Six mois après le 2 mars, où en est vraiment la milice?
Les hommes d’abord. Malgré deux guerres consécutives en dix-huit mois, des sources occidentales maintiennent des chiffres élevés : entre 40 000 et 50 000 miliciens, et 30 000 à 50 000 “réservistes”. Des chiffres surprenants, mais qui ne tiennent que sur le papier. La réalité sur le terrain est différente. Des unités entières ont été décimées. Les cadres intermédiaires ne sont experts qu’en improvisation chaotique. Et surtout, la capacité opérationnelle est très inférieure aux effectifs déclarés.
Sur l’arsenal: avant 2024, Israël évaluait le stock à 150 000 roquettes et missiles. Aujourd’hui, à peine 25 000. Soit 20 % reconstitués, malgré la contrebande via la Syrie et une production locale de fortune. La capacité de tir de la milice est aujourd’hui limitée. 71 % des tirs recensés en mars-avril tombaient à moins de 5 kilomètres de la frontière : une capacité de harcèlement, pas une menace réelle. À côté, un stock plus étoffé de missiles antichars, plusieurs milliers, et environ 1 000 drones suicides. C’est l’axe que la milice privilégie pour l’avenir, faute de pouvoir reconstituer le reste.
La géographie, elle aussi a changé: le Sud est désormais largement hors d’accès pour la milice qui a replié l’essentiel de ses capacités vers la Békaa et le nord du Litani, l’Iqlim al-Toufah, Jezzine… des zones que l’aviation israélienne frappe désormais avec la même régularité.
Sur le commandement: toujours la même fragilité. Naim Qassem, 73 ans, n’a jamais eu la stature de Nasrallah. Son seul registre est celui de l’invective contre les négociations directes entre le Liban et Israël, qu’il qualifie de “honte” et d’“humiliation”. Un “chef” virtuel qui ne propose rien, sinon le rejet. Les marionnettistes sont en Iran.
Et cette tutelle iranienne est désormais plus visible que jamais. Téhéran a repris en main le commandement après la mort de Nasrallah, au point de piloter le parti directement depuis son entrée en guerre le 2 mars. Coup de théâtre début mars: plusieurs dizaines d’officiers du Corps des gardiens de la révolution ont quitté précipitamment Beyrouth, et le gouvernement libanais a formellement interdit leur activité sur son sol, imposant même des visas aux ressortissants iraniens. Une rupture nette. Mais théorique. Dans les faits, les services de renseignement constatent que des personnels de la force Al-Qods restent présents pour la formation et la supervision, et que les circuits de financement continuent de faire transiter les dollars malgré l’interdiction et les sanctions. Un État libanais qui vote une interdiction, et une milice qui continue comme si de rien n’était. Voilà exactement la mesure de la souveraineté que le Hezbollah continue de prétendre défendre.
Sur le plan intérieur, le changement a été historique. En août 2025, il y a plus d’un an, le gouvernement libanais a officiellement décidé de placer toutes les armes sous l’autorité exclusive de l’État et a chargé l’armée de préparer le désarmement du Hezbollah. Le 7 août, le Conseil des ministres avait approuvé les objectifs visant à réserver les armes aux seules institutions de l’État. Pour la première fois, l’État libanais ne reconnaissait plus de légitimité à l’arsenal de la milice. Le Hezbollah conserve ses sièges au Parlement, ses “œuvres sociales” et son poids politique, mais son bras armé n’a plus de statut reconnu par l’État. De facto, une organisation politique légalement présente, pour le moment, dans les institutions conserve aujourd’hui une force militaire que l’État a officiellement décidé de désarmer.
Sur le front diplomatique: sept rounds de négociations, cinq à Washington, deux à Rome, se sont tenus depuis le début du processus de discussions directes entre Israël et le Liban. Le septième, organisé à Rome du 4 au 6 août, n’a permis aucune percée décisive. Beyrouth y a discuté du retrait israélien graduel et de la mise en place de zones pilotes. Un huitième round est attendu en septembre, mais sans date encore arrêtée. Le Hezbollah, qui n’est pas partie prenante aux discussions, exige leur échec pur et simple et refuse toute commission de vérification. Il n’a plus les moyens militaires de ses ambitions de 2023. Il garde en revanche ceux de bloquer toute percée diplomatique en brandissant le spectre, la menace plutôt, d’une guerre civile.
Et le prix payé en vies humaines? Deux bilans, à ne pas confondre. Côté ministère libanais de la Santé, qui compte tous les morts sans distinguer civils et miliciens: environ 4 000 tués pour la première guerre, vous vous souvenez! Celle, dite de soutien au Hamas en 2023-2024. Pour la seconde guerre, celle de soutien à l’Iran, depuis le 2 mars, ce bilan global dépasse déjà 4 350 morts et continue de grimper. Côté pertes militaires spécifiques du Hezbollah, l’armée israélienne avance désormais le chiffre de plus de 7 500 miliciens tués depuis le début des conflits en 2023.
Un chiffre invérifiable. Le Hezbollah, de son côté, a cessé toute communication officielle sur ses pertes militaires depuis septembre 2024. Une reconnaissance implicite qu’il n’a plus rien de glorieux à annoncer.
Un arsenal reconstruit au cinquième, un commandement sous perfusion iranienne et un secrétaire général qui préfère l’invective à la table des négociations pendant que les civils libanais continuent de payer la facture en se demandant si leur pays existe encore.
Le Hezbollah n’est plus qu’un verrou qui cadenasse de l’intérieur la porte de sortie de guerre de tout un pays.
Churchill disait: «Le fanatique est quelqu’un qui ne veut pas changer d’avis et qui ne veut pas changer de sujet.»
Ça vous rappelle quelque chose?




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