Hypertension: pourquoi elle grimpe, pourquoi elle résiste, comment la traiter
Nicole Gebara, directrice de l’Unité d’hypertension artérielle, présente la nouvelle structure de l’Hôtel-Dieu de France lors de son inauguration officielle. ©Makram Haddad

Souvent asymptomatique, l’hypertension artérielle ne se résume ni à une valeur élevée ni à une ordonnance. Elle peut résulter de plusieurs facteurs ou révéler une maladie rénale, hormonale ou vasculaire. Diagnostic, causes, traitements, résistance thérapeutique: la Dre Nicole Gebara fait le point pour Ici Beyrouth.

Selon le deuxième Rapport mondial sur l’hypertension, publié par l’Organisation mondiale de la santé en septembre 2025, près de 1,4 milliard d’adultes âgés de 30 à 79 ans vivaient avec une hypertension artérielle en 2024. Environ 44% l’ignoraient et seuls 23% avaient une pression artérielle correctement contrôlée.

Ce redoutable «silent killer» peut évoluer pendant plusieurs années sans douleur ni signe spécifique, tout en augmentant le risque d’accident vasculaire cérébral, d’infarctus, d’insuffisance cardiaque et d’atteinte rénale. Son diagnostic repose sur des mesures fiables et répétées, et non sur une valeur isolée.

Confirmer le diagnostic

La pression artérielle est exprimée par deux valeurs: la pression systolique, mesurée lorsque le cœur se contracte, et la pression diastolique, entre deux battements.

Au cabinet médical, l’hypertension artérielle est définie par une pression systolique égale ou supérieure à 140 mmHg ou une pression diastolique égale ou supérieure à 90 mmHg. Le diagnostic doit toutefois être confirmé par plusieurs mesures et, si nécessaire, par une évaluation en dehors du cabinet.

L’automesure à domicile et la mesure ambulatoire de la pression artérielle sur 24 heures, ou MAPA, permettent notamment de détecter l’effet «blouse blanche», lorsque les valeurs sont surtout élevées en consultation, ou une HTA masquée, normale devant le médecin mais élevée dans la vie quotidienne.

«La première consultation repose sur une évaluation complète: analyse des antécédents, du mode de vie, des traitements, des facteurs de risque cardiovasculaire, examen clinique et vérification de la qualité des mesures tensionnelles», explique la Dre Nicole Gebara à Ici Beyrouth.

Un brassard inadapté, une mauvaise position, l’absence de repos avant la mesure, le stress ou la douleur peuvent fausser les résultats. «Un programme d’exploration personnalisé est ensuite proposé», poursuit-elle. Les examens sont choisis selon l’âge, les antécédents, les valeurs tensionnelles et les causes ou complications suspectées.

Pourquoi la pression augmente

Dans la majorité des cas, aucune maladie unique n’explique l’élévation de la pression artérielle. On parle alors d’HTA primaire ou essentielle. Elle résulte de l’association de plusieurs facteurs: âge, prédisposition familiale, excès de poids, alimentation trop salée, sédentarité, consommation excessive d’alcool, diabète ou maladie rénale.

Chez certains patients, l’HTA est secondaire à une cause identifiable: maladie rénale, rétrécissement des artères rénales, trouble hormonal ou pathologie des glandes surrénales. Un hyperaldostéronisme primaire, un syndrome de Cushing, un phéochromocytome ou certaines maladies vasculaires peuvent notamment être en cause. Des médicaments ou substances peuvent également augmenter la pression artérielle.

Rechercher une cause secondaire est essentiel, car certaines de ces maladies disposent d’un traitement ciblé susceptible d’améliorer le contrôle tensionnel et, parfois, de réduire le nombre de médicaments nécessaires.

Les profils à explorer

Tous les patients hypertendus doivent être suivis, mais certains nécessitent un bilan spécialisé.

«Une expertise spécialisée est particulièrement indiquée pour les patients présentant une HTA difficile à contrôler, une suspicion d’HTA secondaire à une cause hormonale, rénale ou vasculaire, une HTA survenant à un âge jeune, avant 40 ans, ou une HTA compliquée d’atteintes cardiaques, cérébrales ou rénales», précise Nicole Gebara.

Une apparition brutale, des valeurs très élevées, une aggravation rapide ou l’échec de plusieurs traitements doivent donc conduire à approfondir les explorations.

Les femmes présentant une hypertension artérielle pendant la grossesse ou une prééclampsie nécessitent également une surveillance spécifique, en raison des risques pour la mère et l’enfant.

Plusieurs options thérapeutiques

La prise en charge commence par la correction des facteurs modifiables: réduction du sel, perte de poids si nécessaire, activité physique régulière, alimentation équilibrée, arrêt du tabac et limitation de l’alcool. Ces mesures contribuent à abaisser la pression artérielle et à réduire le risque cardiovasculaire, mais elles ne remplacent pas toujours les médicaments.

Le traitement repose principalement sur plusieurs familles d’antihypertenseurs: les diurétiques thiazidiques ou apparentés, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II et les inhibiteurs calciques.

Les diurétiques favorisent l’élimination du sodium et de l’eau. Les inhibiteurs calciques contribuent à dilater les artères. Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion et les antagonistes de l’angiotensine agissent sur un système hormonal participant à la régulation de la pression artérielle.

Une association de deux, voire trois classes, est souvent nécessaire. Le choix dépend des valeurs tensionnelles, du risque cardiovasculaire, de la fonction rénale, des maladies associées et de la tolérance. Réunir plusieurs molécules dans un seul comprimé peut simplifier le traitement et améliorer l’observance.

Les bêtabloquants sont surtout utilisés dans certaines situations cardiaques. En cas d’HTA résistante confirmée, un antagoniste de l’aldostérone, comme la spironolactone, peut être ajouté lorsque le profil du patient le permet.

Résistance réelle ou apparente?

Une pression artérielle qui reste élevée malgré plusieurs médicaments ne signifie pas automatiquement que le patient présente une véritable HTA résistante.

«Avant de conclure à une HTA résistante, il est indispensable d’éliminer toute pseudo-résistance», insiste la Dre Gebara.

Il faut d’abord vérifier la qualité des mesures et exclure un effet blouse blanche par MAPA ou automesure. L’observance doit aussi être évaluée: les médicaments sont-ils réellement pris chaque jour, aux doses et aux horaires prescrits?

«Nous analysons également les facteurs pouvant influencer la pression artérielle. Nous nous assurons que le patient reçoit le bon traitement, avec les bonnes associations médicamenteuses et aux doses optimales, conformément aux recommandations internationales», poursuit-elle.

«Ce n’est qu’après cette évaluation rigoureuse qu’un diagnostic de véritable HTA résistante peut être retenu.»

Chez certains patients sélectionnés, une dénervation rénale peut être envisagée. Cette procédure agit sur les nerfs entourant les artères rénales. Elle ne constitue ni un traitement de première intention ni un remplacement des médicaments.

Prévenir les complications

Le traitement ne vise pas seulement à améliorer les valeurs affichées sur le tensiomètre. Il doit empêcher l’HTA d’endommager progressivement les organes.

Une pression artérielle insuffisamment contrôlée augmente le risque d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral, d’insuffisance cardiaque et d’atteinte rénale. Elle peut également altérer les artères et les vaisseaux des yeux.

«Au-delà de l’ajustement du traitement, l’objectif est d’identifier les causes éventuelles de l’HTA, d’évaluer le risque cardiovasculaire global, de dépister les atteintes d’organes et de construire un parcours de soins personnalisé», souligne Nicole Gebara.

Selon le profil du patient, cette évaluation peut comporter des analyses sanguines et urinaires, un électrocardiogramme, une échographie cardiaque ou des explorations des reins, des artères et des yeux.

Le patient au centre

Même un traitement adapté peut échouer s’il est mal compris ou irrégulièrement suivi.

«L’éducation thérapeutique fait partie intégrante de la prise en charge afin d’aider chaque patient à mieux comprendre sa maladie, à vivre avec l’HTA au quotidien, à améliorer son observance et à adopter des mesures hygiéno-diététiques adaptées», explique la Dre Gebara.

Le patient doit savoir utiliser correctement son tensiomètre, connaître ses objectifs et comprendre qu’une pression artérielle revenue à la normale ne signifie pas nécessairement que l’HTA a disparu. Elle traduit souvent l’efficacité du traitement, qui ne doit pas être interrompu sans avis médical.

«Le patient devient ainsi un véritable acteur de sa prise en charge.»

L’intérêt d’une unité spécialisée

C’est dans ce contexte que l’Hôtel-Dieu de France a inauguré une unité entièrement consacrée à l’hypertension artérielle, présentée par l’établissement comme la première du genre au Liban. Placée sous la direction de la Dre Nicole Gebara, elle regroupe diagnostic, recherche des causes, dépistage des complications, optimisation thérapeutique et éducation du patient.

«Cette unité propose une prise en charge spécialisée, globale et multidisciplinaire de l’hypertension artérielle. Elle accompagne tous les patients hypertendus, qu’il s’agisse d’un suivi de routine ou de situations plus complexes nécessitant une expertise particulière», indique sa directrice.

Les profils déjà reçus comprennent notamment des patients présentant une HTA difficile à contrôler, une HTA précoce ou secondaire, des complications cardiaques ou rénales, ainsi que des traitements nécessitant une optimisation ou un accompagnement éducatif.

L’unité intervient comme structure d’expertise sans se substituer au médecin traitant. «La coordination est l’un des piliers de l’unité. Le médecin traitant ou référent reste au cœur du suivi», précise Nicole Gebara.

Au-delà des comptes rendus, l’équipe privilégie une communication directe avec les médecins concernés afin de partager les informations, de discuter les dossiers complexes et de construire des décisions communes. «Cette collaboration garantit une prise en charge cohérente, fluide et véritablement centrée sur le patient.»

Pour les bilans approfondis, le «One-Day Care» permet de regrouper les examens sur une journée. «Selon les besoins, cela peut inclure les bilans biologiques standards et hormonaux, les explorations urinaires, la MAPA, ainsi que des examens d’imagerie comme une échographie, un scanner ou une IRM», détaille la spécialiste.

Cette organisation doit permettre d’obtenir plus rapidement un diagnostic, de limiter les déplacements et d’engager plus tôt une prise en charge adaptée. Les consultations et les examens sont couverts selon les modalités habituellement appliquées aux prestations externes par les assurances et la Caisse nationale de Sécurité sociale.

L’intérêt d’une telle unité se mesurera aux complications qu’elle permettra d’éviter. Dans l’hypertension artérielle, le succès peut être un accident vasculaire cérébral, une insuffisance cardiaque ou une atteinte rénale qui ne surviendront pas.

 

 

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