«Étape majeure», «première étape», «jalon décisif»: après les accords conclus en juin entre Washington et Téhéran, puis entre le Liban et Israël sous médiation américaine, le vocabulaire diplomatique a multiplié les références à l'idée de progression. Car la paix durable ne se décrète pas, elle se construit.
Le mois de juin 2026 restera peut-être comme un moment charnière pour le Moyen-Orient. Le 14 juin, les États-Unis et l'Iran ont annoncé être parvenus à un protocole d'accord visant à mettre fin à plus de trois mois de guerre, avec pour objectifs affichés la réouverture du détroit d'Ormuz, un cessez-le-feu régional et l'ouverture de nouvelles négociations sur le programme nucléaire iranien. Le 26 juin, le Liban, Israël et les États-Unis ont signé à Washington un accord-cadre destiné à restaurer la souveraineté libanaise et à instaurer une stabilité durable à la frontière sud du Liban.
Dans les réactions internationales, un même registre lexical est revenu avec insistance: celui de l'étape, du commencement et du point d'appui. Le secrétaire général des Nations unies António Guterres a salué, à propos de l'accord irano-américain, «une étape cruciale vers un règlement pacifique du conflit», tandis que le secrétaire d'État américain Marco Rubio a qualifié l'accord tripartite sur le Liban de «nouvelle étape majeure» vers une paix durable.
L'ambassadrice du Liban à Washington, Nada Moawad Hamadé, a même employé explicitement le terme de «jalon» pour qualifier l'accord conclu. Un mot qui, depuis des siècles, désigne précisément ces repères qui permettent d'avancer sans perdre sa direction.
Du piquet au repère historique
Le mot «jalon» apparaît en français au XVIIᵉ siècle. Son origine demeure incertaine. Plusieurs étymologistes le rattachent au gothique valus, qui signifie «bâton», tandis que d'autres évoquent des racines plus anciennes encore.
À l'origine, le jalon désigne une perche ou un piquet planté dans le sol afin de matérialiser un alignement, délimiter un parcours ou indiquer une direction. Dans le vocabulaire militaire, les jalons servaient également à guider les troupes qui progressaient sur un itinéraire.
Cette fonction de repère concret a progressivement donné naissance à un emploi figuré. Dès le XIXᵉ siècle, le terme en vient à désigner un événement, une décision ou une idée marquant une étape importante dans un processus plus vaste.
Aujourd'hui, «poser des jalons» est devenu une expression courante. Elle signifie accomplir les démarches préparatoires qui permettront, à terme, d'atteindre un objectif plus ambitieux.

Iran/États-Unis: les incertitudes d'un compromis historique
Si le terme «jalon» s'est imposé dans les réactions aux accords conclus en juin, c'est sans doute parce qu'il traduit une réalité fondamentale des négociations internationales: les accords de paix ne constituent presque jamais une fin, mais le commencement d'un processus dont l'issue reste incertaine.
L'accord conclu entre Washington et Téhéran en fournit une illustration particulièrement claire. Le texte prévoit une cessation des hostilités, la réouverture du détroit d'Ormuz, l'ouverture d'une phase de négociations techniques sur le programme nucléaire iranien ainsi qu'un allègement progressif des sanctions et des restrictions économiques imposées à la République islamique.
Mais sa mise en œuvre soulève déjà des interrogations. Washington et Téhéran continuent de diverger sur plusieurs modalités essentielles, notamment sur l'étendue des allègements économiques, le contrôle du programme nucléaire iranien et les conditions d'utilisation des avoirs iraniens gelés à l'étranger.
Le 1ᵉʳ juillet, l'Iran a ainsi annoncé avoir conclu avec le Qatar un accord lui permettant d'utiliser une première tranche de six milliards de dollars de fonds gelés pour acquérir des produits jugés nécessaires à son économie. Dans le même temps, des responsables américains ont évoqué la mise en place de mécanismes de contrôle destinés à empêcher que ces fonds ne financent des activités qualifiées de terroristes, une perspective rejetée par Téhéran, qui affirme être seul habilité à décider de l'utilisation de ses avoirs débloqués.
À ces divergences s'ajoutent des défis sécuritaires majeurs. La sécurisation du détroit d'Ormuz, par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial, demeure un enjeu crucial. Le maintien du cessez-le-feu sur les différents fronts régionaux, notamment au Liban, conditionnera également la pérennité du processus.
Liban/Israël: les défis d'une souveraineté à reconstruire
La même logique prévaut dans l'accord-cadre signé le 26 juin à Washington entre le Liban, Israël et les États-Unis. Le texte prévoit notamment le retrait progressif des forces israéliennes, le renforcement du déploiement des Forces armées libanaises, le démantèlement des infrastructures militaires du Hezbollah ainsi que la création d'un groupe de coordination militaire trilatéral placé sous l'égide des États-Unis afin de superviser sa mise en œuvre. Washington s'est également engagé à renforcer son soutien à l'armée libanaise et à mobiliser des aides financières et humanitaires pour accompagner ce processus.
Là encore, les défis apparaissent considérables. Le désarmement du Hezbollah constitue l'une des questions les plus sensibles de la vie politique et sécuritaire libanaise. La capacité de l'État à exercer pleinement son autorité sur l'ensemble du territoire, le calendrier des retraits israéliens ainsi que le maintien du soutien international détermineront largement le succès de cette initiative. En qualifiant cet accord de «première étape», puis de «jalon», les responsables libanais eux-mêmes ont d'ailleurs souligné qu'il s'agissait moins d'une paix acquise que d'un cadre destiné à rendre cette paix possible.
Car, en diplomatie comme sur un chemin, un jalon ne garantit jamais l'arrivée à destination. Il indique seulement qu'une direction a été choisie.





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