Réseaux sociaux et mineurs: les interdictions se multiplient à l’échelle mondiale
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Le gouvernement de Nouvelle-Zélande a déposé lundi un projet de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. «Nous ne pouvons tout simplement pas accepter les dommages causés à toute une génération d'enfants néo-zélandais», a déclaré le Premier ministre néo-zélandais Christopher Luxon.

«Un enfant sur trois âgé de 13 à 17 ans passe désormais au moins cinq heures par jour sur les réseaux sociaux », qui « les exposent à des contenus néfastes, à une technologie addictive et à des pressions auxquelles ils ne sont pas préparés à faire face», déplore-t-il.

Si la loi venait à être adoptée, les plateformes telles que Facebook, TikTok ou Instagram devraient utiliser «les informations de compte existantes, l'estimation de l'âge par reconnaissance faciale, les services d'identité numérique et une pièce d'identité officielle» pour vérifier l'âge de leurs utilisateurs. En cas de non-respect de ces conditions, elles pourraient être condamnées à payer une amende pouvant atteindre jusqu’à 10% de leur chiffre d’affaires mondial.

Loin d’être un cas isolé, ce projet de loi s’inscrit dans une réflexion à l’échelle mondiale sur l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs et les risques auxquels ils sont exposés. Plusieurs pays envisagent ainsi de présenter des projets de loi similaires ou ont déjà mis en place des mesures restrictives.

L’Australie pionnière

Le 29 novembre 2024, l’Australie adopte une loi interdisant l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs de moins de 16 ans. Entrée en vigueur en décembre 2025, la loi est alors une première mondiale qui impose une interdiction stricte et générale en la matière.

Le Premier ministre australien Anthony Albanese avait alors qualifié les réseaux sociaux de «plateformes de pression sociale, vectrices d'anxiété, un outil pour les arnaqueurs et, pire que tout, pour les prédateurs en ligne».

Il est désormais illégal de détenir ou d’ouvrir un compte sur la plupart des plateformes comme Facebook, Threads, TikTok, Snapchat ou Instagram et même YouTube quand on est âgé de moins de 16 ans dans le pays.

Mais plus d’un an après son entrée en vigueur, le bilan de cette mesure reste mitigé. En effet, si la présence des moins de 16 ans avait effectivement chuté sur les réseaux sociaux au début de la loi, elle est depuis remontée à un niveau parfois supérieur à celui d'avant l’interdiction.

Selon les données de l’application de contrôle parental Qustodio, 11,36% des 10-12 ans utilisaient TikTok en juillet 2026, soit plus qu'en novembre 2025 (10,73%), et tout juste moins qu'en décembre 2025 (11,42%). Chez les 13-15 ans, 25,96% sont toujours présents sur l'application de vidéos courtes, environ 1% de moins que juste avant le blocage.

Certains jeunes ont ainsi recours à des VPN pour se connecter sur leurs réseaux sociaux favoris, ou falsifient tout simplement leur âge en s’inscrivant sur les plateformes. Un certain nombre de jeunes se sont également tournés vers l’application WhatsApp, non concernée par la mesure du gouvernement australien.

Une préoccupation mondiale

Bien que pas pleinement concluante, l’expérience australienne a fait des émules à travers le monde. Au total, 42 pays envisagent désormais d'adopter une telle mesure ou l'ont déjà mise en place.

Parmi eux, 7 pays ont déjà mis en place des mesures, comme l’Australie, le Brésil, l’Indonésie, la Malaisie, et le Vietnam pour les moins de 16 ans. Les Émirats arabes unis ont de leur côté choisi d’interdire l’utilisation des réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans et ont imposé un filtrage des contenus et la mise en place d’un contrôle parental pour les moins de 18 ans. Il est également interdit de collecter des données auprès des moins de 13 ans, sans consentement parental.

En Chine enfin, le gouvernement impose des limitations de temps d’écran aux mineurs. Ainsi, les moins de 8 ans n’ont le droit qu’à 40 minutes par jour et avec des filtres de contenus adaptés à l’âge. Entre 8 et 16 ans, les enfants ont accès à une heure et deux heures pour les moins de 18 ans. En outre, entre 22h et 6h, internet et les applications sont bloqués et donc inaccessibles. Ce mode «mineur» sur les portables doit cependant être activé par les parents pour être effectif.

La Turquie et la France ont chacune adopté une loi restreignant l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs, mais la loi française a été cependant censurée par le Conseil constitutionnel le 14 août dernier, la rendant caduque.

D’autres pays comme l’Angleterre, l’Allemagne, l’Inde ou la Corée du Sud réfléchissent à adopter des mesures similaires. À l’échelle de l’Union européenne enfin, une proposition législative formelle est en cours de réflexion.

Si les mesures de restriction demeurent imparfaites, il est devenu désormais clair pour de nombreux pays qu’il est nécessaire de protéger davantage les enfants des effets négatifs des réseaux sociaux. Reste à savoir si la meilleure solution viendra d'une interdiction stricte et difficile à appliquer, ou d'une responsabilisation accrue des plateformes et d'une meilleure éducation au numérique.

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