Six mois après avoir hérité de la charge la plus lourde du chiisme politique, Mojtaba Khamenei n'a toujours pas été vu. Ni discours filmé, ni photographie datée, ni apparition publique. À Téhéran, la question a cessé d'être taboue: le troisième guide de la République islamique est-il encore vivant et, s'il l'est, gouverne-t-il?
Une succession née dans les décombres
Le 28 février 2026, une frappe israélo-américaine sur le complexe résidentiel d'Ali Khamenei tue le guide suprême après trente-sept ans de règne. Plusieurs membres de sa famille périssent avec lui. Mojtaba, présent, est blessé.
L'appareil d'État improvise un conseil intérimaire: le président Massoud Pezeshkian, le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni-Ejei et le clerc Alireza Arafi assurent la continuité pendant que l'Assemblée des experts cherche un successeur. Le processus est tout sauf serein: le siège de l'Assemblée est bombardé, celui de Qom également, les réunions physiques échouent, et le vote se tient en ligne. Le résultat officiel parle d'unanimité; le New York Times évoque 59 voix sur 88, le minimum requis, exactement. Iran International rapporte que des commandants des Gardiens de la révolution ont téléphoné aux membres, ville par ville. Ali Larijani conteste la validité du scrutin et rappelle que le testament de son père s'opposait à une succession familiale. Il est tué par une frappe le 17 mars.
Deux cents jours sans image
Depuis, le vide. Aucun enregistrement authentifié du nouveau guide n'a été diffusé. Il n'a pas prononcé le discours du Norouz, rituel auquel aucun dirigeant iranien ne se dérobe. Il était absent des funérailles de son père, en juillet, comme de la cérémonie commémorative de fin août.
Ce qui existe, ce sont des textes: messages vengeurs en mars, communiqué naval en avril, fatwa fin juillet, remaniement du Conseil suprême de sécurité nationale le 9 août, et encore, le 30 août, une lettre transmise par l'agence IRNA à une conférence de dignitaires religieux, appelant les musulmans à «connaître leur véritable ennemi». Six mois de magistère suprême exercé par voie épistolaire.
Deux images ont voulu combler le manque; toutes deux se sont retournées contre leurs auteurs. Le 6 avril, la télévision d'État diffuse une séquence que des vérificateurs identifient comme générée par intelligence artificielle. Le 10 août, l'agence Mehr publie quinze secondes de vidéo, sans date ni lieu. Un adjoint du Bassij promet alors des images du guide parmi la population. Elles ne sont jamais venues.
Le récit officiel et ses fissures
Téhéran tient une ligne: le guide est vivant, blessé, protégé. Un proche affirme que quatre personnes au maximum l'ont vu. Pezeshkian dit l'avoir rencontré deux fois; son chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, reconnaît ne pas l'avoir vu.
C'est là que le récit se fissure. Les versions n'ont jamais convergé: blessure bénigne à la jambe selon un enregistrement publié par le Daily Telegraph, semi-coma selon des médias du Golfe, patient inconscient soigné à Qom selon une note diplomatique citée par le Times. Des médias recueillaient les propos d'un fonctionnaire de Téhéran: «Je crois que Mojtaba est mort ou en état de mort cérébrale».
Aucune de ces versions n'est vérifiable: l'essentiel provient de renseignements occidentaux et israéliens, de médias d'opposition en exil et de fuites intéressées. Donald Trump, lui, affirme ne pas le croire mort: ses négociateurs se heurtent régulièrement à la nécessité d'obtenir son aval.
Qui gouverne, alors?
La vraie question n'est peut-être pas celle-là. Un guide invisible reste utile: son nom signe les décisions, son autorité couvre les arbitrages, et personne n'a intérêt à ouvrir la succession d'une succession. Les analystes décrivent moins un État décapité qu'un État recentré sur son appareil sécuritaire: les remaniements de l'été ont porté aux commandes des généraux de la génération de la guerre Iran-Irak.
La Constitution avait prévu le cas: un guide empêché, et un conseil provisoire reprend ses prérogatives. Le mécanisme a déjà fonctionné en mars. S'il n'est pas réactivé, ce n'est donc pas par impossibilité juridique, mais par calcul: reconnaître l'incapacité du guide rouvrirait un dossier que les Gardiens avaient refermé en dix jours. Le silence coûte moins cher que la vérité.
Mojtaba Khamenei est-il mort? Nul ne peut l'affirmer. Mais la question est devenue secondaire. Un régime qui ne peut ni montrer son guide ni reconnaître son absence a déjà répondu à une autre, plus grave: la République islamique tient-elle encore par sa doctrine, ou seulement par ses illusions?



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