Au moins dix personnes ont été tuées samedi à Kiev et dans sa région lors d'une nouvelle attaque de missiles balistiques russes, au moment où le président américain Donald Trump hésite toujours à autoriser l'Ukraine à produire des missiles antiaériens Patriot pour les intercepter.
La Russie et l'Ukraine ont intensifié leurs frappes à longue portée ces dernières semaines, visant des infrastructures pétrolières, des entrepôts logistiques et des navires cargos en mer Noire, avec un nombre croissant de victimes civiles.
Ces attaques se multiplient alors que la situation évolue lentement sur le front, les deux armées s'affrontant pour le contrôle des dernières villes du Donbass, dans l'est industriel de l'Ukraine, que Moscou entend conquérir. Les efforts de médiation diplomatique engagés par les États-Unis sont au point mort depuis fin février.
Au total, la Russie a lancé 35 missiles et 185 drones d'attaque contre l'Ukraine au cours de la nuit. Selon l'armée de l'air ukrainienne, deux missiles et 154 drones ont été interceptés.
Des journalistes de l'AFP ont entendu plus de dix explosions successives tôt samedi matin, déclenchant les alarmes des voitures dans les rues.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent d'importants panaches de fumée s'élevant des incendies provoqués par les frappes, qui ont fait neuf morts et une trentaine de blessés dans la capitale, ainsi qu'un mort et trois blessés dans sa région, selon les autorités locales.
«Explosions terrifiantes»
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui réclame depuis des mois davantage de systèmes occidentaux de défense antiaérienne, a dénoncé le manque de moyens pour intercepter les missiles balistiques russes.
«C'est précisément cette pénurie de missiles intercepteurs balistiques qui n'encourage que davantage la Russie à lancer de telles attaques qui coûtent des vies humaines», a-t-il écrit sur X.
Selon une analyse de l'AFP fondée sur les rapports quotidiens de l'armée de l'air ukrainienne, la Russie a tiré un nombre record de 376 missiles sur l'Ukraine au cours du mois de juillet, soit plus du double du total enregistré en juin.
Le ministère russe de la Défense a affirmé avoir visé, à Kiev et dans sa région, «des entreprises du complexe militaro-industriel et des centres logistiques en Ukraine».
Les autorités ukrainiennes ont indiqué que les bâtiments endommagés comprenaient un site administratif, un immeuble résidentiel et l'ambassade de Lituanie. L'Ukraine ne communique jamais sur les dommages causés à ses installations militaires.
«Dès que l'alerte s'est déclenchée, j'ai juste eu le temps de sortir dans le couloir, jusqu'à l'entrée, et ça a commencé à trembler. Même le linoléum s'est soulevé», a raconté à l'AFP Kateryna Kravtchenko, 75 ans, habitante de Kiev.
Oksana, une autre résidente, a évoqué des «explosions vraiment terrifiantes».
«Ensuite, le verre s'est mis à tomber comme la pluie, les gens ont commencé à sortir, et les explosions continuaient», a-t-elle déclaré.
«Besoin urgent»
«L'Ukraine a un besoin urgent de systèmes supplémentaires de défense antiaérienne et antimissile, ainsi que d'intercepteurs. La rapidité des décisions et des livraisons est cruciale», a écrit samedi sur X le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriï Sybiga.
L'Ukraine réclame depuis longtemps de nouveaux missiles Patriot américains, mais les pénuries ont été aggravées par la guerre israélo-américaine contre l'Iran déclenchée fin février.
Le président Donald Trump, qui avait exprimé début juillet son intention d'autoriser l'Ukraine à produire des missiles Patriot afin de faire face aux attaques balistiques russes, a depuis nuancé cette perspective.
M. Zelensky, reçu en début de semaine à la Maison Blanche, «aimerait avoir des Patriot et il aimerait avoir des (missiles) Tomahawk», a déclaré Donald Trump lors d'un conseil des ministres ouvert à la presse vendredi.
«Ces armes sont incroyables. Nous devons faire très attention avant de laisser quelqu'un les produire», a-t-il averti, ajoutant: «Nous n'avons pas donné notre accord. Nous en discutons.»
Le président américain avait également déclaré jeudi au Financial Times n'être «pas sûr» de donner son feu vert à Kiev pour la production de ces intercepteurs. Même en cas d'accord, la capacité de l'Ukraine à fabriquer rapidement ces missiles coûteux demeure incertaine.
De son côté, l'Ukraine multiplie les frappes contre des sites civils en Russie et dans les territoires occupés, visant notamment des raffineries, des dépôts de carburant, des entrepôts du géant du commerce en ligne Wildberries et des navires cargos.
Samedi, un navire de l'agence russe de l'énergie atomique Rosatom a été coulé en mer Noire par deux drones ukrainiens, sans faire de victimes. Selon la société, il transportait «des marchandises civiles».
L'Ukraine a confirmé avoir frappé ce navire.
AFP



Commentaires