La diplomatie itinérante du général américain face aux obstacles du Hezbollah

Le dernier cycle de diplomatie itinérante mené par le général Joseph Clearfield entre le Liban et Israël a mis en évidence les difficultés persistantes auxquelles se heurte l’accord tripartite négocié sous l’égide de Washington. Cette initiative diplomatique repose sur un principe central: le rétablissement de l’autorité exclusive de l’État libanais dans des zones longtemps dominées par le Hezbollah, une tâche difficile mais indispensable à la stabilité à long terme.

À la tête du Groupe de coordination militaire pour le Liban (MCG4L), le général Clearfield a mené, du 12 au 17 août, une intense diplomatie entre Beyrouth et Tel-Aviv afin de faire avancer le volet militaire du cadre tripartite conclu le 26 juin.

L’accord tripartite repose sur une logique simple: Israël se retire à mesure que l’armée libanaise (LAF) procède au démantèlement, dans des zones ciblées, de l’arsenal et des infrastructures du Hezbollah, tout en empêchant le mouvement de rétablir une présence armée. Mais les derniers pourparlers directs entre le Liban et Israël, tenus à Rome, n’ont pas permis de parvenir à une avancée sur le mécanisme chargé de vérifier les opérations menées par l’armée libanaise.

Les délégations militaires ont en revanche réglé plusieurs questions techniques, notamment l’élaboration de cartes communes et la définition d’un processus permettant d’ouvrir la voie à de futures zones pilotes, a indiqué un haut responsable du département d’État américain à l’issue des discussions du 4 au 6 août. «Nous disposons désormais de définitions claires et de critères précis pour mesurer les résultats», a-t-il ajouté.

La diplomatie itinérante du général Clearfield, qui l’a notamment conduit à rencontrer le président Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam, le président de la Chambre Nabih Berry et le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, visait à capitaliser sur ces premiers acquis. Son initiative s’est toutefois heurtée à des divergences sur le mécanisme de vérification et sur les garanties que l’armée libanaise doit pouvoir apporter avant tout transfert de territoire par Israël.

D’autres désaccords portent sur le caractère fixe ou conditionnel du calendrier de retrait israélien, ainsi que sur la question de savoir si les dirigeants libanais sont prêts à s’attaquer à l’arsenal du Hezbollah ou s’ils continueront à l’accepter comme un fait accompli.

Sur le terrain, dans le sud du Liban, la situation reste préoccupante. Dans la première zone pilote, Zaoutar al-Gharbiyé, des unités de l’armée libanaise sont officiellement déployées, mais leur présence ne s’est pas encore traduite par un monopole effectif de la force. Les opérations israéliennes visant des infrastructures du Hezbollah se poursuivent malgré le déploiement de l’armée.

Le Hezbollah a rejeté le processus des zones pilotes, le qualifiant de plan de désarmement imposé par les États-Unis et Israël. Ses dirigeants invoquent la poursuite des opérations israéliennes pour affirmer que Beyrouth ne bénéficie d’aucune garantie crédible en contrepartie. Mais, selon une source diplomatique américaine, le Hezbollah instrumentalise les conséquences de son propre enracinement militaire pour justifier le maintien de son arsenal.

«Le processus des zones pilotes reste la seule voie viable vers une paix et une sécurité durables pour le Liban et Israël. Nous attendons de l’armée libanaise qu’elle achève les opérations de ratissage dans les premières zones pilotes. Une fois ce travail vérifié, le processus pourra s’étendre», a déclaré  This is Beirut un porte-parole du département d’État américain.

«Le désarmement du Hezbollah fait partie intégrante de ce processus», a-t-il ajouté.

Au cours de ses entretiens, le général Clearfield a souligné que, pour démontrer qu’elle exerce un contrôle réel, l’armée libanaise doit localiser et démanteler les réseaux armés, contrôler les accès dans la zone frontalière et fournir des preuves concrètes du démantèlement des infrastructures militaires du Hezbollah, selon une source du Commandement central américain (CENTCOM).

Selon plusieurs sources, les États-Unis ont averti les autorités libanaises que, si l’armée libanaise n’était pas en mesure de mener à bien sa mission de désarmement du Hezbollah, le général Haykal devrait démissionner. L’armée libanaise, de son côté, invoque régulièrement différents obstacles pour expliquer la lenteur de ses progrès, notamment les activités militaires israéliennes, les destructions d’infrastructures et les restrictions légales qui encadrent les perquisitions de propriétés privées.

Le Hezbollah affirme pour sa part que la formule des zones pilotes n’a permis d’apporter ni sécurité ni souveraineté. En réalité, le maintien de ses infrastructures militaires constitue une illustration flagrante de l’incapacité du Liban à exercer pleinement sa souveraineté et à agir contre le mouvement.

Dans le même temps, Israël comme le Liban semblent «gagner du temps ensemble», affichant un sentiment d’urgence tout en évitant les décisions difficiles nécessaires pour sortir de l’impasse. Les responsables américains attribuent cette absence de progrès à l’incapacité ou au refus de Beyrouth d’affronter le Hezbollah, ainsi qu’aux contraintes internes et juridiques auxquelles l’armée libanaise est confrontée.

«Le Hezbollah a été le principal obstacle au redressement économique du Liban, la seule tache sur sa réputation internationale et la plus grande menace pour la sécurité et la stabilité du pays. Il porte l’entière responsabilité de la présence d’Israël sur le territoire libanais», a déclaré le porte-parole du département d’État. «C’est précisément pour cette raison que le Hezbollah doit être désarmé et démantelé.»

Le département d’État insiste sur le fait que la solution ne réside ni dans des calendriers artificiels ni dans des illusions diplomatiques, mais dans un processus par étapes, dans lequel les retraits israéliens seraient strictement conditionnés à la capacité de l’armée libanaise à remplir ses obligations, avec l’appui d’un mécanisme de vérification fiable.

«Sans un organe de vérification crédible, indépendant et opérationnel, chaque partie peut avancer des affirmations incompatibles», a déclaré le porte-parole du département d’État.

«Aucun accord ne peut reposer de manière crédible sur les promesses du Hezbollah ou sur les simples déclarations de Beyrouth. L’armée libanaise doit démontrer, et non seulement proclamer, qu’elle exerce un contrôle exclusif. Ce n’est qu’alors qu’Israël retirera ses forces et que pourront commencer les processus de reconstruction et de retour des civils», a-t-il ajouté.

Les négociations n’ont pas encore permis de déterminer définitivement l’identité ou le mandat de l’organe de vérification indépendant. Aucun accord n’a non plus été trouvé sur la possibilité qu’une force étrangère puisse prendre le relais de la Finul, selon un responsable américain.

«La diplomatie militaire menée par le général Clearfield est le signe le plus manifeste de la poursuite de l’implication américaine dans ce dossier», estime une source américaine. Ses efforts diplomatiques sont considérés comme essentiels pour préserver la cohésion de l’accord tripartite face aux désaccords croissants sur la vérification, le redéploiement et le maintien de la présence du Hezbollah.

Mais même le mécanisme de coordination le plus solide ne peut se substituer à une véritable volonté politique ni à un dispositif de vérification crédible. Alors que l’impatience grandit à Washington, les responsables américains insistent sur un principe: ce sont les résultats, et non les symboles, qui doivent permettre d’évaluer le projet des zones pilotes.

Le véritable test, souligne le général Clearfield auprès des deux parties, sera de déterminer si l’appareil militaire du Hezbollah est effectivement démantelé, si l’armée libanaise est capable de tenir seule les territoires concernés et si le retrait israélien ne laisse aucune possibilité au Hezbollah de reprendre pied.

Tant que ces conditions ne seront pas réunies, les zones pilotes resteront le reflet de la lutte du Liban pour exercer pleinement sa souveraineté, mais aussi une illustration préoccupante des limites de l’action de l’État libanais, tant que ses fondements demeureront fragiles.

 

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