Le traumatisme qui perdure…
©Ici Beyrouth

Dans l'histoire du Liban, il n'existe pratiquement aucune date qui ne soit associée à un souvenir douloureux ou à un traumatisme vivace. Mais celui du 4 août dépasse toutes les épreuves que le pays a traversées. Les seules images de l'explosion suffisent à raviver dans les mémoires l'horreur de cette journée tragique.

Sur le plan judiciaire, aucun progrès notable n'a été accompli pour faire éclater la vérité. Les démarches du juge Tarek Bitar ont été entravées, tandis que nombre de ses détracteurs lui reprochent d'avoir adopté une approche davantage populiste que véritablement judiciaire.

Le plus grave ne réside pas uniquement dans l'impasse de l'enquête, mais surtout dans le port lui-même, témoin silencieux de l'un des traumatismes les plus profonds.

Le spectacle des silos éventrés, toujours dressés au cœur du port, continue d'offrir une image de désolation sur le front de mer de Beyrouth et enferme le pays dans un deuil permanent. La campagne menée contre leur démolition revêt d'ailleurs une dimension profondément émotionnelle, en particulier pour les familles des victimes.

Il ne fait aucun doute que ces silos incarnent l'ampleur du drame. Ils demeurent un témoin vivant de la gravité du crime et rappellent l'impérieuse nécessité de faire éclater la vérité et de rendre justice avant même d'envisager leur éradication du paysage.

Il est tout aussi compréhensible que, pour les proches des victimes, leur démolition soit inconsciemment perçue comme un effacement de la mémoire, comme le dernier renoncement à leurs êtres chers. Tant que les silos demeurent, ils donnent le sentiment que les disparus restent présents dans la mémoire collective.

Pourtant, d'un point de vue psychologique, il est difficile de concevoir une véritable reconstruction en conservant les stigmates permanents du traumatisme. Par défaut, un traumatisme est une étape qu'il faut progressivement surmonter. Or il est impossible d'y parvenir sans dépasser les circonstances mêmes qui l'ont engendré.

Imaginons, par exemple, qu'à la suite d'un crime, les traces de sang soient volontairement laissées sur les lieux, ou qu'une famille décide de conserver devant sa maison la voiture détruite dans laquelle l'un des siens a trouvé la mort. Une telle démarche ne répond à aucune logique scientifique; elle relève avant tout de l'émotionnel; même si cette émotion constitue, pour les familles des victimes, une réalité profondément ancrée.

Six années représentent une longue période. N’était l'explosion, la plupart des victimes auraient poursuivi leur chemin, franchissant de nouvelles étapes personnelles et professionnelles.

Le véritable problème est que les Libanais demeurent incapables de tourner la page, tout simplement parce que la vérité n'a toujours pas été établie. C'est là que réside la priorité absolue: faire toute la lumière sur cette tragédie afin de pouvoir refermer définitivement le chapitre du port, avec toutes les souffrances qu'il symbolise, et ouvrir une nouvelle page, affranchie des stigmates de l'injustice permanente.

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