Hezbollah, Liban, Israël, Iran…: promis, nous n’en parlons pas!
©Ici Beyrouth

Parfois, quand on écrit un papier pour un média libanais, on a l’impression d’être enfermé dans une camisole de force, dans une salle cadenassée, et de se cogner la tête en permanence contre les murs en écoutant un immense disque rayé avec les mêmes événements qui se produisent en boucle. C’est pour cela que nous ne parlerons pas du Hezbollah et de son désarmement. Pourquoi? Eh bien, parce que ça devient une arlésienne. Plus le temps passe, moins nous y croyons. Qui va le désarmer? L’armée n’en a pas les moyens. On cherche un compromis à la libanaise qui n’existe pas.

Les Israéliens n’y sont pas parvenus non plus, malgré trois ans de guerres. Et de toute manière, ce sont les Gardiens de la révolution, qui n’ont pas été vaincus, qui donnent les ordres. Autant dire que le désarmement n’est pas pour tout de suite.

Tiens! L’Iran. Le président américain, Donald Trump, affirme qu’il est «en train de s’effondrer». Les dirigeants iraniens reconnaissent, sans rire, que leur pays traverse une crise économique. Doux euphémisme pour un peuple ruiné par la faute du messianisme apocalyptique de son clergé. Les États-Unis promettent 10 millions de dollars pour des informations sur le nouveau chef des Gardiens de la révolution, Ahmad Vahidi. Téhéran promet d’embraser la région. Rien de nouveau sous le soleil.

Même chose pour le détroit d’Ormuz. On commence à se dire qu’ouvert ou fermé, ça ne change pas la face du monde. D’ailleurs, à en croire les uns et les autres, chaque protagoniste contrôle ce passage et a écrasé son adversaire.

Nous ne parlerons pas non plus de l’accord-cadre et de la huitième session de négociations directes entre le Liban et Israël qui doit se tenir en septembre, mais pour laquelle on n’a toujours pas de date en raison d’un passage à vide! Et la raison est toujours la même: le célèbre désarmement du Hezbollah.

Il faut dire que, connaissant la propension de la milice pro-iranienne à suicider les autres, il ne faut pas exclure qu’avant ou pendant les élections législatives israéliennes du mois d’octobre, sur injonction de Téhéran, la milice aux innombrables «victoires» décide de lancer des missiles ou des drones sur le territoire israélien, histoire de brouiller les urnes et d’affaiblir le Premier ministre israélien. Benjamin Netanyahu, de son côté, n’est certainement pas enclin à la moindre concession actuellement, de peur de passer pour quelqu’un de timoré auprès de son électorat et de perdre les élections.

Donc, sur ce dossier, il ne se passera rien avant le début de l’année prochaine. Alors bien sûr, si ce scénario catastrophe se produit, les Israéliens vont bombarder Beyrouth. Nous reverrons des centaines de milliers de personnes fuir la banlieue sud et se réfugier dans les rues et les écoles du pays. Mais de cela, le Hezbollah et ses maîtres n’en ont cure. La rationalité, c’est pour les autres. La spécialité perse, c’est la feinte.

Il n’y a qu’à voir l’affaire de «l’ambassadeur» d’Iran. Pas de lettres de créance, une décision d’expulsion. Et le voilà qui décroche un titre de séjour provisoire de six mois. Encore un de ces compromis à la libanaise qui, à la longue, deviennent épuisants.

Autre dossier dont nous ne parlerons pas: la Syrie. Proprement stupéfiant de voir un ancien jihadiste, devenu président, réussir à faire retirer ce pays de la liste des soutiens au terrorisme! Tout le monde est content, bien évidemment. Des torrents de dollars se déverseraient sur le pays. Mais sur le terrain, rien n’est réglé. Les Kurdes, les Alaouites et les Druzes sont toujours aussi méfiants envers ce pouvoir central auquel la terre entière fait les yeux doux.

Sans parler des Israéliens qui, dans le sud du pays, essaient d’établir une zone de sécurité qui serait reliée à celle mise en place au Liban. Rajoutez à cela la Turquie, qui tente d’avancer ses pions en Syrie sous le regard désapprobateur de Tel-Aviv, et la Russie, qui se faufile timidement pour rester dans le «couloir» du pays pour ne pas perdre ses bases militaires et donc son influence au Moyen-Orient.

Vladimir Poutine continue de courtiser Mojtaba Khamenei, s’il est encore de ce monde, et ses acolytes, grands livreurs de drones. Coïncidence? Sa guerre avec l’Ukraine est soudainement montée de plusieurs crans, touchant désormais les infrastructures civiles avec une violence insensée.

Mais alors, de quoi parlons-nous?

De l’été au Liban.

Contre toute attente, la diaspora est venue. Malgré les prix des billets d’avion, équivalents à ceux d’un tour du monde en première classe. Malgré l’insécurité, le risque de nouvelle guerre à tout moment. Malgré le coût des restaurants digne de Manhattan. Malgré la pollution, les embouteillages. Malgré tout.

Ceux qui ont eu l’occasion de faire un tour en Europe ces dernières semaines ont été surpris par des chaleurs qui n’ont rien à envier à celles des pires déserts. S’ils ont regardé les chaînes d’information, ils ont dû être ébahis devant l’ampleur des incendies non maîtrisés et devant les débats qui ont émaillé tout l’été. Spécialistes et commentateurs se disputaient sur l’intérêt de… la climatisation!

Tout compte fait, qu’est-ce qu’on est bien dans ce petit pays si violenté.

Comme le disait Clément Rosset: «Être heureux, c’est toujours être heureux malgré tout.»

Alors vive nous. Malgré tout.

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