Pêcheurs libanais: la mer, la misère et le poisson qui manque
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Le meilleur thon était autrefois pêché au large de Tyr. Aujourd'hui, un pêcheur se vante d'avoir réussi à attraper trois « Abou Jambo » au large de la localité méridionale d'el-Qlayleh, après avoir pris des risques pour descendre en mer. Avec les répercussions de deux guerres de soutien successives qui ont ravagé le pays, il n'est plus question de prendre la mer, de jeter les filets ou de chantonner.

Retournons donc vers la mer de Beyrouth pour nous enquérir de l'état de la pêche et des ressources halieutiques en cette fin d'août torride. La dernière guerre de soutien a-t-elle affecté les volumes de poissons pêchés au Liban?

Pour beaucoup, la pêche est un plaisir avant même d'être un métier. Ceux qui en doutent n'ont qu'à demander à cette jeune femme passionnée par la mer et la pêche, qui a gagné le surnom de « folle de la mer ». Descendez au bord de l'eau et vous l'y trouverez. Elle vous parlera sans aucun doute de la « fara » (la souris de mer) qui sort de nos eaux. Pour elle, c'est le meilleur poisson. Elle lui chante et elle vient à elle, sans dynamite ni hameçon ni filet.

Laissons-la donc profiter tranquillement de sa passion pour la pêche et la mer, et dirigeons-nous vers le marché aux poissons de Dora. La mer est devant nous, tout comme la montagne de déchets. Un paysage où les contradictions sautent aux yeux. Alors, que pouvons-nous manger d'une mer dont certaines côtes sont surplombées par des montagnes d'ordures?

Cent ans après la première loi sur la pêche maritime au Liban, une nouvelle loi a été adoptée. Certains pêcheurs la soutiennent, d'autres s'y opposent. Les analyses, les rumeurs, les calculs et les arrangements, sous la table comme au-dessus, vont bon train. Mais la question la plus importante est la suivante: mangeons-nous, avec le poisson savoureux, supposément sain, toutes sortes de polluants?

Jean Chawah, président du syndicat des pêcheurs du port de Beyrouth, tient à préciser avant de répondre: « Le syndicat prépare actuellement de nouvelles élections. » Autrement dit, pour l'heure, il est président « à moitié ». Écoutons-le tout de même, puisqu'il connaît le dossier en profondeur et continue d'exercer ses fonctions à ce jour.

Il affirme: « Puisque vous parlez de polluants dans la mer, je vais vous poser une question : avez-vous déjà entendu dire qu'une personne avait été hospitalisée après avoir consommé du poisson frais contaminé ? On entend parler de cas d'hospitalisation après avoir consommé de la viande rouge ou blanche. La mer s'auto-nettoie. Il faut cependant que le client sache distinguer le poisson frais du poisson réfrigéré et congelé. C'est là toute la différence. Quant au poisson pêché dans nos eaux, il n'a provoqué aucune hospitalisation. »

À l'époque, raconte Chawah, « nous avions demandé aux ministères concernés – Agriculture, Économie et Santé – d'obliger les poissonneries à indiquer clairement, en grosses lettres, la nature du poisson exposé. Le frais est plus cher que le réfrigéré, qui est lui-même plus cher que le congelé. Il y a aussi du poisson en provenance de Turquie et du Golfe. Le client doit savoir ce qu'il achète et ce qu'il mange. Or, certaines poissonneries entretiennent volontairement le flou pour piéger le client. La plupart du temps, celui-ci ne sait pas s'il a affaire à du poisson frais ou réfrigéré. Mais au marché aux poissons de la Quarantaine, cela ne risque pas d'arriver. Nous ne vendons que du poisson frais, local, vendu chaque jour à la criée, sauf le lundi. Il y a des contrôles et des vérifications réguliers. Il y a du poisson très cher et du poisson accessible à tous. À chaque client son poisson. Et tous les poissons sont frais. »

Ce qui frappe le président du syndicat et les pêcheurs, c'est que le poisson permet également de mesurer les catégories sociales, les classes et la situation du pays. « La majorité des clients veulent aujourd'hui manger du poisson, mais ils cherchent les prix les plus bas. Le client gourmet qui en a les moyens, sait ce qu'il veut et demande du poisson local. »

Chawah poursuit: « Le poisson local couvre à peine 20 % des besoins du marché libanais. Nous dépendons donc des importations. Quant au poisson local, pour les intéressés, les restaurants "haut de gamme" se l'arrachent. Ils viennent au marché aux poissons de la Quarantaine acheter aux enchères des espèces chères très demandées par une clientèle aisée, notamment le mérou (lekkoz) et le rouget (sultan).

S'il n'y a pas d'acheteurs pour ces espèces, nous savons d'office que la situation générale est mauvaise. Le volume et la nature des ventes reflètent donc l'état du pays. »

Il existe un autre indicateur qui permet aux poissonniers de comprendre que la situation n'est pas au beau fixe. Le président du syndicat l'évoque avec prudence : « Nous constatons que la moitié des clients qui venaient quotidiennement se font rares depuis un certain temps. » Où sont-ils passés, ont-ils voyagé, émigré, sont-ils morts? Ou l'argent liquide est-il simplement devenu trop rare? Les pêcheurs tirent leurs propres conclusions.

Nous parcourons le marché aux poissons de la Quarantaine. Il est huit heures du matin. Les pêcheurs sourient malgré la pénurie et la misère. Le homard est là. Les sardines et le « bezri » aussi. On trouve du « ghobbos », du « sargous » (le sar), du mérou des sables et de roche, ainsi que du « malifa ». À huit heures et demie, les enchères commencent, après que chaque client a « jeté son dévolu » sur ce qui fait envie à son estomac et ce que son budget lui permet.

C'est la loi de l'offre et de la demande. Il y a des prix accessibles à tous. Nous nous amusons à regarder les clients et les curieux se précipiter. Chez les Libanais, peu de plaisirs culinaires rivalisent avec le poisson. Et les yeux des plus modestes, ceux qui touchent le salaire minimum ou moins encore, se tournent vers le « bezri » (la petite friture).

Mais qu'en est-il aujourd'hui, après toute cette vague de chaleur? Chawah répond: «La semaine dernière, une caisse de bezri s'est vendue à douze millions de livres libanaises, soit environ 130 dollars. Quand il fait chaud, le bezri disparaît. Maintenant que les vagues de chaleur se sont quelque peu atténuées, il recommence à apparaître. Il arrive parfois qu'une caisse se vende à un million de livres. La différence est considérable et dépend de l'offre, de la demande et des conditions météorologiques.»

Il convient de préciser que les expatriés réclament du bezri sur les tables des restaurants, ce qui explique la hausse de son prix le mois dernier, lorsque l'offre était limitée.

Question aux connaisseurs: combien pèse une caisse? Chawah répond : «Environ dix kilos.»

Après le mérou des sables, le sultan et le « faridi », le « malifa » est, pour les gourmets, l'un des poissons les plus savoureux. Il est très recherché. C'est le poisson des pauvres. Selon les saisons, son prix peut rester à leur portée.

Le Liban compte officiellement quatre mille pêcheurs professionnels enregistrés. Ces derniers – à bon entendeur – sont démunis et n'ont pour seule protection que la volonté de Dieu. «90 % d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté.»

Le président du syndicat avait tenté de leur obtenir une couverture sociale. Mais lorsque leur part du gâteau était presque là, les agriculteurs se sont mobilisés pour être eux aussi intégrés au système de sécurité sociale. Ce n'est pas simple, car aucun recensement précis de leur nombre n'existe. Quiconque possède quelques mètres de terrain se considère comme agriculteur. Et voilà comment «les bons ont payé pour les mauvais».

Tous devraient, en principe, être couverts par un programme d'assurance. Mais les calculs de l'État sont différents, et la fameuse règle du 6 et 6 bis sert toujours de prétexte.

Chawah se souvient: «Il y a vingt ans ou plus, le ministre du Travail nous avait rendu visite et avait promis de faire le nécessaire. Nous lui avions sacrifié trois moutons, mais il est parti et n'est jamais revenu. Quel gâchis!»

Aujourd'hui, une nouvelle loi sur la pêche maritime a été adoptée, cent ans après celle promulguée par le haut-commissaire français en 1929. La nouvelle loi autorise le pêcheur traditionnel à pêcher jusqu'à 12 milles nautiques, alors qu'il lui était auparavant interdit de dépasser six milles. En parallèle, elle autorise les grands bateaux à pêcher plus loin, dans les eaux économiques.

Le petit pêcheur a alors craint que les grandes entreprises n'accaparent le secteur. Les tensions et les inquiétudes sont nombreuses quant aux menaces qui pèsent sur les petits pêcheurs.

Que répond le ministère de l'Agriculture? Un responsable du ministère explique: «Plus nous avançons vers le large, plus la profondeur augmente et moins le petit pêcheur artisanal est capable de s'y rendre. Il ne devrait donc pas craindre la concurrence. Le gagne-pain du pêcheur artisanal sera préservé.»

Doit-il le croire? Les expériences passées prouvent le contraire.

Une autre disposition a été intégrée à la loi: le développement de l'aquaculture, l'interdiction de pêcher les poissons trop petits qui ne se sont pas encore reproduits, l'interdiction d'utiliser des explosifs pour pêcher et des filets aux mailles trop fines, le contrôle des accès aux ports, ainsi que le recours aux gardes forestiers pour contrôler les entrées des ports et assurer la surveillance… et ainsi de suite.

Mais le petit pêcheur artisanal, lui, n'est pas rassuré.

En tout état de cause, le poisson local est en passe de devenir, pour les Libanais, ce que le dollar est déjà: une monnaie rare. Il se raréfie et disparaît peu à peu. Les pêcheurs de Sarafand, de Tyr et de Saïda ne peuvent plus prendre la mer qu'au risque de leur vie.

Verra-t-on le jour où notre mer sera dépourvue de poissons? Certains souriront à l'idée. Mais la réalité est que même les poissons se font plus rares dans la mer. Et nous pourrions bien arriver à une époque où le poisson local sera une denrée rare.

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