Le nom de l’Italie a souvent été évoqué comme celui du pays susceptible d’assurer le contrôle de la bonne mise en œuvre des zones pilotes entre le Liban et Israël. Le président de la République, Joseph Aoun, s’est d’ailleurs rendu à Rome pour discuter précisément de cette question avec les responsables italiens, ainsi que des efforts déployés par l’Italie pour préserver la présence de la Finul.
Le président Aoun est finalement rentré à Beyrouth sans avoir obtenu de réponse positive de la part de l’Italie, ni sur la possibilité pour Rome d’assumer cette mission de contrôle, ni sur d’éventuelles avancées concernant le maintien de la Finul. Les responsables italiens ne lui ont pas non plus fait état de projets visant à déployer des forces italiennes au Liban en dehors du cadre des forces internationales prévues par les résolutions 425 et 1701. En tout état de cause, aucune force internationale ne sera déployée au Liban en dehors d’un cadre placé sous l’égide des Nations unies.
La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a expliqué au président Aoun que son gouvernement ne pouvait, à ce stade, prendre de décision concernant une éventuelle participation de forces italiennes au contrôle de la mise en œuvre des zones pilotes.
Des considérations constitutionnelles entrent notamment en ligne de compte, à l’aune des élections législatives prévues l’année prochaine, qui déboucheront de facto sur la formation d’un nouveau Parlement et d’un nouveau gouvernement auxquels reviendra, le cas échéant, de prendre la décision appropriée.
Selon des sources bien informées, des responsables italiens ont précisé: «Si l’on demande à l’Italie d’être une instance de contrôle indépendante, capable par exemple de déterminer qu’une zone donnée a rempli les obligations prévues par l’accord, il ne s’agit pas nécessairement d’une simple prolongation du rôle qu’elle joue actuellement au sein de la Finul. Il pourrait s’agir d’une nouvelle mission internationale, dotée de prérogatives propres. Le gouvernement italien ne peut donc pas simplement décider que les soldats italiens déjà présents au Liban assumeront cette nouvelle mission.
Un autre point, plus délicat encore, concerne l’autorité qui conférerait à l’Italie le pouvoir de rendre une décision contraignante établissant que le Liban ou Israël a respecté ses engagements. Si le mécanisme de contrôle n’est pas placé sous l’égide des Nations unies ou fondé sur un accord international clair, accepté par les deux parties et définissant les prérogatives de l’Italie, Rome pourrait se retrouver investie d’une mission à caractère sécuritaire et souverain qu’un simple choix politique du gouvernement ne suffirait pas à confier à ses forces.
En effet, le droit italien exige que les missions menées à l’étranger soient conformes au droit international et aux principes constitutionnels.»
Ces mêmes sources soulignent que l’Italie peut participer à une force internationale ou à un mécanisme de surveillance doté d’un mandat juridique clairement défini. Elle ne souhaite toutefois pas se retrouver seule dans le rôle d’arbitre sécuritaire entre le Liban et Israël, sans cadre international, sans accord précis et sans prérogatives clairement établies conformément aux procédures constitutionnelles et parlementaires italiennes.
Ces considérations ne sont cependant pas les seules à expliquer les hésitations de Rome. L’Italie entend appréhender la situation au Moyen-Orient dans son ensemble et souhaite disposer d’une vision claire de son évolution avant de franchir le pas.
Les responsables italiens attendent donc également de connaître l’issue des élections israéliennes du 27 octobre prochain, ainsi que celle des élections de mi-mandat aux États-Unis, afin d’en mesurer les répercussions sur l’évolution de la situation régionale, de la Méditerranée orientale au Golfe.




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