Quand l’État dit «non»
©Ici Beyrouth

L’État libanais traite les demandes du Fonds monétaire international avec une sélectivité manifeste. Lorsqu’il s’agit de réformes financières et bancaires, il se montre docile et accommodant, comme s’il ne pouvait rien refuser, même lorsque certaines exigences portent atteinte aux intérêts de la population ou à la Constitution. Sa réponse est toujours la même: «À vos ordres.»

Mais lorsqu’il est question, en revanche, de réformer l’État lui-même et le secteur public, le ton change. L’État se montre sourd et récalcitrant, renouant presque avec la logique de la «Moumanaa». Il retrouve alors toute sa fermeté et dit «non» au FMI, même si c’est en silence!

Le Fonds semble avoir compris le jeu. Il a relevé la barre de ses exigences concernant la législation relative au secteur financier, tout en se contentant d’un simple «rappel à l’ordre» lorsqu’il s’agit de la réforme du secteur public.

Les détenteurs de titres en eurobonds semblent, eux aussi, avoir compris le jeu. Ils paraissent désormais rassurés par l’attitude du Fonds, qui encourage l’État à ne pas «s’aventurer» dans le remboursement de sa dette intérieure. En témoigne la hausse du cours des eurobonds, qui a atteint 29 cents à l’approche du week-end, malgré l’escalade des tensions régionales et au Liban. Une conjoncture qui ne saurait, à elle seule, expliquer la hausse de la valeur de ces titres.

Sept ans après le déclenchement de la crise, une évidence s’impose: ce qui s’est passé au Liban n’était pas une simple crise bancaire ou monétaire. Il s’agissait d’une crise systémique, dont les racines plongent dans les finances publiques, les choix de l’État, les déficits budgétaires chroniques et la manière dont le secteur public et les institutions de l’État ont été gérés.

Lorsque les déséquilibres se sont accumulés au point de devenir insoutenables pour le système financier, la crise s’est manifestée dans les banques, la monnaie et les dépôts. Mais c’est là qu’elle est apparue, et non là qu’elle a commencé.

La réforme doit donc commencer par l’État: une administration publique plus efficace et moins coûteuse, la fin des recrutements politiques et du clientélisme, la réforme du système des salaires et des retraites, ainsi que la restructuration des établissements publics. Il faut déterminer lesquels doivent être maintenus et lesquels doivent être fusionnés, liquidés ou réorganisés.

Il faut également appliquer la loi sur les marchés publics, renforcer les mécanismes de contrôle et la transparence, moderniser la gestion des finances publiques et accélérer la numérisation des institutions de l’État.

Ces mesures ne sont pas des demandes secondaires que l’on pourrait remettre à plus tard, une fois la réforme bancaire achevée. Elles en constituent, au contraire, une condition essentielle. Il est impossible de reconstruire un secteur bancaire sain dans un État qui continue de générer des déficits. Il est tout aussi impossible de rétablir la confiance des déposants et des investisseurs tant que les établissements publics restent une source de pertes et de risques financiers.

On ne peut pas davantage demander aux banques et aux déposants d’assumer le coût des erreurs de l’État tout en reproduisant les mêmes conditions qui ont conduit à l’effondrement.

Si le gouvernement veut réellement sortir de la crise, il doit cesser de considérer la réforme du secteur public comme un dossier à remettre à plus tard ou comme une priorité secondaire. Sans un État financièrement discipliné, une administration publique efficace et des institutions transparentes et soumises à l’obligation de rendre des comptes, toutes les autres réformes ne seront qu’un traitement temporaire d’une crise qui finira par réapparaître sous d’autres formes.

Ce qui est nécessaire aujourd’hui, ce n’est pas seulement de réformer les banques pour leur permettre de financer l’économie. Il faut aussi réformer l’État afin qu’il n’ait plus besoin de financement et qu’il ne puisse plus, une nouvelle fois, se tourner vers l’argent des déposants.

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