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- Tout le monde a un téléphone. Et pourtant, ils sont 305.
©Ici Beyrouth
Longtemps gardiens des souvenirs familiaux, les studios photographiques ont vu leur métier bouleversé par le numérique. Les pellicules ont disparu, les smartphones se sont imposés et l'intelligence artificielle révolutionne désormais la création d'images. Pourtant, loin d'avoir disparu, la profession s'est adaptée à un nouveau modèle économique.
Le Liban compte encore 305 studios de photographie, selon les données de Smartscraper arrêtées au 1er avril 2026, soit une progression de 5,9 % par rapport à 2023. Un chiffre surprenant à l'heure où chacun photographie son quotidien avec son téléphone portable. L'explication tient à une profonde transformation du métier : les laboratoires de développement ont presque disparu, tandis que les photographes se sont repositionnés sur les marchés de la communication, de la publicité et du numérique.
La fin de l'argentique
Le développement des pellicules et les tirages papier, qui constituaient autrefois le cœur de l'activité, appartiennent désormais presque au passé. Les appareils numériques, puis les smartphones, ont rendu ces services largement obsolètes et les laboratoires capables de développer des films argentiques sont devenus rarissimes au Liban.
Cette évolution s'inscrit dans une tendance mondiale : selon les estimations du secteur, 92,5 % des photographies sont aujourd'hui prises avec un smartphone, tandis que les ventes mondiales d'appareils photo ont chuté de plus de 90 % depuis leur pic du début des années 2010.
Un tissu d'entreprises familiales
Le secteur reste dominé au Liban par de petites structures indépendantes. Sur les 305 studios recensés, 291 (95,4 %) sont des entreprises familiales, contre seulement 14 appartenant à une enseigne ou à une chaîne.
Le Mont-Liban concentre 116 studios, devant Beyrouth (52), le Liban-Nord (36), Nabatiyé (35), le Liban-Sud (34) et la Békaa (27). À l'opposé, Akkar ne compte qu'un seul établissement. Leur ancienneté moyenne, estimée à trois ans et trois mois, témoigne d'un secteur qui continue de se renouveler malgré les bouleversements technologiques.
De photographe à créateur de contenu
La véritable mutation concerne la nature même du métier. Les diplômés des écoles de photographie ne se destinent plus principalement aux portraits ou aux studios traditionnels. Ils travaillent désormais pour les agences de publicité, les marques, les plateformes de commerce électronique, les restaurants, les promoteurs immobiliers ou les entreprises de communication.
Le photographe devient spécialiste de la photographie publicitaire, des packshots, de la photographie culinaire ou des contenus destinés aux réseaux sociaux. Il évolue progressivement vers le métier de créateur de contenu visuel (Visual Content Creator), combinant photographie, vidéo, retouche numérique, animation et, de plus en plus, intelligence artificielle.
Cette évolution accompagne l'essor du commerce électronique. Selon Statista, les ventes mondiales de l’e-commerce devraient dépasser 5 900 milliards de dollars en 2025 avant d'atteindre près de 7 900 milliards en 2027. Derrière chaque boutique en ligne se cache un besoin croissant d'images professionnelles destinées aux catalogues, aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux.
Cette transformation se reflète également dans l'enseignement supérieur, où les formations intègrent désormais la photographie de produits, la vidéo, le montage, la retouche numérique, la direction artistique et le marketing visuel.
Le défi de la visibilité numérique
La transition reste toutefois inachevée. Selon Smartscraper, 72 % des studios libanais ne disposent toujours pas de site Internet. Seuls 85 établissements possèdent leur propre plateforme, tandis que la présence sur les réseaux sociaux demeure limitée : 41 studios sont actifs sur Facebook et autant sur Instagram.
À l'heure où la majorité des clients recherchent un photographe en ligne – via Internet –, cette faible visibilité numérique constitue désormais le principal défi du secteur.
Sources: Smartscraper; Statista.

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