L'Iran a dit lundi faire face à une «guerre totale» avec les États-Unis, qui ont frappé une grande partie de son territoire, au neuvième jour consécutif d'hostilités d'une intensité inédite depuis le cessez-le-feu d'avril.
Ailleurs dans la région, les rebelles houthis pro-iraniens du Yémen menacent d'étendre le conflit, avec l'annonce d'un blocus maritime du voisin saoudien, qui pourrait perturber ses exportations pétrolières alors que le trafic est déjà entravé dans le détroit d'Ormuz.
Depuis une semaine, le spectre des bombardements américains sur l'Iran dépasse largement les régions auxquelles ils étaient cantonnés, près du Golfe, après la reprise des hostilités le 7 juillet, pour toucher notamment le centre et le nord-ouest, selon des responsables locaux.
Washington a affirmé cibler des sites militaires, alors que Téhéran a rapporté de nouvelles frappes, notamment à Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire en fonctionnement.
Dans le sud, des habitants de certains quartiers de Chiraz, visée pour la première fois, ont entendu une explosion, selon l'agence de presse Fars, qui a évoqué «une attaque aérienne ennemie». Une personne est morte et plusieurs ont été blessées à Tabriz (nord-ouest), tandis que plusieurs autres ont été blessées dans la ville d'Ourmia, située dans la province voisine, selon ces responsables.
«La réalité est qu'aujourd'hui, la République islamique d'Iran fait face à une guerre totale» menée par les États-Unis, a déclaré le président Massoud Pezeshkian.
Côté américain, trois soldats ont été récemment tués au Moyen-Orient, les premiers depuis les nouvelles violences: deux vendredi lors de frappes iraniennes en Jordanie – un autre est toujours porté disparu – et un troisième lors de la destruction de munitions ennemies en Irak.
Pour chaque soldat tué, l'Iran paiera «plusieurs fois» le prix, a menacé le président américain Donald Trump sur Truth Social, affirmant avoir transmis cette consigne à ses responsables militaires.
Efforts diplomatiques
Le dernier bilan officiel iranien, publié vendredi, fait état de 50 morts et de plus de 500 blessés depuis la reprise des combats.
Ceux-ci ont brisé le protocole d'accord signé le 17 juin, qui devait mener à la paix, après le déclenchement de la guerre par une offensive israélo-américaine le 28 février.
En réponse aux frappes américaines, Téhéran a visé ses voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn, alliés de Washington, tout en assurant, par la voix du porte-parole de sa diplomatie, poursuivre ses échanges avec les États-Unis via les pays médiateurs.
«L'appareil diplomatique a été actif ces derniers jours», a déclaré Esmaïl Baghaï, lors d'une conférence de presse à Téhéran.
Le ministre de l'Intérieur iranien, Eskandar Momeni, est arrivé lundi pour une visite de deux jours au Pakistan, l'un des médiateurs avec le Qatar et Oman, a annoncé Islamabad.
Le Koweït a de nouveau indiqué dans l'après-midi faire face à des attaques iraniennes, de missiles et de drones, après que les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne, ont affirmé dans la matinée y avoir frappé des cibles militaires américaines.
À Bahreïn, ils ont dit avoir visé des infrastructures américaines sur deux bases aériennes et le port. Des correspondants de l'AFP à Manama ont entendu des sirènes d'alerte et des explosions.
«Protéger le transport»
L'Iran a resserré son étau sur le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du commerce mondial des hydrocarbures et dont le protocole d'accord prévoyait la réouverture: deux pétroliers qui tentaient de le franchir de façon «non autorisée» ont «explosé» et ont été arrêtés lundi, après que quatre navires ont été «immobilisés» la veille, selon les Gardiens iraniens.
D'après l'agence britannique de sécurité maritime UKMTO, deux navires ont aussi été frappés dans le Golfe, l'un au large d'Oman et l'autre au large des Émirats arabes unis.
«Nous ne devons pas permettre que cette voie maritime soit à nouveau détournée de son usage premier pour menacer la sécurité et les intérêts nationaux de l'Iran», a affirmé M. Baghaï.
Dimanche soir, le secrétaire d'État américain Marco Rubio avait exhorté la communauté internationale à s'engager aux côtés des États-Unis pour «protéger le transport maritime» dans le détroit d'Ormuz.
Le détroit est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis la reprise des hostilités. Les États-Unis, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.
De l'autre côté du Golfe, les Houthis yéménites n'ont pas précisé comment ils mettraient en œuvre leur blocus contre l'Arabie saoudite, annoncé après une reprise du conflit au Yémen la semaine dernière avec des échanges de tirs. Ryad, premier exportateur mondial de pétrole brut, avait jusqu'ici pu contourner la paralysie d'Ormuz en empruntant le détroit de Bab el-Mandeb.
«Une crise simultanée à Ormuz et à Bab el-Mandeb produirait un choc bien plus important que l'un ou l'autre blocus pris isolément», relève Andreas Krieg, expert en sécurité au King's College de Londres.
Par les bureaux de l'AFP à Téhéran et Washington



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