«Médiation»: au milieu des armes, la voix du dialogue
©Ici Beyrouth

De Washington à Téhéran, de Beyrouth à Tel-Aviv, la médiation accompagne les négociations les plus sensibles du moment. Un mot discret qui désigne l'art de rapprocher les parties sans jamais décider à leur place.

Malgré la reprise des opérations militaires entre les États-Unis et l'Iran, les échanges diplomatiques se poursuivent par l'intermédiaire de plusieurs États médiateurs.

Entre Beyrouth et Tel-Aviv, les groupes de travail techniques tentent de concrétiser les dispositions de l’accord-cadre du 26 juin, même si les tensions demeurent à la frontière libano-israélienne.

Dans ces deux dossiers, un même mot revient: la médiation. Un terme désigne l'art discret et souvent difficile, de maintenir le dialogue lorsque tout semble pousser les adversaires vers la rupture.

Au milieu des deux camps

Le mot «médiation» apparaît en français au XIIIᵉ siècle. Il est emprunté au latin mediatio, lui-même dérivé du verbe mediare, «servir d'intermédiaire», formé sur medius, qui signifie «milieu», «centre».

À l'origine, la médiation désigne l'action de s'interposer entre deux personnes pour les mettre d’accord. Dans la tradition chrétienne, le Christ est présenté comme le médiateur entre Dieu et les hommes. En droit international, il s’agit du processus par lequel un État ou une personne intervient entre deux parties afin de prévenir un conflit ou d'y mettre un terme.


 

Faciliter la communication

Dans ses travaux de référence sur la médiation internationale, le politologue Jacob Bercovitch explique que la première stratégie du médiateur est la facilitation de la communication. Son rôle consiste d'abord à rétablir le contact entre les parties, instaurer un climat de confiance, clarifier les positions, transmettre des informations et maintenir ouverts des canaux de communication qui risquent de se refermer sous l'effet de la guerre.

Le dossier américano-iranien en offre aujourd'hui une illustration claire.

Oman est l’un des principaux intermédiaires politiques entre Washington et Téhéran. Depuis plusieurs années, le sultanat accueille les échanges indirects et fait circuler les propositions lorsque les représentants des deux pays refusent de négocier directement.

Le Pakistan, devenu un acteur incontournable de la médiation régionale, a été l'un des principaux artisans du mémorandum du 19 juin. Au-delà de la transmission des messages, Islamabad accueille plusieurs réunions entre les délégations américaine et iranienne et met à profit les relations privilégiées qu'il entretient avec les deux capitales pour préserver le dialogue.

L'Égypte agit aussi comme un relais diplomatique, concentrant ses efforts sur le dossier nucléaire, qu’elle estime comme point de départ indispensable à toute désescalade.

La Turquie joue un rôle plus discret. Ankara plaide pour une approche graduelle des négociations, encourage les États-Unis à traiter les différends un par un plutôt que de chercher un règlement global et se dit prête à accueillir ou faciliter de nouvelles discussions.

Le Qatar participe également à cette diplomatie collective. Son influence tient autant à ses relations de confiance avec les États-Unis qu'à ses liens anciens avec l'Iran.

Même la Suisse, dont le rôle est aujourd'hui moins central qu'auparavant, continue d'apporter sa contribution. Elle met à disposition sa neutralité, son savoir-faire logistique et sa tradition de confidentialité. Berne s'est également proposée pour accueillir une éventuelle signature définitive de l'accord entre Washington et Téhéran.

Cette diversité montre la complémentarité des approches qui cherchent à accompagner les négociations pour un même dossier.

Donner une forme au dialogue

La deuxième stratégie identifiée par Jacob Bercovitch est la formulation. Ici, le médiateur ne se contente plus de faire circuler les messages. Il organise les rencontres, choisit le cadre des discussions, structure l'ordre du jour, fixe les règles de négociation et veille à ce que les parties restent autour de la table malgré leurs désaccords.

Cette stratégie correspond largement au rôle joué aujourd'hui par les États-Unis dans les négociations entre le Liban et Israël. À la suite de plusieurs sessions de négociations directes libano-israéliennes, c’est à Washington qu’est signé, le 26 juin, l'historique accord-cadre. Depuis, les responsables américains coordonnent les groupes techniques chargés d'examiner les questions sécuritaires, frontalières et opérationnelles afin de transformer le texte politique en mesures concrètes.

Influencer ou imposer?

La troisième stratégie décrite par Bercovitch porte un nom qui peut surprendre: la manipulation. Dans le vocabulaire des relations internationales, le terme ne revêt aucune connotation péjorative. Il désigne les situations où le médiateur utilise son influence pour rapprocher les positions des parties. Il peut suggérer des compromis, encourager certaines concessions, faire prendre conscience du coût d'un échec ou proposer des garanties destinées à rendre un accord acceptable.

Tous les médiateurs ne disposent pas des mêmes leviers. Les États-Unis, en raison de leur poids politique et stratégique, exercent naturellement une influence plus importante dans le dossier libano-israélien. Leur capacité à accompagner la mise en œuvre de l'accord-cadre repose autant sur leur rôle diplomatique que sur leur relation privilégiée avec Israël. C’est sur cette base que le président libanais Joseph Aoun a misé lors de son entretien avec le président américain Donald Trump, le 21 juillet, à la Maison-Blanche. Il a ainsi plaidé pour un soutien accru au Liban dans le cadre d’une vision centrée sur la paix dans la région. 

Pour le moment, ni le mémorandum États-Unis/Iran, ni l'accord-cadre Liban/Israël, n'ont fait disparaître les tensions. La médiation n'a donc pas pour vocation de produire instantanément la paix. Elle poursuit une ambition plus modeste, mais indispensable: faire en sorte que, même lorsque les armes parlent, le dialogue ne cesse jamais complètement.

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