À première vue, la bataille autour des hauteurs d’Ali Taher pourrait donner l’impression d’un territoire déjà presque conquis. Les frappes israéliennes se sont intensifiées, les bâtiments situés dans les environs sont méthodiquement ciblés et les voies permettant d’acheminer des renforts vers la zone sont soumises à une pression constante. Pourtant, si Israël semble avoir gagné du terrain autour des hauteurs, il ne contrôle pas encore l’ensemble du dispositif défensif qui se trouve sous et autour de celles-ci.
«Si les Israéliens avaient pu prendre Ali Taher, ils l’auraient déjà fait», estime le général Khalil Gemayel, ancien commandant du secteur sud du Litani, interrogé par Ici Beyrouth. Pour lui, les développements des dernières semaines ne permettent pas de considérer les hauteurs comme totalement conquises. «Les Israéliens avancent depuis juillet, mais ils ne parviennent pas à entrer complètement. Lorsqu’ils arrivent à un endroit où ils peuvent éventuellement percer les défenses du Hezbollah, celui-ci intervient depuis l’extérieur», explique-t-il.
Cette distinction entre le contrôle des abords et celui du cœur du dispositif est essentielle pour comprendre la bataille. Les hauteurs d’Ali Taher ne constituent pas seulement un point élevé permettant d’observer les environs. Leur importance militaire tient aussi à l’infrastructure souterraine qui y est associée et qui rend toute prise territoriale beaucoup plus difficile à transformer en contrôle militaire effectif.
Selon le général Gemayel, les Israéliens ont donc privilégié jusqu’ici une progression par étapes plutôt qu’une offensive terrestre massive. «Ils avancent, ils essaient de pénétrer à l’intérieur, de couper les voies d’approvisionnement, d’exercer une pression psychologique et de pousser le Hezbollah à sortir», résume-t-il.
Une bataille menée autour des accès
Le mode opératoire décrit par le général Gemayel permet de mieux comprendre l’intensification des bombardements dans les secteurs entourant Ali Taher. Israël ne cherche pas uniquement à frapper les positions supposées du Hezbollah. L’objectif est également de réduire sa capacité à faire circuler des hommes et du matériel vers les hauteurs.
Les zones bâties constituent ainsi un élément central de la bataille, dans le sens où, selon le général Gemayel, «L’armée israélienne vise les bâtiments qui pourraient permettre au Hezbollah de sortir et d’entrer vers Ali Taher». En d’autres termes, l’hypothèse israélienne serait que certaines habitations puissent être reliées au dispositif souterrain ou servir de points de passage pour la formation pro-iranienne.
Cette pression s’accompagne d’une guerre psychologique. Le général Gemayel rapporte notamment l’utilisation de drones équipés de haut-parleurs diffusant des appels à la reddition. Une méthode qui vise moins à détruire une position qu’à épuiser ceux qui s’y trouvent et à les convaincre que leur environnement se referme progressivement.
Cette stratégie n’est toutefois pas sans difficultés. Il faut dire que même lorsqu’Israël parvient à réduire les accès terrestres autour d’Ali Taher, cela ne signifie pas nécessairement que les combattants retranchés dans les infrastructures souterraines sont isolés. «Les renforts ne sont évidemment pas stationnés immédiatement autour d’Ali Taher. Ils se trouvent dans des zones plus éloignées», précise le général Gemayel. Selon lui, le Hezbollah conserve ainsi la possibilité de soutenir ses positions depuis l’extérieur, notamment grâce à des moyens capables d’opérer à plusieurs dizaines de kilomètres.
C’est ce qui explique, à ses yeux, pourquoi les combats ne peuvent pas être réduits à un simple face-à-face entre des troupes israéliennes tentant d’entrer dans les hauteurs et des combattants retranchés à l’intérieur. «Entrer à Ali Taher ne signifie pas seulement affronter les combattants qui se trouvent à l’intérieur. Il faut également faire face à ceux qui peuvent les soutenir depuis l’extérieur», souligne-t-il.
Pour l’heure, la bataille d’Ali Taher reste donc une affaire inachevée. Israël peut frapper, encercler progressivement les accès et prendre le contrôle de certains points en surface, sans pour autant avoir neutralisé le dispositif souterrain. «Le Hezbollah est encore présent», affirme le général Gemayel. Les Israéliens peuvent donc atteindre les abords des tunnels, mais, selon lui, ils n’ont pas encore réussi à prendre le contrôle des installations principales, notamment situées au niveau de Kfar Remmane et de Kfar Tebnite.




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