Il faut le dire sans détour : Joseph Aoun a eu du flair. En choisissant la voie des négociations directes avec Israël, en signant l’accord-cadre de Washington fin juin et en imposant l’idée que le dossier libanais devait être traité pour lui-même, et non comme une pièce détachée du bras de fer entre Téhéran et Washington, le président libanais a eu cette intelligence politique. Il a séparé le destin du Liban de celui de l’Iran.
Le Hezbollah, lui, a fait l’inverse. Comme d’habitude, la milice pro-iranienne a fait les mauvais choix. Sur ordre de Téhéran, elle a rejeté l’accord-cadre, refusé le désarmement, et continué de lier le sort du pays à celui d’un protectorat iranien qui aujourd’hui coule. Car le protocole d’entente entre l’Iran et les États-Unis prend l’eau de toutes parts. Le cessez-le-feu n’est pas respecté. Le détroit d’Ormuz n’ouvre que par intermittence, au gré des rapports de force du moment. Et c’est à ce naufrage-là que le Hezbollah continue d’arrimer le Liban. Pendant ce temps, une immense majorité de Libanais n’attend qu’une chose : la fin des guerres et le début de la reconstruction. Avec des dizaines de villages rasés, des centaines de milliers de familles déplacées et une économie à genoux, le pays veut tourner la page. Mais au-dessus de cette attente pèse une épée de Damoclès : le Hezbollah, prêt à tout moment à replonger le Liban dans la guerre. La milice ne cache plus que sa loyauté va d’abord à l’Iran, quitte à sacrifier chaque fois un peu plus de ce Liban qu’il ose prétendre défendre.
Alors que faut-il attendre de la visite de Joseph Aoun à la Maison-Blanche le 21 juillet ? Des engagements. De vrais engagements américains sur un retrait israélien progressif de la frontière internationale, via le mécanisme des zones pilotes au Liban-Sud. Ce mécanisme est le seul qui permette de tester, zone par zone, la capacité de l’armée libanaise à reprendre le terrain à mesure qu’Israël se retire et de transformer, à terme, ce redéploiement en un véritable accord de paix. Il y a même peut-être une fenêtre d’opportunité exceptionnelle, pour ne pas parler de chance. Devant l’impasse complète dans laquelle s’enlise le conflit avec l’Iran, le président américain peut vouloir marquer des points ailleurs, sur le dossier libanais, et impulser de véritables avancées. Un succès tangible au Liban peut aussi séduire son opinion publique qui, pour le moment, se demande pourquoi elle paye l’essence si cher.
Mais il y a une hypothèque que ni Washington ni Beyrouth ne peuvent lever seuls : il faut que l’Iran lâche, enfin, son « otage préféré ». Le Liban ne pourra jamais négocier sa souveraineté tant qu’il reste sous la tutelle d’un agenda étranger. Tous les efforts de l’État libanais ne pourront aboutir que si le Hezbollah est désarmé d’une manière ou d’une autre. Sinon, ce sera retour à la case départ.
Le cardinal de Richelieu disait : « La politique est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. »




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