Le secret de la carte et comment la déchiffrer…

L'Axe de la Moumanaa a soudain cristallisé toute son attention sur la publication, par le ministère israélien des Affaires étrangères, d'une carte statistique liée à une enquête alimentaire menée par l'UNICEF.

L'Axe a largement exploité cette carte, qui amputait le sud du Liban pour l'intégrer à Israël, tout en englobant également Gaza et la Cisjordanie.

Partant, cette publication a ravivé les craintes concernant le discours sur le projet du Grand Israël et le risque qu'il ferait peser sur les frontières internationalement reconnues du Liban.

Mais ce n'est pas tout. Que la publication de cette carte ait été intentionnelle ou pas, qu’elle ait pu être publiée délibérément ou résulter d'une erreur, le résultat est le même: l'Axe s'est immédiatement mobilisé pour renforcer le discours de la «résistance» et la nécessité de «faire face à toutes les tentatives de l'ennemi de s'emparer des terres libanaises».

Même le Hezbollah, qui s’est abstenu de commenter de nombreux événements au cours des derniers mois et a cherché à minimiser certaines évolutions sur le terrain, a publié un communiqué. Il entendait ainsi remobiliser une base qui avait besoin de voir ce discours réaffirmé.

Mais l'autre aspect de l'histoire, celui que le Hezbollah, ses références et ses relais médiatiques et sur les réseaux sociaux ne mentionnent pas, est pourtant le plus important. En fait, la carte a été retirée par Israël lui-même, à la suite de pressions diplomatiques libanaises, notamment de la part des membres de la délégation libanaise chargée des négociations. Ceux-ci ont fermement rejeté cette publication et demandé le retrait du tweet, estimant qu'il entravait le processus de négociation et s'écartait des règles diplomatiques ainsi que du respect des frontières internationales.

Si la délégation libanaise n'avait pas été en mesure d'intervenir sur cette question, toutes les tentatives de l’Axe de la Moumanaa de justifier le maintien des armes au nom de la lutte contre cette carte auraient pu se poursuivre.

Le Liban n'aurait alors pas été en mesure de rejeter cette initiative et de la traiter dans une logique d'État. Si les Libanais ne considèrent pas cet épisode sous cet angle et à sa juste importance, ils ne pourront pas mesurer la portée des négociations ni leurs conséquences sur le Liban en tant qu'État.

Par le passé, le Liban n’avait pu obtenir des acquis diplomatiques et symboliques de cette nature, parce qu'il adoptait une position intransigeante sous l'impulsion du Hezbollah, plutôt qu'en fonction de ses propres convictions. Il refusait, par ailleurs, de tenir compte de la réalité militaire et diplomatique, contrairement à ce qui se passe aujourd'hui.

Ces acquis diplomatiques et symboliques sont tout aussi importants que les gains sur le terrain, militaires et autres.

Il ne faut donc pas sous-estimer cet épisode: il pourrait constituer le point de départ d'une situation dans laquelle la diplomatie libanaise deviendrait la véritable autorité décisionnelle.

 

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