Un nombre croissant de start-up et d'éditeurs numériques proposent au lecteur de s'appuyer sur l'intelligence artificielle (IA) pour interagir avec le contenu d'un livre et obtenir précisions, reformulations ou explications.
«Vous avez un rapport au livre comme objet vivant», s'enthousiasme Ahmed Kamel, patron de Sinai.ai, plateforme actuellement en test qui propose d'aller plus loin que la seule lecture.
Pour un même titre, l'utilisateur a accès à un livre numérique, un livre audio ainsi qu'à une interface IA. Avec ce chatbot, il peut approfondir la psychologie d'un personnage, le contexte historique ou un concept philosophique.
Une jeune entreprise française, My Smart Book, a lancé, mi-avril, une application similaire, dont les conversations, comme pour Sinai, ne sont nourries que du seul contenu des ouvrages.
À l'automne 2025, le géant du livre audio Audible, filiale d'Amazon, a ajouté, en version test, à son offre aux États-Unis l'option «Ask a Question» (pose une question).
En pleine écoute, il suffit d'appuyer sur un bouton pour poser une question, entendre la réponse, et reprendre le récit.
«Cette fonctionnalité pourrait élargir l'audience», explique Audible à l'AFP, «et rendre certaines œuvres plus accessibles et attrayantes» à certains utilisateurs.
«Ask this Book» (demande à ce livre), suggère la liseuse Kindle, également dans le giron d'Amazon, pour «répondre instantanément à des questions sur l'histoire, les relations entre personnages et les éléments thématiques sans perturber la lecture».
Acteur émergent de la voix générée par IA, ElevenLabs s'est également positionné avec son produit «ElevenReader Voice Chat», «qui transforme n'importe quel livre en une conversation».
Compagnon de lecture
La question se pose de la place des auteurs et des éditeurs dans le modèle économique de cette nouvelle offre.
Sinai.ai assure ne donner, par abonnement ou achat unitaire, accès qu'à des titres tombés dans le domaine public ou avec le consentement de l'écrivain, de ses ayant-droits ou de l'éditeur.
iChatbook, un autre entrant de ce marché, a une approche différente et se présente «non pas comme une librairie de livres, mais de concepts, d'idées et de faits, qui s'entremêlent», décrit Brian Yang, le fondateur.
Grâce à un modèle d'IA, «on extrait les idées et les faits» d'un ouvrage donné, dit-il, pour les restituer à un utilisateur qui aura un aperçu du contenu sans y être exposé directement.
Il voit notamment iChatbook comme un outil pour de jeunes élèves, l'IA étant à même de formuler dans un langage mieux adapté.
Cette architecture a aussi pour intérêt de s'affranchir des droits d'auteur, en l'absence de citations directes des textes.
Certaines plateformes, comme Myreader, laissent télécharger tout livre, sans filtrer ceux qui sont couverts par les droits d'auteur, pour les connecter ensuite avec une interface IA.
L'application IA Gemini Notebook (anciennement NotebookLM) de Google, devenue très populaire, ne fait pas davantage le tri, pas plus que BookWorm AI, déclinaison de ChatGPT lancée par un développeur et non directement par OpenAI, clairement identifiée comme «un compagnon de lecture».
iChatbook se targue d'écarter les œuvres protégées, tandis que Sinai.ai n'autorise pas les téléchargements individuels.
La société de Sunnyvale (Californie) se vante d'avoir créé un nouvel écosystème, celui des «droits IA», qui instaure un système de rémunération quand le contenu est exploité pour un chatbot, un résumé, une référence.
Sinai.ai affirme être «en discussions actives» avec quatre des grandes maisons d'édition du marché américain, qui en compte cinq, Hachette, Penguin Random House, Simon & Schuster, HarperCollins et Macmillan.
Aucune des «Big Five», toutes contactées par l'AFP, n'a donné suite à des questions sur sa stratégie vis-à-vis de l'IA.
En décembre, la société américaine des auteurs, The Authors Guild, a critiqué publiquement Amazon au sujet de «Ask this Book», soulignant qu'il «ne (leur rapportait) aucun revenu supplémentaire» et ne leur laissait pas le choix d'y souscrire ou non.
«Cela crée un dangereux précédent pour l'avenir de l'utilisation de contenus par l'IA», a écrit l'organisation, «sachant qu'Amazon contrôle l'essentiel du marché du livre numérique.»
Par Thomas URBAIN / AFP



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