ; en riposte, des frappes sur Ansar et Deir Zahrani font onze morts et dix-neuf blessés, le bilan le plus lourd depuis le cessez-le-feu de la mi-juin.

À partir du 19 août, plusieurs journaux libanais confirment que le Hezbollah refuse toute cession du site à l'État. Le média libanais Al-Joumhouriya rapporte qu'une source du mouvement écarte la remise des hauteurs à l'armée libanaise, à Israël ou à quiconque, par crainte d'un précédent qui affaiblirait ses positions ailleurs dans le pays.

Le Times of Israël, citant le quotidien libanais Nidaa Al-Watan, rapporte que les efforts du président Joseph Aoun, appuyés par le président du Parlement Nabih Berry, allié historique du Hezbollah, pour persuader le mouvement de se retirer et de remettre le territoire à l'armée libanaise, ont été rejetés.

Le Hezbollah tire par ailleurs plusieurs autres drones explosifs vers les troupes déployées sur zone durant l'été, dont un mercredi dernier, à la veille de l'annonce israélienne.

La prise du 3 septembre

Jeudi, l'armée israélienne affirme que les troupes de sa 36e division ont obtenu le contrôle de la zone au sol et en sous-sol, après avoir dégagé deux itinéraires souterrains, tuant certains combattants du Hezbollah pendant que d'autres fuyaient. Selon l'armée, ce nettoyage s'est fait par embuscades contre les combattants retranchés et par des attaques des puits d'accès aux tunnels à l'arme légère, aux grenades, aux drones et par frappes aériennes, rapporte le Times of Israël.

Des salles de commandement, des dépôts d'équipement et des espaces de vie ont été découverts dans les structures souterraines, confirmant l'ampleur de l'implantation militaire que le Hezbollah avait maintenue sous la colline malgré les mois de pression diplomatique et de médiation interne. 

L'armée israélienne décrit un site construit sur deux décennies et financé par l'Iran, qui aurait servi de «centre nerveux» à la division régionale Badr. Elle indique vouloir démolir l'infrastructure avant de rétablir un «dispositif défensif» dans la zone.

Un point reste disputé. Reuters avait rapporté, plus tôt le même jour, qu'une douzaine de membres des Gardiens de la révolution iraniens, dont au moins deux officiers supérieurs, se trouvaient avec les combattants du Hezbollah dans le complexe souterrain, et qu'Israël avait retardé son assaut face aux menaces d'intervention de Téhéran. 

L'armée israélienne a démenti les deux points le soir même : elle affirme avoir nettoyé l'ensemble des itinéraires souterrains de tous les combattants présents, sans indication que des membres des Gardiens de la révolution s'y trouvaient au moment de leur capture, et précise que ses troupes opéraient déjà à l'intérieur des tunnels depuis plusieurs semaines.

Et c'est ainsi, en refusant de céder Ali al-Taher à l'armée libanaise, que le Hezbollah a offert le site à Israël sur un plateau d'argent.

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