À 21 ans, Ghadi el-Chemali a signé l’un des coups d’éclat de l’escrime masculine libanaise aux Jeux méditerranéens de Tarente. L’épéiste a sorti le champion de France U23 Nolan Wingerter (13-12) au terme d’un duel irrespirable avant de tomber en huitièmes face au Portugais Filipe Frazão (15-8), futur médaillé de bronze. Une performance qui nourrit désormais une ambition assumée: se frayer une place parmi les 100 meilleurs mondiaux.
Une touche. Une seule.
C’est ce qui a séparé Ghadi el-Chemali de Nolan Wingerter au terme de l’un des assauts les plus serrés du tableau masculin d’épée à Tarente.
À 12-12 au bout du temps réglementaire, le duel bascule dans la minute de priorité. Le Français possède pourtant de solides références: champion de France U23 cette saison, vainqueur d’une Coupe d’Europe U23 et ancien vice-champion du monde U20 par équipes.
Mais el-Chemali ne baisse pas la pointe.
Le Libanais place la touche décisive, s’impose 13-12 et s’offre une place en huitièmes de finale. Le résultat officiel français confirme ce succès au couteau.
Une victoire qui change le regard
L’intérêt de ce succès dépasse le simple passage d’un tour.
El-Chemali arrive à Tarente encore très loin dans la hiérarchie senior internationale. La liste FIE le situait au 793e rang mondial avant la compétition. En face, plusieurs adversaires appartenaient déjà au top 100, à commencer par les Portugais Filipe et Miguel Frazão, respectivement 48e et 39e.
Son parcours s’arrêtera justement face à Filipe Frazão.
Le Portugais impose davantage de rythme et d’expérience pour s’imposer 15-8. Pas de miracle cette fois. Mais la suite du tournoi donne une autre dimension à cette élimination: Frazão atteindra les demi-finales et repartira de Tarente avec la médaille de bronze.
Autrement dit, el-Chemali n’est pas tombé sur le premier venu.
Six séances par semaine pour réduire l’écart
Cette progression ne s’est pas construite en quelques semaines.
Membre du Club La Tour Antoura, el-Chemali s’entraîne six fois par semaine sous la direction de l’entraîneur national Mahmoud Ali Ahmad. Déjà champion du Liban U20 et habitué depuis plusieurs saisons aux compétitions internationales, il a progressivement quitté le cocon des catégories de jeunes pour se frotter au circuit senior.
Le changement de niveau est brutal.
Chez les seniors, la vitesse d’exécution augmente, les erreurs se paient immédiatement et la lecture tactique d’un assaut devient aussi importante que la qualité technique.
Tarente a précisément montré qu’el-Chemali pouvait désormais tenir ce type de combat.
Le jeune Libanais regrette toutefois une absence: celle de son entraîneur à ses côtés pendant les Jeux.
«J’aurais aimé que mon entraîneur soit avec moi», explique-t-il, estimant qu’un regard extérieur expérimenté peut peser lourd lorsque l’assaut entre dans sa phase décisive.
En escrime, les quelques secondes entre deux touches servent parfois à complètement réécrire un match.
Le top 100, un objectif encore lointain
El-Chemali ne cache désormais plus son ambition.
«Mon objectif est clair: entrer dans le top 100 mondial.»
À partir d’une position située encore loin de cette zone, le chantier reste considérable. Monter au classement FIE impose de multiplier les Coupes du monde, Grands Prix et Championnats continentaux, mais aussi d’y franchir régulièrement des tours.
Et c’est précisément là que les moyens entrent en jeu.
Déplacements, stages, matériel, inscriptions et accompagnement technique représentent une charge importante dans une discipline où les athlètes libanais disposent de ressources très éloignées de celles des grandes nations.
Pour el-Chemali, davantage de soutien permettrait surtout de multiplier les confrontations avec le haut niveau. Car en escrime, progresser à l’entraînement ne suffit pas: il faut apprendre à tirer contre ceux que l’on espère un jour rejoindre au classement.
Bahreïn puis le Mondial 2027
Le calendrier lui offre déjà de nouveaux rendez-vous.
Les Championnats d’Asie U23 2026 ont été attribués à Bahreïn, où el-Chemali compte poursuivre sa montée en puissance.
Plus loin se profile surtout le grand rendez-vous de 2027: les Championnats du monde seniors de Tachkent, en Ouzbékistan, programmés du 20 au 28 juillet.
À 21 ans, le Libanais a encore du terrain à gagner avant de se rapprocher réellement de son objectif mondial.
Mais Tarente lui a offert ce que les classements ne montrent pas toujours: une victoire de référence.
Battre un champion de France U23 au bout de la minute de priorité, puis croiser le fer avec un futur médaillé de bronze, ne garantit aucune ascension.
Cela donne, en revanche, une bonne raison de continuer à viser plus haut.



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