Liban: Un salarié du privé sur trois sans emploi
©Ici Beyrouth

1 sur 3. C'est le ratio qui résume l'ampleur du choc subi par le marché du travail libanais. Un salarié du secteur privé sur trois était sans emploi au moment de l'enquête menée par l'Organisation internationale du Travail (OIT), après la reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël en mars dernier.

Derrière ce chiffre se cache une onde de choc économique : en quelques mois, des milliers de travailleurs ont perdu leur source de revenus, tandis que les entreprises ont dû faire face à l'arrêt ou au ralentissement de leur activité dans plusieurs régions du pays.

Basé sur une enquête réalisée en mai 2026 auprès de 2 485 travailleurs qui occupaient un emploi avant la reprise du conflit en mars, le rapport de l'OIT révèle que 33 % des salariés ont cessé de travailler. Parmi eux, 28,2 % se sont retrouvés au chômage, alors que 4,7 % ont quitté le marché du travail, faute de perspectives ou de possibilités d'emploi.

Les régions du front durement frappées

L'impact de la guerre n'a pas été uniforme. Les territoires directement touchés par les affrontements ont enregistré les pertes d'emplois les plus importantes. Dans le gouvernorat de Nabatiyé, plus des trois quarts des travailleurs concernés ont perdu leur emploi, soit 76,5 %. Dans le Liban-Sud, ce taux atteint 43,2 %.

Mais le choc économique a largement dépassé les zones de combat. Le ralentissement du commerce, la contraction de la demande et les perturbations des marchés ont affecté l'activité dans d'autres régions du pays.

Une crise de l'emploi qui devient une crise des revenus

La guerre n'a pas seulement détruit des emplois ; elle a également réduit les revenus de ceux qui ont pu conserver une activité. Le revenu moyen du travail a diminué de 40,4 %, en tenant compte à la fois des pertes d'emplois et de la baisse des rémunérations.

Parmi les travailleurs encore en poste, les revenus ont reculé de 14,8 %. Ceux qui ont retrouvé un emploi après une interruption ont dû accepter des salaires inférieurs de 30,7 % à ceux qu'ils percevaient auparavant.

Les plus vulnérables en première ligne

Les conséquences sociales du conflit ont frappé en priorité les catégories déjà fragilisées. La perte d'emploi atteint :

  • 71,4 % chez les personnes en situation de handicap ;
  • 44,3 % chez les femmes ;
  • 42,4 % chez les jeunes ;
  • 39,4 % parmi les réfugiés syriens.

Les déplacements forcés ont également joué un rôle majeur dans la dégradation de l'emploi. Plus des deux tiers des travailleurs encore déplacés au moment de l'enquête étaient sans emploi, alors que 37,4 % des personnes interrogées étaient toujours déplacées lors du sondage.

Face à cette situation, 45,5 % des personnes interrogées déclarent avoir besoin d'une aide pour retrouver un emploi stable. Le constat de l'OIT est sans équivoque : la guerre a provoqué un nouveau traumatisme sur un marché du travail déjà fragilisé par des années de crise économique.

Le chiffre 1 sur 3 — ne mesure donc pas seulement une perte d'emploi. Il traduit une nouvelle fracture économique et sociale au Liban.

Source: Organisation internationale du Travail (OIT)

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